‹ [Pièces de théâtre, 1820-1822]Chapitre 198 sur 453 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Mad. saimt-gÉrAn.

Quel est donc le sujet ?

SAINVA.L..

C'esl une bagatelle ; Mais à propos de rien il me cherche querelle.

Mad. SAINT-GÉRAN.

Deux amis !

SAINVAL

Hier soir , encore un mot de plus A des extrémités nous en serions venus.

Mad. SAI^T-Gt;^.AN.

Epousez donc quelqu'un dont la folle manie Sans cesse pour un mot exposera sa vie.

SAINVAL

Voilà de vos raisons î je l'aurais parié ,

Mais on ne se bat plus quand on est marié I

Il est un moyen sur de rendre nn homme sage;

On n'a , vous le savez, qu'à le mettre en ménage.

Mad. SAINT-GÉRAN.

Vous plaisantez , je crois, oii donc prendriez-vous Les qualités que doit posséder un époux ? Vous pensez qu'il suffît d'être galant, aimable j Mais le point principal , c'est d'être raisonnable ; Et vous si bien reçu dans Paris, à la cour, Vous l'un des ornemens de nos cercles du jour , Àbandonnerez-vous ce brillant avantage Pour le plaisir obscur d^être heureux en ménage?

SAINVAL

Jusqu'ici, j'en conviens , j'ai fait un peu de tout Le monde , les plaisirs étaient fort de mon goût. Aujourd'hui si je joue , et surtout si je danse , Je peux vous l'assurer , c'est pure complaisance ;

i8 l'amour et le peoces;

Il faut se rendre utPe à la société.

Dans l'esprit je conserve encore quelque gaîté^

Cela m'empêche-t-il de raisonner , Madame ?

De songer quelquefois dans le fond de mon âme,

Au sort d'un vieux garçon?.... J'ai déjà quarante ans.

Mad. SAINT-GÉIIAN.

Avez-vous pour cela^ mon clier , plus de bon sens ?

SAINYAI,.

De grâce , finissez , c'est me faire un outrage :

Qui, moi ! je n'aurais pas de bon sens.... à mon âge I

Mad. SAINT-GÉRAN.

Pauvres humains, le sort ainsi nous a traités;

Le chagrin , la douleur et les infirmités

Ne viennent que trop tôt nous surprendre j au contraire,

La raison semble exprès arriver la dernière.

SAINVAL

Allons , je suis un fou , puisque cela vous plaît j Vous me faites cadeau de ce joli brevet; Le monde heureusement me rend plus de justice, La cour me voit d'un œil, Dieu merci , plus propice. Sachez donc , puisqu'il faut faire ici de l'éclat, Que je suis. . . vous riez ... un grave magistrat.

Mad. saint-géran.

Un magistrat, vous?

SAINVAL

Moi.

Mad. SAINT-GÉRA^f.

Bref, qu'est-ce que vous êtes?

SAINVAI>.

Madame, vous voyez un maître des requêtes, INommé depuis hier. ^

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