ACTE I, SCÈNE V
D'un morceau que Valcour va bientôt insérer. Vous serez , malgré vous , forcé de l'admirer. Il définit l'esprit, le talent, le génie... C'est magnifique !
DORME UIL.
Eh quoi ! toujours cette manie !
Je ne vous conçois plus , mon frère , en vérité , Depuis que de Valcour vous êtes entêté. Quel est donc ce pouvoir que sur vous il exerce ? Vous qui , pendant trente ans occupé du commerce, Jouissez maintenant du fruit de vos labeurs, Vous , dont les goûts étaient simples comme les mœurs , Et qui , vous renfermant au soin de vos affaires , Etranger aux journaux , aux débats littéraires , Content de votre état , vous borniez à savoir Diriger des commis et conduire un comptoir : Tout à coup on vous voit , d'un zèle fanatique, Vous lancer dans les arts et dans la politique-, Les gazettes , voilà votre amour , votre loi 5 Leurs arrêts sont pour vous des articles de foi ; Devant un feuilleton votre esprit se prosterne ; Un mince rédacteur à son gré vous gouverne , A votre propre avis il vous fait renoncer , Et par vous-même enfin vous n'osez plus penser. Mon frère, pardonnez; c'est être trop crédule ; Votre facilité va jusqu'au ridicule...
Non , ce n'est pas agir en homme de bon sens , Et partout, je le sais , on rit à vos dépens : Je vous en avertis.
DUBUISSON
Grand merci , mon beau-frère 5 Mais , si l'on rit de moi , ce n'est pas votre affaire.
14 lt: folliculaire.
On est d*àge , peut-être , à savoir ce qu'on fait.
J'agis comme je veux , et je vois qui me plaît.
Je me puis occuper et de vers et de prose ,
De beaux-arts, de journaux, ou de tout autre chose,
Sans qu'aucun ait le droit de le trouver mauvais.
Je ne me mêle pas , je crois , de vos procès ;
Et lorsque vous allez , plein de votre science ,
Du juge et du plaideur lasseï la patience ,
Je ne viens pas après vous faire la leçon :
Traitez -moi , s'il vous plaît , de la même façon.
A donner des avis votre obligeance est grande ;
Mais attendez du moins que l'on vous en demande.
DORMEUIL
Vous vous fâchez , mon frère , assez mal à propos 5
Et mon zèle.'...
DUBUISSON
Devrait me laisser en repos.
DORMEUIL
A vous parler sans fard l'amitié m'autorise. Nous nous devons l'un l'autre une entière franchise , Et de votre côté par des avis pareils Si vous jugiez. ...
DUBUISSON
Qui ? moi , vous donner des conseils î Je me rends trop justice.
DORMEUIL
Ah I d'un esprit tranquille..,.
DUBUISSON
Non , je ne suis qu'un sot.