ACTE I, SCÈNE IV. c
JUSTINE
Son courroux ne nous fait point de peur; Nous sommes de Valcour le collaborateur.
DORMEUIL
Que me contes-tu là? quelle plaisanterie!
BELVAL
Oui , monsieur ; pardonnez cette supercherie. Vivre éloigné d'Agathe est un affreux Xourment; Je hasarderais tout pour la voir un moment. Excusez une ruse où mon espoir se fonde. Justine a tout conduit , et Marcel me seconde : Je deviens par leurs soins rédacteur de journal.
DORMEUIL
C'est une extravagance 5 y pensez-vous, Belval.^... Mais je sais compatir aux chagrins de votre âge , Et de vous condamner je n'ai pas le courage. Le hasard sert parfois les projets les plus fous : Réussissez , mon cher, et vous êtes absous.
Ah ! monsieur , Vos bontés doublent mon espérance ! Oui , je dois réussir.
DORMEUIL
Ayez de la prudence.
De ce Valcour surtout il faut vous méfier ; Il fait , assure-t-on , un fort vilain métier. Il sait avec adresse en éviter la honte ; Mais on m'a raconté cent choses sur son compte...
JUSTINE
Marcel nous instruira.
MARCEL
Comment ?
JUSTINE
Oui , lu pourrais
Entrer dans notre ligue , et livrer ses secrets.
MARCEL. ■ Et pour qui me prends-tu .^^ Je ne suis point un traître. Valcour est honnête homme, il m'aime, il est mon maître. Je voulais vous aider sans lui manquer de foi j Mais s'il faut le trahir ne comptez plus sur moi.
BELVAL
Va, je n'exige rien dont le devoir s'offense. Consens à m'introduire , et garde le silence, C'est tout ce que je veux. Que ton coeur soit touché ;
( Lui donnant une bourse. )
Allons , Marcel !... Voici les arrhes du marché.
MARCEL
Sur ce pied-là , j'accepte.
Ah! fripon... Il me semble Que j'entends monsieur... Oui.
DORMEUIL
Bon-, laissez-nous ensemble.
Je vais tenter encor de lui parler pour vous.