LA M A II QUI SE
Vous êtes le gentilhomme le plus magnifique que je connaisse.
LE DUC
Eh bienl marquise, voulez-vous que je vous avoue une chose?
TA MARQUISE
Axmez.
un ni c Eh bien! parole d'honneur, je ne les regrette pas !
IV MARQUSE.
Ah ! duc , voilà un mot dont je me souviendrai
toute ma vie. Eh bien, maintenant , à mon tour, je vais vous dire une chose.
LE DUC
Attendez donc, je n'ai pas fini.
LA MARQUISE
Achevez, c'est trop juste.
Vous perdiez le plus beau de l'histoire.
LA MARQUISE
Il est difficile cependant qu'elle soit plus complète que cela.
LE DUC
Si fait, elle est plus complète; car celui contre lequel j'ai parié...
LA MARQUISE
Eh bien?...
LE DUC
Eh bien !... c'est le chevalier d'Aubigny.
LA MARQUISE
Le chevalier d'Aubigny?
LE DUC
Attendez donc encore!...
LA MARQUISE
Mais c'est une histoire des Mille et une Nuits que vous me racontez là?
LE DUC
Lequel chevalier d'Aubigny devaitépouserdans trois jours MUe Gabrielle de Bellc-Isle.
LA MARQUISE
Ah ! vraiment ?
Foi de gentilhomme!
LA MARQUISE
Quand je vous disais que ces Bclle-Isle étaient mes ennemis!
LE DUC
Maintenant, marquise, voyez combien il était indigne à vous de chercher à me faire perdre mon pari, moi qui n'avais qu'un but dans tout cela, celui de venger une amie.
LA MARQUISE
Ainsi, elle allait épouser le chevalier?
LB DUC
Eh! mon Dieu, oui: vojei un peu comme cela se rencontre! Cependant il parait que le mariage
MADEMOISELLE DE BELLE-ISLE
était assez éloigné encore : le jeune homme manquait de patrimoine, et, pour comble de malheur, n'occupait qu'un grade secondaire ; de sorte que, comme le comte de Belle-Ile, tout prisonnier qu'il était, exigeait que son gendre fût quelque chose de mieux qu'anspessade ou cornette, il est possible que les deux jeunes gens eussent encore soupiré long-temps en vain l'un pour l'autre ; mais voilà qu'un jour, c'est comme je vous le dis, marquise, sans que personne sache ni comment ni pourquoi, le jeune homme reçoit son brevet de lieutenant aux gardes de Sa Majesté. Dès lors, vous comprenez, marquise, plus d'empêchement, pas môme celui de la distance : car, au moment où la fiancée débarquait à Versailles, le fiancé prenait terre à Chantilly; aussi la chose allait marcher toute seule, et probablement qu'un de ces soirs votre aumônier allait les marier secrètement dans la chapelle du château, si je ne m'étais pas jeté à la traverse; ce que je regrette, ma parole d'honneur! en voyant le peu de gré que vous me savez de ce que je fais pour vous, marquise. Maintenant, à votre tour, parlez, n'aviez-vous point quelque chose à me dire?
LA MAnQUISE.
Oui ; mais je ne vous dirai rien.
le orc.
Et pourquoi, je vous prie?
là MARQUISE.
Parée que maintenant tout est bien comme cela est, et qu'il serait dommage d'y rien changer. Au reste, qu'a dit le chevalier de tout cela?
LE DIT
Il y a toute apparence qu'il a pris la chose au tragique.
LA MARQUISE
Vraiment?. .
LE nue.
Oui : il s'est présenté trois fois chez moi clans
la journée, laissant son nom chaque fois, avec
l'heure à laquelle il était venu. .Malheureusement
où j'ai fourbu un troisième
vous comprenez qu'à mon retour,
et aussitôt que j'ai eu connaissance de la peine
ojm le chevalier avait prise, j'ai voulu lui rendre
M po! t, de mon rôti1, je suis passé chez
lui... Ifail il étaitdil que nous ne HMMM rem outreriODI pai. On m'a répondu qu'il étaU dehors... je
me fuii Inscrit, et j'attends. El mois, marquise, quelles Dourellei rapporte;
I V M VltQl 1
Aucune. Je n'ai l'ail qu'y toucher barre et je
suis reve •■ i mpi pour
■lettre le roi i
mabli lui que d'habitudi
ne pas - u louper,
• le souper il l'avait désigné pour être de son jeu. C'( iveur plu -que
jamais.
une temellc viendra de ion cété. Quant à moi, la
dernière fois que je l'ai vu, il m'a fait si bonne mine, que j'en ai peur.
LA MARQUISE
Bah! vous le calomniez, duc. C'est un brave homme qui n'aspire qu'à la retraite et qui dédaigne les grandeurs... Avez-vous oublié qu'à la mort du régentil a lui-même présenté M. le Duc au roi?
le duc.
Hum! parce qu'il a pensé que s'il se présentait lui-môme, la transition paraîtrait un peu brusque.
LA MARQUISE
Vous vous trompez; et la preuve, c'est qu'a la moindre lutte, M. de Fréjus abandonne la partie et se retire.
LE DUC
Oui; mais deux fois il s'est assuré, par cet expédient, que son royal écolier ne pouvait supporter son absence. Il n'aime que la retraite, ditesvous? il déteste les grandeurs, n'est-ce pas? .. Eli bien! vous le verrez un jour premier ministre et cardinal... Pas vrai, d'Aumont?
d'aumoht.
Mon cher, j'ai un jeu atroce.
LE DUC
Bah! tu connais le proverbe, duc: malheureux au jeu, heureux en amour.