LE CHEVALIER, EDMOND
E D M o N D rtw chevalier qui a l'air embarrassé. Eh bien ! qii avez-vous donc ?
LE CHEVALIER
Ce que j'ai, moi , j'enrage.
EDMOND
Quelle en est la raison ? Qui vous a fait outrage "^
LE CHEVALIER
Mais par vous seul ici tout le monde est troublé.
EDMOND
Ah ! si je l'avais su , je m'en serais allé : Mais il est encor temps. (Il 'va pour sortir,)
LE CHEVALIER F arrêtant.
Ce n'est pas votre faute , Je dois en convenir ; vous êtes un bon hôte ; Mais le maudit écrit qui vous est arrivé , Pour nous mal-à-propos dans vos mains s'est trouvé. Vous l'avez lu : de-là cette rumeur du diable !
EDMOND
Qu'en est-il résulté ?
LE CHEVALIER
C'est fort désagréable. La petite a-présent vous fait des questions ; Puis s'abandonne après à des réflexions.... On lui présente en vain sa parure élégante . Elle jette un regard inquiet sur sa tante ;
Interroge les yeux , comme pour arracher
Un secret important qu'on voudrait lui cacher.
EDMOND
Très-bien ; je m'aperçois que, dans cette famille, On a de grands projets sur cette jeune fille ?
LE CHEVALIER
Non.
EDMOND
Et c'est pour moi seul qu'on se montre prudent.
LE CHEVALIER
Ah! c'est que....
EDMOND
L'on veut bien emprunter mon argent ; Mais de ce qui se passe on ne me veut rien dire. Eh bien, tant pis pour vous, monsieur, je me retire. Il faut que vos secrets soient remis à ma foi , Ou vous ne devez plus ici compter sur moi.
LE CHEVAL lE R.
Ma foi , vous raisonnez comme un homme très-sage.
EDMOND
Et de mes fonds , d'ailleurs, je dois savoir l'usage.
l'avoue....
EDMOND
A VOUS servir ne suis-je pas tout prêt ?
LE CHEVALIER
C'est vrai.
EDMOND
Votre succès est dans mon intérêt.
AQTE III, SCENE VIIL 79
LE CHEVALIER
D*accord.
EDMOND
Et si tantôt j'ai fait une imprudence Cette faute ne tient qu'à ma seule ignorance.
LE CHEVALIER
^ Soit , je dois voir en vous l'ami de la maison.
E DM ON D.
Sur votre jeune Emma , j'ai d'abord un soupçon.
LE CH EVAL 1ER
Quoi ! vous ne savez rien ?
EDMOND
Rien.
LE CHEVALIE R.
Bah ! vous voulez rire.
EDMOND
Je ne sais pas vraiment ce que vous voulez dire.
LE CHEVALIER
A la cour un secret ne l'est que pour un sot. L'homme d'esprit toujours devine à demi mot : Pour nous autres la langue est chose très-frivole ; Presque jamais le sens ne tient à la parole. Vous vous doutez pourtant qu'une fille d'honneur Qu'on présente à la cour avec tant de splendeur ç Et dont les diamants....
EDMOND
Je commence à comprendre.
Vous devez m'excuser de ne pas vous entendre. Je suis un bon bourgeois.
8o LA FILLE D'HONNEUR.
L E CH E VALI E R
Vous ne saviez donc pas Que sans moi le baron serait dans l'embarras ; Et que depuis long-temps il était en disgrâce.
EDMOND
Par vous auprès du prince il a repris sa place ?
liE CHEVALIER.
Et cette grace-là , c'est qu'il la doit à moi.
E D M O ND
Vous êtes obligeant , c'est un très-bel emploi.
EE CHEVALIER
J'ai toujours du plaisir à rendre un bon office.
EDMOND
Le baron a de vous exigé ce service?
LE CHEVALIER
Lui ! quel petit esprit ! il s'en garderait bien. De nos superbes plans vraiment il ne sait rien. Il n'a que le désir de voir payer les dettes Qu'autrefois la baronne a si noblement faites.
EDMOND
C'est elle qui jadis....
LE CHEVALIER
Ah! cette femme-là Des grands talents de cour est le nec plus ultra. Aussi j'ai du respect pour ce beau caractère.
EDMOND
Mais le baron pourtant s'occupe d'une affaire.
LE CHEVALIER
C'est sa terre qu'il veut... Son frère a d'anciens droits...