‹ [Pièces de théâtre, 1820-1822]Chapitre 62 sur 453 · LE CHEVALIER, EDMOND · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER, EDMOND

E D M o N D rtw chevalier qui a l'air embarrassé. Eh bien ! qii avez-vous donc ?

LE CHEVALIER

Ce que j'ai, moi , j'enrage.

EDMOND

Quelle en est la raison ? Qui vous a fait outrage "^

LE CHEVALIER

Mais par vous seul ici tout le monde est troublé.

EDMOND

Ah ! si je l'avais su , je m'en serais allé : Mais il est encor temps. (Il 'va pour sortir,)

LE CHEVALIER F arrêtant.

Ce n'est pas votre faute , Je dois en convenir ; vous êtes un bon hôte ; Mais le maudit écrit qui vous est arrivé , Pour nous mal-à-propos dans vos mains s'est trouvé. Vous l'avez lu : de-là cette rumeur du diable !

EDMOND

Qu'en est-il résulté ?

LE CHEVALIER

C'est fort désagréable. La petite a-présent vous fait des questions ; Puis s'abandonne après à des réflexions.... On lui présente en vain sa parure élégante . Elle jette un regard inquiet sur sa tante ;

Interroge les yeux , comme pour arracher

Un secret important qu'on voudrait lui cacher.

EDMOND

Très-bien ; je m'aperçois que, dans cette famille, On a de grands projets sur cette jeune fille ?

LE CHEVALIER

Non.

EDMOND

Et c'est pour moi seul qu'on se montre prudent.

LE CHEVALIER

Ah! c'est que....

EDMOND

L'on veut bien emprunter mon argent ; Mais de ce qui se passe on ne me veut rien dire. Eh bien, tant pis pour vous, monsieur, je me retire. Il faut que vos secrets soient remis à ma foi , Ou vous ne devez plus ici compter sur moi.

LE CHEVAL lE R.

Ma foi , vous raisonnez comme un homme très-sage.

EDMOND

Et de mes fonds , d'ailleurs, je dois savoir l'usage.

l'avoue....

EDMOND

A VOUS servir ne suis-je pas tout prêt ?

LE CHEVALIER

C'est vrai.

EDMOND

Votre succès est dans mon intérêt.

AQTE III, SCENE VIIL 79

LE CHEVALIER

D*accord.

EDMOND

Et si tantôt j'ai fait une imprudence Cette faute ne tient qu'à ma seule ignorance.

LE CHEVALIER

^ Soit , je dois voir en vous l'ami de la maison.

E DM ON D.

Sur votre jeune Emma , j'ai d'abord un soupçon.

LE CH EVAL 1ER

Quoi ! vous ne savez rien ?

EDMOND

Rien.

LE CHEVALIE R.

Bah ! vous voulez rire.

EDMOND

Je ne sais pas vraiment ce que vous voulez dire.

LE CHEVALIER

A la cour un secret ne l'est que pour un sot. L'homme d'esprit toujours devine à demi mot : Pour nous autres la langue est chose très-frivole ; Presque jamais le sens ne tient à la parole. Vous vous doutez pourtant qu'une fille d'honneur Qu'on présente à la cour avec tant de splendeur ç Et dont les diamants....

EDMOND

Je commence à comprendre.

Vous devez m'excuser de ne pas vous entendre. Je suis un bon bourgeois.

8o LA FILLE D'HONNEUR.

L E CH E VALI E R

Vous ne saviez donc pas Que sans moi le baron serait dans l'embarras ; Et que depuis long-temps il était en disgrâce.

EDMOND

Par vous auprès du prince il a repris sa place ?

liE CHEVALIER.

Et cette grace-là , c'est qu'il la doit à moi.

E D M O ND

Vous êtes obligeant , c'est un très-bel emploi.

EE CHEVALIER

J'ai toujours du plaisir à rendre un bon office.

EDMOND

Le baron a de vous exigé ce service?

LE CHEVALIER

Lui ! quel petit esprit ! il s'en garderait bien. De nos superbes plans vraiment il ne sait rien. Il n'a que le désir de voir payer les dettes Qu'autrefois la baronne a si noblement faites.

EDMOND

C'est elle qui jadis....

LE CHEVALIER

Ah! cette femme-là Des grands talents de cour est le nec plus ultra. Aussi j'ai du respect pour ce beau caractère.

EDMOND

Mais le baron pourtant s'occupe d'une affaire.

LE CHEVALIER

C'est sa terre qu'il veut... Son frère a d'anciens droits...

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