‹ [Pièces de théâtre, 1820-1822]Chapitre 195 sur 453 · SCENE m. i · texte numérisé non relu

SCENE m. i

Aussi quand je vous dis combien vous in'èlcs chère, Que je n'aime que vous, qu'à lout je vous préfère. Pourquoi me laisser vivre inquiet, incertain, Attendant tour à tour et craignant mon destin ? Vous en êtes l'arbitre. Ah! si mon sort vous touche, Il dépend d'un seul mot sorti de votre bouche.

EUGÉNIE , à part.

Ma tante avait raison, ses conseils sont prudens.

{Haut.)

Il me semble qu^il fait aujourd'hui bien beau tems.

DERMOiN.

Le beau tems ' la réponse est j uste et conséquente.

EU6ÉME.

La campagne doit être en ce moment cliarmante ; Le murmure des eaux , le doux calme de l'air... Qu'en dites-vous?

DERMO.X.

J'ai lu ce morceau dans Gessner.

EUGÉNIE, à part.

Il a raison vraiment , ce n'est pas trop honnête.

{Haut.)

Vous me pardonnerez , j'étais un peu distraite.

Pourquoi vous excuser? poiut de ménagement ; Faites-vous un plaisir d'augmenter mon tourment, Devenez chaque jour plus cruelle et plus dure, Sans doute pour calmer les peines que j'endure Il suffirait d'un mot qui me serait bien doux^ D'un mot que je demande eu tremblant à genoux, D'un je vous aime , enfiu.

i4 l'amour et le procès.

EUGENIE.

Relevez-vous de grâce.

Mou importunhé vous fatigue et vous lasse.

EUGÉNIE

Monsieur,...

DEr.MON.

Finissons-en ; terminons ces débats j Dites-moi seulement que vous ne m'aimez pas. Mais vous n'en direz rien. Bali! vouloir qu'une femme Yous fasse clairement lire au fond de son ame, Exiger qu'elle soit simple dans ses discours, Naïve eu ses aveux, franche dans ses amours, C'est vouloir , remontant au bon tems de nos pères , Faire rétrograder, comme on dit, les lumières. Le monde où nous vivons est trop civilisé , Il faut pour être lieureux surtout être rusé , Savoir au sentiment substituer l'adresse, Et faire assaut d'esprit et non pas de tendresse.

EUGÉNIE

En aucun genre ici, je ne prétends lutter, Et ne veux pas surtout avec vous discuter. Rarement, selon vous, uneftmme est sincère, Bien peu savent aimer, toutes cherchent à plaire -, Mais ma tante m'a dit aussi plus d'une fois Que le monde était plein de séducteurs adroits, Qui, prenant de lamour le masque et le langage , Se font de nous tromper un cruel badinage.

DERMON.

Ah ! c'est en vérité me faire trop d'honneur. Je suis donc à vos jeux un adroit se'ducteur?

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