ACTE I, SCÈNE IL
EDMOND
Si madame en effet gouverne la maison,
Je crains tout pour la dot; mais j'en aurai raison.
De sa faiblesse au moins je dois punir mon frère.
Son désastre prochain s'annonce sans mystère ; Par-tout on me l'a dit; ce qui le prouverait, C'est un air d'embarras dans tout ce qui se fait; On se parle tout bas, chacun court et s'agite : Tantôt c'est le baron qui fait une visite , Après, c'est la baronne. . . enfin jusqu'à sa sœur, Soumise avec orgueil, hautaine avec douceur, Qui damne beaucoup moins d'un zèle charitable De nos pauvres humains la race abominable : Je ne sais ce que c'est; mais on éprouve ici Un grand événement qui donne du souci.
Il n'est dans la maison que ma jeune cousine Qui gaîment se prépare au sort qu'on lui destine. Elle se réjouit de quitter son tuteur. *
EDMOND
Mais où va-t-elle donc.f^
CHARLES
Comme fille-d'honneur, Elle va demeurer auprès de la princesse.
EDMOND
Comment! on l'a choisie?
CHARLES
Elle en est dans l'ivresse.
EDMOND
Ah!
CHARLES
L'on suppose ici que de vivre à la cour Est un grand avantage.
Oui, c'est selon le jour Sous lequel on voit tout.
CHARLES
Chacun la complimente , Recherche sa faveur; et même on la tourmente. Moi, je ne sais pourquoi, je tremble à son départ... Je n'ai pas dans ma lettre osé vous faire part D'un soupçon ... ; mais j'étais fâché de votre absence.
EDMOND
Ce soupçon , quel est-il ? Tu gardes le silence ?
CHARLES
Une fois à la cour. . . le prince qu*on chérit Unit à la bonté le plus aimable esprit. . . Le monde à ce sujet déjà le calomnie.
EDMOND
Elle est bien y ta cousine "^
CHARLES
Ah! dites donc jolie!
EDMOND
Et de l'esprit ?
CHARLES
Beaucoup; mais vif, indépendant»
EDMOND
Son caractère?
Est bon, et sur-tout prévenant :