ACTE 1, SCÈNE
EMMA
Beaucoup , en vérité.
A présent tout le monde est rempli de bonté ; Et ma tante , et sa sœur , ont changé de langage. Oui, c'est au chevalier, à son heureux voyage, Que je dois cet accueil. On me disait avant : «Jamais on ne pourra corriger cette enfant. » Maintenant, la baronne est douce et prévenante. Et veut qu'en lui parlant , je 1 appelle ma tante. Elle-même me nomme , « et ma chère , et mon cœur ; » L'éloge, autour de moi, forme un concert flatteur. Je parle avec esprit, et je danse avec grâce; Il n'est point, à la cour, de beauté qui m'efface; Je donne à tous mes mots un tour fin , gracieux ; Je ravis tous les cœurs, je charme tous les yeux. Enfin dans la maison je suis une merveille, . Qui , dans cet univers , n'aura point sa pareille. Il faut, en vérité, que mes parents soient fous! Moi, de leurs compliments, je me moque, entre nous; Et profitant gaîment du sort qu'on me destine , Au présent qui sourit je livre l'orpheline.
CHARLES, à pari. Enfin, nous savons tout.
EDMOND, à part.
Je crains bien que mon fils. . . .
EMMA
De ce que je dis là vous avez l'air surpris ? Ou'avez-vous tous les deux ?
EDMOND, finement.
Je songe à la princesse.
La Fille (Vhonnem\ 3^ édif. '>.
i8 LA FILLE D'HONNEtR.
A l'honneur , au plaisir de Tavoir pour maîtresse.
On peut tirer parti d'une protection
Qui doit douTjler un jour l'éclat d'une maison.
EMMA
C'est ce que l'on m'a dit Sans cesse on me répète)
Que par moi mes parents ont leur fortune faite. Si je plais à la cour, ma foi, tant pis pour eux! Je les congédierai comme des orgueilleux. J'en excepte celui qui m'a servi de père ; 11 a pour sa pupille une amitié sincère
C malignement.)
Mais , sa femme le mène
EDMOND, riant.
Ah!
B M M A , a Edmond.
Dois-je révéler...?
C'est vous aussi , monsieur , qui me faites parler.