‹ Pièces de théâtreChapitre 107 sur 1241 · LA PRÉSIDENTE, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

LA PRÉSIDENTE, LE MARQUIS

la PRÉSIDENTE, Vous, Marquis

LE HARQ1 18. Moi je reste î. . et rien au monde ne m'en empêcherait !. . J'ai fait un pari!., c'est de ne pas sortir d'ici sans avoir su au juste à qui je pai le.

LA PRÉSIDENTE. Et si j'avais parié, moi, que vous ne le sauriez pas?

LE MARQUIS. Eh Lien ! l'un de nous deux perdrait !

LA PRÉSIDENTE. Ce sera vous.

LE MARQUIS. Ou vous !

LA PRÉSIDENTE. Non, vi rions.

l.i: Mutons. L'n homme un peu habile ne dcviiir-t-il pas tout ce qu'une femme \ • ut lui taire?

LA présidente. I ne femme un peu adroite ne cache-t-elle pas à «in homme tout ce qu'elle veut lui laisser ignorei

LE mabqi is. Si vous consentiez seulement .1 répondre à deux questions?

I \ PRÉSIDENTE. Deux ?.. je VOUS nains si peu, que je vous promets de n'en pas 1 ùsser une sans réponse.

LE m iRQi is. Par exemple, si je demandais à quoi se passe votre temps?

LA PRÉSIDENTE. Bh bien, je vous le dirais.

LE MARQt :s. Va je devinerais alors qui

vous êtes.

LA PRÉSIDENTE. Ce n'est pas sûr'., la

vie se passe en soins si frivoles! Quelle

I mine ne donne pas d'abord bien i\c* heures à une toilette plus <<u moins riche, même quand cette parure ne lui doit servira rien?... Quelle est celle qui ne ion temps à visitei ou à 1 1 cevoir des personnes que parfois elle n'aime guère?.. I.n est-il une enfin qui ne soit olilile renoncei à d'innocens plaisirs pour obtenir l'estime de gens que souvent elle n'e unie 1 1 non seul* :m nt cel i est

commun à toutes les f< mi us (ou-

ïr, qu'il ( ji bon nombre

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i r. HARQt 18, ■ ■/•/..■ '. Fort bi n-!..mais si je demandai, ce qui occupe vôtre ; tée }

la présidente. Cela ne vous dirait pas davantage ce que vous désirez savoir.

le marquis. Voyons!., mais la vérité?

la présidente. La vérité est qu'il y a une pensée qui vient à toutes les femmes, qui passe dans l'esprit de la plus sage comme dans le cœur de la plus légère, c'est que le bonheur consiste à aimer et à être aimée î . . mais comme ce désir vient à toutes, il ne peut vous aider à deviner à quelle classe appartient celle qui le forme.

le marquis. Pourtant je devinerai.

la présidente. Je ne me suis pas donné tant de peine pour deviner le marquis de Stainville.

le marquis. Me deviner, moi.

LA présidente. Je sais qu'une réputation d'homme d'esprit ne l'a pas satisfait... quoiqu'il y ait dans le monde terriblement de gens qui vivent à moins; et pour qu'il fût heureux, il faudrait

LE MARQUIS. Qu'il pût vous plaire !

i v PRÉSIDENTE, riant. Pas du tout!..

car, en ajoutant une conquête à ses nombreux succès , M. le marquis ne fait ordinairement que changer le genre de son ennui! Non!., il lui faudrait l'ambition, la gloire!..

i !. MARQUIS. Celles que je vois m'en dégoûtent.

la présidente. Oh! je le comprends!...

Cette ambition, désir insensé d'accumuler

titres, charges emplois et richesses?. . cette gloire qui n'est que du bruit?., cela convieui-il aux âmes élevées, aux esprits dé-

licats

Mais attacher son nom a de no-

bles projets , se rendre célèbre par un vrai mente, devenir utile au bonheur des autres?., mais être riche quand il y a tant de bienà faire?., mais être puissant quand

il v a tant de grandes chos s à exécuter?..

Ah! qui pourrait dédaigner la richesse et la pi av< c cette pensée-là ?

LE MARQUIS. Quels discours!... quels regards!. .

LA PRÉSIDENTE. Puis, à côté de ces graves idées, ne reste-t-il pas des plaisirs?

LE MARQUIS. Les plaisirs?... j'en suis las.

LA PRÉSIDENTE. Oui, sans doute, de ce mouvement, de ces fêtes?... Oh! comme e< la doit fatiguer!... Mais cultiver les arts, 1er à soi les t.dens qui charment la vie, occuper son esprit de mille idées nouvelles.'... \ oilà ce que je noyais être le plaisir et ne lasser jamais!... Peut-être mon ignorance des chosesde ce monde me rend-elle bien ridicule à vos veux?

le marquis. Ab! vous êtes à mes yeux la ph noble et la plus charmante des

€E CHATEAU DE MA NIECE

femmes , et ce qui ne lasserait jamais, ce cerait de vous voir, de vous entendre!... Mais, dans tous ces moyens de bonheur, oublierez-vous celui qu'on ne peut oublier près de vous?... l'amour?

LA PRÉSIDENTE , souriant. Que dirais-je moi qui ne le connais pas?... moi qui ai seulement appris qu'on ne peut être amoureux sans faire de sottises, ni parler d'amour sans en dire?

LE MARQUIS, vivement. Il n'en serait pas ainsi si Ton trouvait un noble cœur et an esprit éclairé, si l'on s'estimait pour s'aimer, et qu'on s'aimât pour la vie !.. .

LA PRÉSIDENTE , étonnée. Est - ce un homme à la mode, dédaigneux et ennuyé, qui parle de la sorte ?

LE MARQUIS , vivement. Ah ! de même qu'il est une ambition et des plaisirs que j'ignorais , serait-il un amour que je ne connaîtrais pas? La femme qui a fait battre mon cœur à de graves idées , au projet d'une vie raisonnable et utile, aurait-elle un pouvoir que nulle autre n'exerça sur moi?... Il me semble que tout est changé là ! Parlez encore ! . . . .

LA PRÉSIDENTE, un peu troublée. Moi !...

LE MARQUIS. Vous, dont la voix est si douce, dont les mots sont si touchans!... vous, que l'on ne peut s'empêcher d'aimer !... vous, qui avez réveillé en moi les nobles idées, qui, je le sens, pouvaient seules me rendre heureux!., vous, près de qui l'on conçoit si bien la gloire et le bonheur! parlez encore ! Quelle est cette puissance de votre esprit qui vient ainsi ranimer tout le mien?

LA PRÉSIDENTE, à elle-même. Pourquoi suis-je troublée?...

LE marquis. Vous, dontla pensée devine tant de choses!

LA présidente. Mais dont le cœur ignore tout.

i I marquis. Pourquoi ce trouble, cet embarras, parce que j'ose dire que je vous aime ?.. . Ce langage.. .

LA présidente. M'est inconnu , je le

ré pi

i | marquis. Quoi!... vous ignorer?...

LA ri'.i snn.vri:, tonnant pour cacher son

trouble. Eh mais... vous disiez bien toutà-riit iiri: que jusqu'à ce moment vous n'aviez pas compris la gloire!

LI MARQUIS. Dites, ob ! dites-moi aussi

que jusqu'à ce moment vous n'aviez pas

compris r.mioui !

LA RU siiuME, souriant. Moi... qui ne voulais que vous parler raison !

le marquis. Moi qui voulais vous la faire oublier !

la présidente, émue. Oh ! si vous pouviez profiter de mes conseils !

LE MARQUIS, tendrement. Oh! si vous vouliez suivre les miens!

LA PRÉSIDENTS. Si vous m'écoutiex , comme on vous admirerait!

le m arqi'is. Si je pouvais me faire comprendre, comme vous m'aimeriez!...

la présidente, troublée. Mais... la raison?...

LE MARQUIS, tendrement. Mais... l'amour ?

LA PRESIDENTE , essayant de plaisanter pour déguiser son émotion. En vérité, il me semble que nous ne nous entendons plus du tout.

LE MARQUIS , remarquant son trouble. 11 me semble, au contraire, à moi, que nous commençons à nous entendre... Ah!...

quelqu'un.

UN DOMESTIQUE, entrant. Le coureur de M. le marquis vient d'apporter pour lui des dépèches, des ordres.

LE marquis. Des dépèches? des ordres?

LE DOMESTIQUE. De la part du roi.

le marquis. Donnez. N'ai- je pas bien raison de maudire les grandeurs dont je viens d'hériter?

Il prend le paquet, et par un peste demande à la Protidentc la permission de lire : le domestique soit; le Marquis • pris la droite de Facteur.

LA PRÉSIDENTE . à elle-même, pendant qu'il lit. O mon Dieu!.... aurait-il lait dans mon cœur tout le chemin que je voulais faire dans son esprit?... Donnez donc des leçons de morale!

le marqi is. C'est ma nomination au gouvernement de la province de Bourgogne.

LA PRESIDENTE Ah !...

LE MARQUIS. A la faveur qu'il me fait, le roi ajoute celle de me permettre de ne point résider.

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