ACTE II, SCÈNE II
Il faut le parcourir de l'un à Tautre bout ;
Tout cntnndn; , lout voir, rendre compte de tout :
Rien n'est à dédaigner pour remplir les gazettes.
Ainsi, donc avec soin , portez sur vos tablettes
La modiste à Tair prude, et qu'on voit le malin
Rentrant les yeux baissés , et son buse à la main.
Observez sur les quais les livres, les peintures ;
Allez aux boulevarts voir les caricatures ^
Dites les pots de fleurs tombés sur les passans j
La bonne qu'on courtise et qui perd ses cnfans ;
Les femmes admirant des nageurs qui s'exercent ;
Les chevaux échappés, les voitures qui versent;
Parlez des bateleurs, des tours de gobelets,
Des piétons culbutés par les cabriolets ,
Des I)agarres , des cris , des rixes , des querelles .
Du luxe des cafés , des enseignes nouvelles.
Notez ces mendians qu'on trouve à chaque pas
Attirant les regards sur des maux qu'ils n'ont pas ,
Ou qui , feignant la honte , et courbés dans la boue ,
Y groupent autour d'eux des cnfans qu'on leur loue.
Surtout soyez au fait de tous les accidens ,
Suicides , duels , meurtres , ou guet-apens.
La nuit qu'habilement vos courses soient réglées :
Vous aurez n parler des chanteuses voilées ,
Du buveur chancelant qui sort du cabaret,
Du feu qu'on a dompté, du larcin qu'on a fait ,
Du météore enfin que la foule regarde ,
Et des gens sans aveu ramassés par la garde.
Tel est l'emploi brillant auquel vous vous liez ,
Et l'abrégé des soins qui vous sont confiés.
Cf:LVAL.
La tâche est difiicilc, et demande une étude...
VALCOUR
Vous en aurez bientôt contracté l'habitude, Pourvu que vous ayez de l'esprit et du goût , Du tact, delà mémoire...
MARCEL
Et des jambes surtout.
BELVAL
Ah! croyez.,..
VALCOUR
De ce jour je fais courir vos gages.
Outre quelques profits , et d'autres avantages , La place vous vaudra soixante francs par mois.
BELVAL
Vos bontés....
Oui , c'est bien , allez je vous reçois ,
Mon cher.
BELVAL
Démon respect agréez l'assurance ,
( En sortant. )
Monsieur. Rien n'est égal à son impertinence.