ACTE III, SCENE I
Gaîment je réussis, ou succombe gaîment.
Je regarde en pitié ces gens atrabilaires,
De qui l'abattement empire les affaires.
La gaîté , de l'esprit anime les ressorts ,
Rend le coup-d'œil plus sûr* les obstacles moins forts.
Lorsque son feu divin nous éclaire , nous aide ,
On voit mieux le danger, on voit mieux le remède;
Tiens , Germon , mille fois je m'en suis convaincu,
Quand on rit d'un obstacle, il est presque vaincu.
GERMON
Ail ! que ne puis-je avoir ton heureux caractère ! Mais pourquoi ,\mon ami, t'entourer de nfystère? Pour quel motif, dis-moi, ne pas me révéler Ce plan si merveilleux dont tu viens de parler.^ Ainsi que toi, Belcour, la chose m'intéresse.
BELCOUR
Laisse-là mes projets , Germon ; l'heure nous presse. Le temps qu'il me faudrait perdre à te les conter. J'aime mieux l'employer à les exécuter.
GERMON
Mais c'est donc un moyen bien extraordinaire ?
BELCOUR
Il est tout naturel , et tout simple , au contraire ; Et toi même en seras étonné. Mais, dis-moi, Gerjnon, l'ami Germon, serait charmé, je croi , De faire ses adieux à celle qu'il adore ?
GERMON, viuemenù* •Que veux-tu dire.^^ Eh ! bien....
BELCOUR
Tu la verras encore.
Lorsque tu m honorais de tes soupçons jaloux, Moi , je te ménageais un dernier rendez-vous.
GERMON
Je pourrai lui parler!... Tu me rends l'existence. Quand ? dans quels lieux*?
BELCOUR
Ici ; je l'entends qui s'avance.
Lisette avait le mot ; la duègne , quelque part , S'occupe gravement des apprêts du départ ; Et pendant ce temps-là.... Mais les voici, je pense.