ACTE TII , SCÈNE I. 6S
De songer à Belval , de jamais le revoir, Pourquoi donc ces regrets , ces pleurs , ce désespoir ? De votre oncle pourquoi réclamer l'assistance? Sonl-ce là des eUets de votre indifférence?
AGATHE
Que veux-tu ? dans mon trouble , il faut en convenir, Oui, j'avais de ses torts perdu le souvenir*, Mais ils se sont bientôt offerts à ma pensée : Leur image à présent n'en peut être effacée.
JUSTINE
Il est donc bien coupable ?
Ah ! Justine !... tiens, voi j
Je le fais notre juge , et m'en rapporte à toi.
Chez mon oncle Dormeuil nous passions la soirée.
Au plaisir le plus doux mon âme était livrée ;
J'avais tout oublié , mes peines , mon ennui ;
J'étais heureuse , enfin : j'étais auprès de lui.
Il m'exprimait ses vœux et l'espoir qui l'enflamme ,
Lorsque dans le salon entre une grande dame ,
Peu jolie , il est vrai, mais coquette !... oh ! beaucoup»
Elle aperçoit Belval ; voilà que tout d'un coup ,
Et sans autre façon , Justine , elle l'appelle ,
Et l'engage à venir se placer auprès d'elle.
Il y va.
JUSTINE
Se peut-il? c'est une indignité I
AGATHE
Ah ! je n'invente rien , je dis la vérité ^ Il y va : mais , bien plus , avec elle il demeure ^ Entre eux, sans voirpersonne, ils jasent plus d'une heure j Seconde édition» 5,
Et moi , le cœur gonflé , toute seule en un coin ,
De leurs discours secrets je reste le témoin.
Quelle horreur!
AGATHE
Tu le vois 5 je t'avais avertie.
Heureusement enfin cette dame est sortie : Belval s'est rapproché ^ mais alors à mon tour Je l'ai laissé.
JUSTINE
Fort bien. Après .^^ AGATHE.
Depuis ce jour Je ne l'ai pas revu.
JUSTINE
Vraiment la chose est claire.
Une femme tout bas parler à son notaire ! Cela n'a pas d'exemple! oui , vous avez raison , Un pareil entretien cache une trahison : La fourbe, après cela , n'est que trop confirmée, Et de Belval jamais vous ne fûtes aimée.
AGATHE
Jamais ! ah l peux-tu donc oublier aujourd'hui Tous ces gages d'amour que je reçus de lui? Tu le sais , de son cœur l'ingénieuse adresse M'environnait partout de marques de tendresse : Dans le monde , au miheu des plus froids entretiens , Je sentais ses regards solliciter les miens ; Aux intérêts publics sachant mêler les nôtres , C'est à moi qu'il parlait en répondant aux autres. Aisément sur mon cœur il acquérait des droits j