BELCOUR, GERMON
GERMON
Oui, j'apprends à l'instant cette affreuse nouvelle,
Et j'en ressens, Belcour, une^peine mortelle.
Par Lisette, elle vient de me faire savoir
Qu'il faut nous oublier et ne plus nous revoir.
Mon amour pour la fiUe^ est connu de la mère :
J'ignore depuis quand , et de quelle manière;
Mais notre intelligence, et mes desseins secrets,
Elle sait tout.
BELCOUR , gravement..
Cela rentre dans mes projets.
GERMON 5 surpris,
Belcour, laissé donc là ton sang-froid , je te prie.
Songe que la comtesse, apprenant que Sophie
Ose inspirer TamoiiV, ose le ressentir,
Pour sa terre aujourd'hui veut la faire partir.
Ma Sophie, en ces lieux, ne doit plus reparaître.
Dès ce soir, mon ami, dans une heure peut-être,
Nous serons séparés, sans doute pour jamais.
Tout est perdu !
BELCOUR
Cela rentre daiWmes projets.
GERMON
Parlons raison , Belcour. Tiens, tu ine désespères. Tu comptes, pour changer la face des affaires.
User de ton, crédit sur madame Dorval ? Eh bien! c'est unie erreur : vous êtes au plus n^L Soit qu'elle ait découvert tes desseins, ou peut-être Par un autre motif, que je ne puft connaître. Elle a juré, dit-on, de ne te voir jamais.
Bien! fort bien! tout cela rentre dans mes projets.
GERMO» , aveccoleKe.
Ah ! cesse d'insulter à ma douleur extrême. Est-il dans tes projets de m'ôter ce que j'aime ? De me désespérer? Si tel est ton désir, Je conçois qu'en effet tu doives t'applaudir. Oui, perfide! je vois quel est ton but coupable. Tu jouis en secret du malheur qui m'accable, Et ta feinte amitié n'a paru me servir, Qu'afin de mieux me perdre et de mieux me trahir. Lorsqu'à ta loyauté mon amour se confie , Quand je me livre à toi , tu m'enlèves Sophie!
BELCOUR , avec dignité.
ïu peux douter de moi? j'excuse ton erreur. Et ne veux me venger qu'en faisant ton bonheur.
GERMON, confus.
Ah ! pardon , mon ami ! le désespoir m'égare j Ne crois pas que j'adopte un soupçon si bizarre. Mais aussi, quand tu vois que je suis attristé, Pourquoi cette froideur , cette légèreté ?
BELCOUR
Faut-il que le chagrin m'assiège, me dévore? S'effrayer d'un p'éril, c'est l'augmenter encore. Moi, j'oppose un front calme à tout événement,