‹ [Pièces de théâtre, 1820-1822]Chapitre 12 sur 453 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Mais vous excuserez le motif qui m'amène. J'arrive, et je venais pour embrasser mon fils.

EMMA, vivement.

Quoi! monsieur; vous seriez

CHARLES

Le meilleur des amis :

Et le plus tendre père.

EMM A , passant au milieu.

Eh bien ! je vous assure Qu'on vous reconnaîtrait d'abord à la figure ; Vous avez certain air d'esprit et de bonté Qui m'eût fait deviner bientôt la parenté.

CHAULES^ a part.

Charmante !

EDMOND, a part.

C'est mon fils qui me vaut sa louange.

EMMA

Mais je dois vous laisser.

CHARLES

Non, non.

EMMA

(A Charles. j Je VOUS dérange.

Vous avez avec moi je ne sais quel maintien ! Vous n'osez me parler! monsieur, ce n'est pas bien. Je vois trop le motif qui vous rend si timide , A vous le reprocher votre air froid me décide. Sans doute, vous croyez qu'en vivant à la cour J'oublîrai mes amis, et dès le premier jour ? Grâce au ciel ! je n'ai point ce mauvais caractère ;

i4 LA FILLE D'HONNEUR.

Je ne serai jamais inconstante, ni fi ère : La fierté, je le sais, est un vilain défaut.

EDMOND

C'est quelquefois celui de nos gens comme il faut.

EMMA, açec chagrin.

Non, ce n'est pas le mien ; et je sais par moi-même Tout ce qu'on fait souffrir par un orgueil extrême.

f légèrement. J

Mais, de grâce , messieurs, laissons cet entretien. De tous mes cliers parents je ne vous dirai rien. A l'aspect du bonheur aisément tout s'oublie.

EDMOND, finement.

Vous fûtes malheureuse en commençant la vie ?

EMMA

Jamais, par mon tuteur; mais. . . causons plus gaîment De moi, de vo^e fiis, d'un établissement.

CHARLES, riant.

Vous voulez me placer ^

EMMA

Oui, la princesse est bonne, Et je puis obliger par l'emploi qu'on me donne. J'appellerai sur lui les biens et les honneurs : C'est qu'il sera très-bien parmi nos grands seigneurs.

EDMOND

Pour mon Charles, d'abord, je vous en remercie,

EMMA

Mais je dois le servir, si je suis son amie. 11 ne vous a pas dit que je viens le malin Causer de lui, de moi, de tout le monde enfin. Votre fils a séduit jusques à la baronne;

.ACTE I, SCÈNE III. iC)

Elle oublie avec lui son auguste personne;

Elle parle bien moins de ses seize quartiers,

Et du mépris qu'elle a pour tous les roturiers ; "

Et madame Brigitte, une sœur de ma tante,

Que l'on dit un peu prude, et même un peu méchante,

Qui, d'un air patelin , lui montre des égards j

Ce sont de petits soins, de doucereux regards;

C'est pour le convertir et l'arracher au monde. , .

Ah ! sur notre crédit que votre espoir se fonde ;

Car je puis assurer , vous en serez témoin ,

Que, protégé par moi, le jeune homme ira loin.

EDMOND

Oh ! je n'en doute pas.

CHARLES

Combien elle est aimable !

EMMA, ai^ec un air mutin.

Des plus vastes projets, moi, je me sens capable. J'ai dans le caractère un peu de fermeté.

EDMOND

Oui , je vous crois terrible !

EMMA, riant.

Oh ! non , en vérité; Mais depuis quelque temps je suis très-résolue, Et j'ai peur d'être un jour une femme absolue. C'est la faute pourtant de monsieur le baron : On a commencé tard mon éducation ; Et le peu que je sais n'est dû qu'à la visite Que nous fit par hasard un homme de mérite ; Mais Charles le connaît?

i6 LA FILLE DHONNEUR.

CHARLES

Qui donc ?

EMMA

Ce chevalier Qu'on nomme Florelli.

CHARLES

Qui ! cet aventurier !

Ce Florentin connu , bouffon de la princesse ; Qui, pour la complaisance ayant pris la bassesse, Flatteur de son métier , charlatan effronté , Le valet des valets des gens de qualité j Qui vous presse les mains , puis vous embrasse encore , Et du titre d'ami par-tout vous déshonore.

EMMA

En effet , en entrant , il loua ma beauté ,

Ma grâce, ma noblesse, et ma naïveté.

Je ne l'écoutais pas sans éclater de rire ;

Il me semblait si fou quand je l'entendais dire ,

Tout en gesticulant, d'une voix et d'un ton

« Ah! qu'elle est bellissimeî Eh quoi! dans ce canton

« Enfouir ce trésor, cette aimable personne,

« Digne d'un sort brillant, bien plus, d'une couronne.

« C'est montrer aux humains trop de sévérité

« Q«e de . leur dérober cette divinité. «

EDMOND, a part.

Ah ! vil serpent des cours !

I CHARLES, À /7<2r^.

Je vois trop que mon père. . .

EDMOND, a Emma.

Ainsi sur votre sort, ce chevalier s^incère Doit avoir influé ?

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