ACTE III, SCÈNE VII
La vërilc toujours est leur suprême loi^ L'accord qui règne entre eux prouve leur bonne foi y Ils n'ont tous qu'un seul but , le bien de la patrie ; Ils ne sont les échos d'aucune coterie ^ Bien loin d'entretenir l'aigreur des factions, Ils rapprochent les cœurs , calment les passions ^ A de vils intérêts toujours inaccessibles , Ils sont impartiaux, sans fiel, incorruptibles... Tous débats entre nous seraient donc superilus j Je vous accorde tout, ainsi n'en parlons plus.
VALCOUR
Avec tant d'amertume alors que l'on s'explique...
DORMEUIL
Vous voyez le danger de parler politique : On interprète à mal les plus simples discours , Et sans être compris on se brouille toujours. Bornons-nous, s'il vous plait , à la littérature.
VALCOUR
Non , monsieur , c'est assez.
DUBUISSON
Ah! je vous en conjure.
Puisque mon cher beau-frère ici fait le plaisant , Ilabaltez son caquet et son air suffisant. Ce sera gai , ma foi.
Comment se faire entendre Par des gens résolus à ne vous point comprendre ? Que leur dire? à l'aspect du soleil qui nous luit, Monsieur ferme les yeux , et prétend qu'il fait nuiu Voudra-t-il avouer que la littérature Reconnut de tout temps notre magistrature ?
Héritiers de Champtbrt, Laharpe, Marmontel ,
Du dieu du goût comme eux nous desservons l'auiel 5
Nous opposons le frein d'une saine critique
A l'école tudesque, au style romantique ,
Et du Pinde français prévoyant les dangers ,
INous en fermons Tapproclie à tous dieux étrangers.
Des jeunes écrivains nous dirigeons l'audace -,
TSous éclairons pour eux les écueils du Parnasse^
Nous soutenons leurs pas , nous échaufïbns leurs cœurs ,
Et tressons des lauriers pour le front des vainqueurs.
D'après nos jugemens la gloire se dispense j
Le mérite modeste obtient sa récompense ;
Et le plat écrivain , sous nos traits accablé ,
Aux fouets du ridicule est par nous signalé.
DUBUISSON
Voilà parler ! ce sont des faits qu'il vous présente. Que répondre à cela ?
Mais, que monsieur plaisante.
Il parle de justice et de sincérité !
C'est qu'il veut éprouver notre crédulité. Qu'en province du goût on vous nomme interprètes, Passe ^ on y croit encore aux arrêts de gazettes. Mais ici nous savons à quoi nous en tenir 5 A nous en faire accroire on ne peut parvenir. On sait par quels moyens les éloges s'obtiennent -, Que messieurs tels entre eux se vantent , se soutiennent; Que vous ne jugez plus l'auteur sur son talent^ Qu'il est loué selon qu'il pense ou noir ou blanc. On du mcmc tout haut , excusez ma franchise , Qu'un mauvais écrivain , que Plutus favorise ,