‹ [Pièces de théâtre, 1820-1822]Chapitre 46 sur 453 · LE BARON, LA BARONNE · texte numérisé non relu

LE BARON, LA BARONNE

LA BARONN E.

Vj'est une trahison indigne , abominable, Que d'admettre chez soi , recevoir à sa table Un homme du commun qui parle à tout propos y Qui fixe les regards des méchants et des sots : Avez-vous remarqué ses mots à double entente ?

LE BARON

Mais son intention ne peut qu'être innocente. Il parlait de la cour , des pièges qu'on y tend A la beauté novice , au jeune homme imprudent : Ce sont tous lieux communs de la philosophie En usage parmi la riche bourgeoisie.

LA BARONNE

Soit; mais de certains traits lancés bien finement Ont frappé votre nièce, en un certain moment.

LE BARON

Vous avez cru voir

LA BARONNE

Oui, c'est une repartie, Qui soudain l'a rendue un peu plus réfléchie.

LE BARON

Quel peut être son but?

LA BARONNE

Vous pouvez me blâmer ; Mais ce monsieur Francbourg, je ne le puis aimer.

LE BARON

Je ne l'adore pas... pourtant c'est un brave homme, Qui galamment me prête une très-forte somme.

LA BARONNE

On paye à ces gens-là de très-gros intérêts;

Mais on ne les voit plus dès qu ils ont fait leurs prêts.

LE BARON

Vous en parlez très-bien; mais apprenez, ma chère, Qu'on ne peut emprunter quand on n'a plus de terre; Et qu'on est très-heureux, tout baron que l'on est, Quand un bourgeois veut bien accepter un billet.

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