ACTE I, SCÈNE III
Vos travaux près de lui serviraient votre amour ^ Sans cesse vous verriez celle qui vous est chère ; Vous mettriez vos soins à captiver son père, A gagner sou estime et son alTeclion.
JUSTINE
C*est cela. Que dis-tu de mon invention?
BELVAL
Puis-je compter sur toi , Marcel ? sur ton silence.^ Tu sais lorsqu'on me sert comment je récompense.
MARCEL
Oui, j'en dois convenir, vous êtes généreux.
Du temps que je portais vos billets amoureux ,
Vous vous conduisiez bien , je n'avais rien à dire,
L'argent roulait. Monsieur , vous souvient-il d'Elmire,
Cette chanteuse?...
BELVAL
Allons !
MARCEL
Vous en teniez ma foi.
Avouez^ celle-là m'a donné de l'emploi!... Et du profit ! Elmire était des plus jolies.
Marcel , encore un coup, laisse-là mes folies.
MARCEL
Soit, je veux vous servir , et non pas vous fâcher. Voyons donc. De Valcour vous voulez vous cacher j Mais si nous le mettions dans votre confidence ? Je saurais l'engager....
JUSTINE
Non pas. Quelle imprudence !
Vous ne pouvez , monsieur , être trop circonspect.
MARCEL
Mais par quelle raison...
JUSTINE
Ton Valcour m'est suspect, Et ses prétentions sont encore inconnues. Sur Agathe lui-même il peut avoir des vues.
MARCEL
Qui ? lui ! tu t'y connais ! s'il désirait sa main , Il n'aurait qu'à parler , il l'obtiendrai t soudain , Et puis ignorerais-je un secret de la sorte ? Non 5 il n'y pense pas.
JUSTINE
Nous verrons.
BELVAL
Il n'importe , Ne me découvre point.
Je vous obéirai , Et comme rédacteur je vous présenterai.