‹ Pièces de théâtreChapitre 240 sur 1241 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

D AlBIGNY, Wu DE BELLE ISLE.

Mlle DEBEl.LE-ISLE.

C'est vous, Raoul! j'ai entendu votre voix et je suis venue.

d'aubig.w.

Déjà levée!

Mlle DE IELLE-ISLB.

i( /vous pas dit que vous seriez [ci de bonne heure?

D'AUBIGlfV.

Oui, j'en convient; niais comment, ayant si grande hAtc de m'éloigner hier soir, êtes-vous si

pressée de IDC rev oii ce matin ?

IBL1 i:-i

encore, Raoul?

i. m nom .

Oui; que roulez-vous? on n'esl poinl maître i venir m'est revenu dans if

nuit et m'a i ent tourmente*,

M11, Dl IBLLl -lil i.

i et de qu

d'aï non i .

Hais de cette fatigue si grande qu'elle tous faisait désirer que j'- me retirasse..!

Mlu' m. m r i i i-

Vous me répondes ce matin d'une ma-

nière... on dirait que v<»us êtes Inquiet, préoccupé. De quoi? qu'ara- v<

U AVBIGIfT.

Moi, rien ! Je ne vous ferai pas le même reproche : vous avez un air de bonheur et de joie... Avez-vous encore de nouveaux motifs d'espoir?

M,u" DE 1BLLB-1SLS.

Oui, j'ai fait un beau rêve: j'ai rêvé qu'un bon génie m'emportait sur ses ailes et m'ouvrait les portes de la Bastille ; je revoyais mon père, il me pressait sur son cœur, il me couvrait de baisers ; il me parlait de vous, Raoul, de notre mariage retardé si long-temps, et il se consolait de sa captivité en pensant que j'allais avoir en vous un ami et un soutien. Oh! c'est un rêve merveilleux, comme vous voyez, et qui, toute éveillée que je suis, me laisse un souvenir plein d'espérance. n'ACBiGirv.

Eh bien ! moi aussi, Gabrielle, j'ai fait un rêve.

M,lc DEBELLE-ISLB.

Vous, Raoul ?

d'aibignv.

Oui, moi... mais moins heureux que le vôtre.

Et c'est ce rêve qui vous rend t r i > l « - ? d'aubighv.

Oui; car j'ai rêvé qu'hier en me quittant; et malgré la promesse que vous m'aviea faite, vous aviez reçu M. le duc de Richelieu.

M1'1' Dl DMJ 1-181 l .

Que voolex-vous dire ?

Rien; vous m'avei raconté votre rêve, je vous

raconte le mien, voila tout.

>!IU' DB bei.i B-ISLB.

Et aprèi

I»' M IIGH1 .

Moi, dans mon rêve toujours, j'étais dans la rue, en face de cette fenêtre, lorsque cette fenêtre vrit; un homme alors parai sur le balcon et me jeta un billet, et, chose étrange, qui fail que mon m'i laissé une Impression de réalité plus grande encore que le vôtre peut êti pièce

billet... ee billet. Qabrielle, j<* l'ai retrouvé en me r. ralliant. . el le voilà...

Si11'' M IBLLl IS1 » .

Le n |]

d'aï nom •

Oui. IU

M11, i ILS, Ui ni/.

«(Il du soir, je suis dans l'ap-

temeut de M de Belll VOUI dirai de^

» main à quelle heure j'en suis sorti. Duc de » Richelieu. »

Qu'est-ce que cela veut dire?

d'aubigny.

Cela veut dire, mademoiselle, que M. le duc de Richelieu a proposé hier matin, en vous voyant passer, un pari infâme, et qu'il L'a gagné.

lie

Je ne vous comprends pas.

d'aubigny.

Eh bien ! je vais me faire comprendre : M. de Richelieu, que vous aviez promis de ne pas recevoir, M. de Richelieu, vous l'avez reçu; il est venu hier après que j'ai été parti. M. de Richelieu était avec vous dans cette chambre; M. de Richelieu a ouvert celte fenêtre, et par cette fenêtre il a jeté ce billet. Comprenez-vous, maintenant?

Mlle DE BELLE-ISLE.

Que me dites-vous là?

d'aubigny.

Ce que vous savez aussi bien que moi sans doute ! Seulement, ce que vous ignorez, c'est que j'étais prévenu de tout; c'est que j'étais là, devant cette fenêtre, moi; c'est que j'y suis resté jusqu'au jour, attendant qu'il sortît; car votre honneur m'est encore assez cher pour que je ne permette pas qu'un pareil secret reste à la fois connu de deux hommes... Ah! voilà donc pourquoi vous étiezsi troublée hier! voilà pourquoi vous étiez pressée que je partisse ! voilà pourquoi vous aviez besoin d'être seule! Seule! Ah! voyez-vous, j'ai rôdé toute la nuit autour du château, car si j'avais pu trouver une porte ouverte, si j'avais pu arriver jusqu'ici! savezvous, Gabrielle, que je vous aurais tués tous les deux? oui, tous les deux !... lui, comme vous, vous, comme lui, quand je vous eusse vue à mes pieds, à genoux et les mains jointes!

Mllc DE BELLE-ISLE.

Mais il faut que vous soyez insensé pour me dire de pareilles choses. Moi, j'ai reçu M. le duc de Richelieu après votre départ! M. de Richelieu a passé la nuit ici! Ah çà ! mais, étesvous le chevalier d'Aubigny ? suis-je Mlle de Belle-Isle? est ce vous qui me parles ainsi, à moi, à moi, votre fiancée? à moi, qui dans trois jours dois porter Notre nom? .Mais c'est affreux cela, Raoul !

d'âubioht.

Aussi j'ai en peine à le croire 1 allez, il m'a fallu le; témoignage de mes feux!... et encore, oui, Gabrielle, oui, j'avais une telle confiance en vous, que, si nies \eu\ n'avaient fait que voir, j'aurais dit que mei veux se trompaient, et j'aurais douté, je erois... mais ce billet, Gabrielle, comment me

l'expliquerez-vous ?

Que voulez-vous que je vous réponde? je ne me l'explique pas à moi-même ! quelqu'un ne peut-il pai être entre ici à mon insu?

DAl ItIGNV.

Sans que mois l'entendiez? un homme est entré ici, par où? qui lui a ouvert? les portes sont

bien gardées; tout-à-1'heure on ne voulait pas me laisser passer, moi! Oh! Gabrielle, Gabrielle! voilà ce qui est arrivé, voyez-vous, et je vais vous le dire, moi ! La fille vous a fait oublier l'amante, Gabrielle! yous avez vu devant vous deux hommes dont l'un pouvait rendre la liberté à votre père, et dont l'autre ne pouvait que mourir sur un mot de vous ; celui qui pouvait le plus a mis sa protection à ce prix !

lie

Monsieur...

d'albignv.

Je ne dis pas que vous soyez coupable, Gabrielle, je dis que vous n'avez pas osé refuser au duc le rendez-vous qu'il vous a demandé; je dis que vous l'aurez reçu ici, n'est-ce pas, et que, dans un moment où vous l'aurez quitté, il aura écrit ce billet, et l'aura jeté par la fenêtre... voilà ce que je dis, Gabrielle... Eh bien! avouez-moi cela, et je vous pardonne!

M1Ie DE BELLE-ISLE.

Merci, Raoul; car je vois que vous m'aimez tant, que vous cherchez à vous tromper vousmême; mais je n'accepte pas le moyen que vous m'offrez! Après la promesse que je vous avais faite, si j'avais reçu M. le duc de Richelieu , je serais impardonnable; mais il ne m'a pas demandé de rendez-vous; mais je ne lui en ai pas donné ; mais je ne l'ai pas vu; et j'ai un moyen bien simple de vous prouver tout cela.

d'aubigny.

Lequel?

M1Ie DE BELLE-ISLE.

Ce billet est du duc, dites-vous ?

d'aubigny.

11 me l'a jeté lui-même par la fenêtre.

Mlle DE BELLE-ISLE.

Je vais faire prier M. le duc de Richelieu de passer ici. Vous vous cacherez là. Je le recevrai dans cette chambre. Vous entendrez notre conversation sans en perdre une syllabe; et si M. de Richelieu m'a vue depuis hier, huit heures dusoir, je vous permets de croire tout ce que vous voudrez, Raoul.

DAl BIGNY.

Oh! je n'aurais pas osé vous demander cela, Gabrielle; mais vous me L'offrez... j'accepte... Il y a uans tout ceci quelque mystère d'infamie que je ne puis comprendre!

Mllc DE BELLE-ISLE.

Eh bien ! ce mystère s'eelaircira. Soyez tranquille... seulement, Raoul : pas un mouvement, pas un mot qui puisse faire soupçonner que vous êtes là!

d'aubigny.

Sur l'honneur.

Mlle DE BELLE-ISLE.

Fou que vous êtes !...

D'Al 'BIGNY.

Oh ! vous n'aurez pas de peine à me convaincre , allez ! Non , il n'est pas possible avec ce charme dans la voix, avec cette pureté dans les

MADEMOISELLE DE BELLE-ISLE

yeux, non, il n'est pas possible que vous me trompiez, et je vous crois déjà.

Mlle DE BELLE-ISLE.

N'importe : vous me croirez mieux encore quand j'aurai envoyé cherché le duc, n'est-ce pas?

LE LAQUAIS

M. le duc de Richelieu.

MUe DE BELLE-ISLE.

C'est le ciel qui l'envoie. Dans un instant. ( A Raoul.) Entrez dans cette chambre, Raoul, et rappelez-vous votre promesse !

d'aubigny.

Votre main, Gabrielle.

Mlle DE BELLE-ISLE.

Vous mériteriez...

d'aubigrt.

Votre main.

Elle la lui ilonnc, il T. in i • dans le cabinet.

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