‹ [Pièces de théâtre, 1820-1822]Chapitre 225 sur 453 · F U ON TIN · texte numérisé non relu

F U ON TIN

Elle a sa migraine, et veut être seule.

SAINT-LEGER

Ah !

F R ON TIN , à part.

Eîîe essaie, au bois de Boulogne, Tattelageque lui a donné milord

SVINT-LEGER.

La petite Virginie .^

FRONTIN

Ne peut voir personne ; son perroquet s'est envolé, Son chien est malade ; elle a les yeux rouges, et ne mange plus, {yl part.) Elle déjeune au Rocher de Gancale avec ce grand marquis de....

SAINT-LEGER

Elle est trop sensible aussi....

FRONTIN

Ahî Monsieur, ces femmes-là vous adorent!

SAINT LEGER

Qu'est-ce que je vais faire de ma journée ?

s C E N E V 1. Il

FRONTIN

Vous allez être obligé de penser à Madame....

SAINT-LEGER, se levant avec vivacité.

Ma femme, Fronlin? j'y pense souvent.... toujours même; j'en suis presque inquiet. Depuis quinze jours, pas une lettre d'elle !.... elle était si exacte ... C'est singulier!

FRONTIN

Quitter brusquement une femme cbarmante... SAINT- LEGER, vivement.

Adorable, remplie de talens, de grâces, de charmes.... Mais que veux-tu? Six mois de mariage, un vieux château, une société provinciale, des sots, des prudes , des maris jaloux; un oncle qui gronde, une tante qui prêche, un boston, des caquets, un théâtre de société, des querelles politiques, et un concert d'amateurs î je dépérissais.... Je prétexte quelques.affaires, je m'élance veis Paris; je ne respire que là J'y rencontre le marquis de Valbonne , mon camarade de collège , et son jeune frère Ernest, qui projetaient un voyage en Italie. Yalbonnc, malade, ne pouvait l'entreprendre ; je m'offre pour le remplacer : je le renvoie dans ses terres ; je deviens le mentor d'Ernest ; nous partons; nous parcourons rapidement, mais en observateurs, ce pays classique; les antiquités, les jolies femmes, les mœurs, les théâtres; nous étudions tout, nous savons tout par cœur en six semaines, et nous revenons a Paris , où j'ai le bonheur de retrouver deux maîtresses , presqu encore fulcles, et où je prétends former mon élevé, avant de le renvoyer à son grand frère et à sa petite cousine, qui sera enchantée de trouver un aimable et léger parisien, à la place d'un sot et timide provincial.

FRONTIN

J ai peur qiiVlIe ne vous en sache pas gré; Ton est si riclicnle en province ! Quant à M. Ernest, je crois que nous en ferons quelque chose : ses dispositions se développent, et voilà qu'il mène de front une affaire d'honneur et une aventure amoureuse.

SAINT- LEGER

Tu plaisantes?

FRONTTN.

Non, Monsieur; et je vais vous en fournir la preuve. Yous savez que , d'après ses ordres , j'entre de bonne heure dans son appartement : ce matin, à huit heures, je trouve Monsieur plongé dans le plus profond sommeil....

s AT NT- LEGER, liant

Un provincial amoureux et qui dortî Gela n'est pas pofsihlc ; passe pour nous autres...

FRONTIN

Attendez.... Je m'approche et je trouve ce papier sur sa tahle.

( Il (Ion ne un papier à Saint- Léger. }

SAINT-LEGER, prenant le. papier.

Voyons. {ïl lit)

« A Fiontin , pour lui seul.

» Ne me réveille pas, Frontin, tu me ferais du » tort: je suis sûr qiie je rêve à cette femme ai- » mahle , adorahle , incomparahle.... « (S' interrompant.) Ah! diable! « que -j'ai rencontrée hier i) an bal.... J'ai osé lui parler, et je me couche bien » vite, pour entendre encore sa douce voix en » songe....

FRONTJN.

Cela m'attendrit, moi, Monsieur.

s A INT-LKGER , continuant.

w Elle demeure dans Thôtei; c'est cette dame

» arrivée hier.... Prends, avec discréllon, des in- » formations sur son cemple.... Ah! Frontin, si » elle était mariée, il faudrait renoncer à elle.... >♦ ( S interrompant. ) 1^'innocent ! « Sors douce- » ment de ma chambre, sur la pointe du pied; » prends garde d'interrompre mon rêve : si tu me ^ réveilles, je te bats, et j'en serais fàchë. »

Post-Scriptuni, — « Va chez le Chevalier de Ca- » vignac ; je ne lui ai donné mon adresse que de » vive voix, laisse-la par écrit, et dis-lui que je suis >» à ses ordres.... »

FRONTIN

Dé Cavignac !... ce nom me rassure pour le dénouement de Taffaire ; nous aurons bon marché de cet homme-là.

SAINT-LEGER

C'est un fat, un sot....

IKONTIN.

Et un poltron ; je me battrais avec lui , moi ; ainsi....

SAIN-LEGER

Il n'y a pas de danger, jd respèie; mais quel a été le motif?...*.

ntONTlN.

En doutez-vous. Monsieur? Il aura voulu soutenir, envers et contre tous, que sa petite cousine était la plus belle.... ou bien.... une querelle provinciale en diable ! On aura dit devant lui du mal des femmes, et il se sera emporté.

Sai^t-leger, souriant.

Pauvre petit homme !

FRONTIN

Ce que c'est que de n'avoir pas de monde î...

SAINT-LEGER

J^aime cet enthousiasine! Ernest sera un vrai chevalier.... Défendre les femmes!... Moi qui les connais, je me suis battu vingt fois pour elles.

FRONTIN

J'ai donne' hier un soufflet à Lapierre , qui médisait de la vertu des soubrettes du quartier ; il m'a riposté par le plus furieux coup de poing.... on peut voir encore... C'est dans le sang français de se battre pour les dames.

SAINT-LEGER

Et de Cavignac?

FRONTIN

N'était pas rentré depuis deux jours. Son portier m'a dit que c'était son habitude , lorsqu'il avait une nouvelle affaire ou un nouveau créancier ; au surplus, j'ai laissé l'adresse.

SAINT-LEGER

Nous l'attendrons.

FRONTIN

De pied ferme.

SAINT-LEGER

J'entends, je crois, Ernest; va-t-en. Je suis curieux de savoir comment il s'y prendra pour me faire l'aveu de sa nouvelle flamme. Je te charge des informations : M. Motus parlera.

FRONTIN

Inutile , monsieur; je sais tout.

SAINT-LEGER

Comment! déjà?...

FRONTIN

Non ; mais tout à l'heure , quand vous voudrez,' dans dix minutes... La soubrette est jolie, je l'ai lorgnée; je suis bel homme, elle m'a vu; il est

probable qu'elle m'aime..,, un tête-à-tcte, elle m'adore, et je mets mon cœur au prix de son secret.

SAINT-LEGER

Tu es probablement fat.

FROTSTIN.

Non, ma parole d'honneur; mais on se connaît, on a du monde, de rexpérience,etronsaitparcœur toutes les soubrettes passées, présentes et futures.

SAINI-LEGEB.

Allons , va. ( Froniin sort. )

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