MOTUS, SAINT-LEGER
SAINT-LEGl^R.
Ah! monsieur Motus.
MOTUS
Que désire monsieur le Colonel?
SAiNï-LEGER , cuec iroiiie.
Je connais votre discrétion, monsieur Motus; je sais que vous n'aimez pas à jaser, et que vous ne vous permettez aucune conjecture sur les personnes qui habitent rhôtel.
M OÏL s.
Cela est vrai.
SAINT-LEGER
Faites-moi donc le plaisir de me dire ce que vous pensez de cette jeune dame arrivée hier.
MOTUS
Monsieur , je crois que c'est une femme mariée... uae veuve, ou... une demoiselle.
SAINT-LEGER
[Ah!
MOTrS.
Elle se fait appeler madame de Valhclic; mais ce n'est point une raison pour ne pas élre... veuve de Valbeile, ou... mademoiselle de Yalbclle, ou... tout autre chose. Elle est fort bien; je l'ai vue, quoiqu'elle ne sorte jamais sans son voile... Elle a im air de décence, de noblesse même... mais nous savons qu'on prend cet air-là quand on veut. Elle soupire le matin, dîne en ville, et va le soir au bal de TOpcra.
SAINT-LEGF.R.
Pauvre petit Ernest!... (// /ire de sa poche la lellre d Enirsf. ) Voyons donc sa lettre. Trois pa^es!.. Voilà de quoi tuer une parisienne. Allons, courage.
(^11 parcourt la lettre sani écouter M. Motus. ) MOTUS.
C'est peut-être une de ces dames de province , venant régulièrement à Paris dépenser, en trois mois, les trois qiiarls du revenu de leur bon mari, qui, pour se consoler, va chaque soir, dans les sociétés de sa petite ville, pour avoir le plaisir de dire: « Je crois que madame une telle, mon 5) épouse , est à présent à l'Opéra , aux Français » ou à Eeydeau ».