ACTE III, SCÈNE VII
Des journaux , quand il veut , peut respirer rencens.
VALCOUR
De tels discours...
Pour vous ne sont point offcnsans.
Votre délicatesse en rien n'est inscJtce;
La personne présente est toujours exceptée ,
C'est l'usage.
VALCOUR
Vraiment ceci devient trop gai.
DUBUISSON
Moi , de pareils propos je suis très-fatigué.
VALCOUR
Oui 5 oui , nous sommes tous des gens abominables , Sans talens^ sans honneur, enfin des misérables.
Non , monsieur , je suis juste : il en est , j'en convien ,
Qui sont tout à la fois savans et gens de bien ;
Qui forment notre goût, nous plaisent, nous instruisent,
Jugent en conscience , et pensent ce qu'ils disent.
Ceux-là je les distingue , et , comme tout Paris ,
J'estime leur personne et prise leurs écrits.
Mais un tas de censeurs ignorans et frivoles ,
Qui n'ont jamais paru sur le banc des écoles ;
Qui jugent un auteur sans en sentir ïe prix ;
Qui lui veulent montrer ce qu'ils n'ont point appris ]
Qui , cliercliant des succès à force de scandales ,
Ramassent leur esprit sous les piliers des halles ,
Sont sans frein , sans scrupule, et n'ont d'autre métier
Que d'user une plume à salir du papier î..
Morbleu!..
DUBUISSON
Là , là , tout doux , pas tant d'impatience. Vous n'êtes pas ici , mon frère , à l'audience.
VALCOUR
Laissez ; on voit d'où vient ce mépris des journaux 5 Ils rendent quelquefois compte des tribunaux : Peut-être sur monsieur et sur ses plaidoiries Ils se seront permis quelques plaisanteries.
Bien!
Cela pourrait être , et j'en ferais l'aveu -y Car il est tel journal qu'on estime si peu , Que , loin de redouter ses insultes obscures , On se tient lionoré d'essuyer ses injures.
DUBUISSON
Ab! je ne puis souffrir les personnalités ! Mon ami , pardonnez ses incivilités.
De votre politesse à sa bonté il abuse 5 Mais je le désavoue , et vous demande excuse.
VALCOUR
Rassurez-vous , monsieur ne saurait m'offenser.
DUBUISSON
Vous ne m'en voulez pas ?
VALCOUR
Pouvez- vous le penser ;'
DUBUISSON
(à Dormeuil.)
Digne ami !... Serviteur.