ACTE I, SCÈNE 1 V. j
VOLBERG.
Celte lettre vous annoncerait-elle quelque fâcheuse nouvelle ?
ED G AR D , cherchant à déguiser son émotion.
Non, messieurs... Ce billet m'apprend l'arrivée d'une personne que j'étais si loin d'attendre, que je n'ai pas été maître de ma surprise. Je vous l'ai déjà dit , messieurs , j'avais dix ans, lorsque mon père mourut aux champs de Moravie, en sauvant la vie à son prince : ma mère suivit bientôt son époux au tombeau. Resté seul, sans fortune, et n'ayant que des parens éloignés , je fus admis à l'Ecole militaire^ élevé par les bienfaits de son altesse, placé ensuite parmi ses pages , j'en sortis avec une lieutenance dans les gardes; j'étais pauvre , mes parens s'occupèrent fort peu. de moi , et je n'entretins même de correspondance qu'avec un cousin de ma mère , professeur de philosophie à l'université de Gœttingue.
Monsieur Meinau ! n'est-ce pas ainsi qu'il se nomme ?
EDGARD
Justement. Monsieur Meinau , que j'avais instruit de mon mariage avec votre adorable nièce, en m'adressant, il y a huit jours ses félicitations , m'avait marqué qu'il regrettait que sa place ne lui permît pas de venir me tenir lieu de père.
' VOLBERG.
Oui , parbleu , vous nous en avez parlé.
EDGARD
J'étais fondé à croire monsieur Meinau toujours à Gœttingue; mais il m'apprend qu'il est ici , et que sa lettre ne le précédera que de peu d'instans. Son arrivée m'étonne -, je croyais qu'un motif plus puissant que les fonctions de sa place l'empêcherait de paraître à la résidence. Monsieur ?»leinau , sujet fidèle , mais ami sincère du prince , a censuré plus d'uno fois les opérations du ministère; il n'est bruit que d'une nouvelle iDrochure intitulée Remontrances
au Prince^ et l'opinion publique l'altribue à monsieur Meinau.
LE BARON
Ail ! qu'il soit cent fois le bienvenu : n'est-il pas d'ailleurs votre plus proche parent? enfin sa qualité de professeur de philosophie lui assure des droits à notre amitié.
VOLBERG.
Le cher professeur ne s'attend pas à trouver ici des hommes qui pratiquent aussi bien les dogmes qu'il enseigne.
Je vous prie, messieurs, de recevoir mes remercîmens pour le bon accueil que vous préparez à mon cousin.
VOLBERG , tirant sa montre.
Ah çà , il est encore loin de midi ; l'exercice du malin m'a donné un appétit du diable. Eu vérité, mou cher Edgard , si je n'y mettais ordre , je n'aurais pas la force de signer votre contrat.
LE BARON
Mon frère , je vous accompagne^ j'ai à causer avec vous sur la rédaction de quelques articles; et monsieur Graff, le plus ponctuel des notaires , m'attend peut-être déjà dans mon cabinet. Monsieur Edgard , aussitôt que votre cousin se présentera , veuillez bien nous faire avertir.