‹ [Pièces de théâtre, 1820-1822]Chapitre 103 sur 453 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

D'un morceau que Valcour va bientôt insérer. Vous serez , malgré vous , forcé de l'admirer. Il définit l'esprit, le talent, le génie... C'est magnifique !

DORME UIL.

Eh quoi ! toujours cette manie !

Je ne vous conçois plus , mon frère , en vérité , Depuis que de Valcour vous êtes entêté. Quel est donc ce pouvoir que sur vous il exerce ? Vous qui , pendant trente ans occupé du commerce, Jouissez maintenant du fruit de vos labeurs, Vous , dont les goûts étaient simples comme les mœurs , Et qui , vous renfermant au soin de vos affaires , Etranger aux journaux , aux débats littéraires , Content de votre état , vous borniez à savoir Diriger des commis et conduire un comptoir : Tout à coup on vous voit , d'un zèle fanatique, Vous lancer dans les arts et dans la politique-, Les gazettes , voilà votre amour , votre loi 5 Leurs arrêts sont pour vous des articles de foi ; Devant un feuilleton votre esprit se prosterne ; Un mince rédacteur à son gré vous gouverne , A votre propre avis il vous fait renoncer , Et par vous-même enfin vous n'osez plus penser. Mon frère, pardonnez; c'est être trop crédule ; Votre facilité va jusqu'au ridicule...

Non , ce n'est pas agir en homme de bon sens , Et partout, je le sais , on rit à vos dépens : Je vous en avertis.

DUBUISSON

Grand merci , mon beau-frère 5 Mais , si l'on rit de moi , ce n'est pas votre affaire.

14 lt: folliculaire.

On est d*àge , peut-être , à savoir ce qu'on fait.

J'agis comme je veux , et je vois qui me plaît.

Je me puis occuper et de vers et de prose ,

De beaux-arts, de journaux, ou de tout autre chose,

Sans qu'aucun ait le droit de le trouver mauvais.

Je ne me mêle pas , je crois , de vos procès ;

Et lorsque vous allez , plein de votre science ,

Du juge et du plaideur lasseï la patience ,

Je ne viens pas après vous faire la leçon :

Traitez -moi , s'il vous plaît , de la même façon.

A donner des avis votre obligeance est grande ;

Mais attendez du moins que l'on vous en demande.

DORMEUIL

Vous vous fâchez , mon frère , assez mal à propos 5

Et mon zèle.'...

DUBUISSON

Devrait me laisser en repos.

DORMEUIL

A vous parler sans fard l'amitié m'autorise. Nous nous devons l'un l'autre une entière franchise , Et de votre côté par des avis pareils Si vous jugiez. ...

DUBUISSON

Qui ? moi , vous donner des conseils î Je me rends trop justice.

DORMEUIL

Ah I d'un esprit tranquille..,.

DUBUISSON

Non , je ne suis qu'un sot.

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