SCENE il
M M BELLE Ml. h Al BIGNY.
D kl IMM . dans ra)tlichan<>
M de Beile-Itlel
M1,r DE BELLE-ISLE.
Venez, Raoul, venesj DOUrvOUij'] >ui> toujouit. Trn./. |e roajl écrivait, je vous attendais; mais Je D'etpéraii pu roui rofo
D AUBIGNY
Aussi est-ce une circonstance imprévue qui m'amène.
Mlle DE BELLE-ISLE.
Quelle que soit cette circonstance, soyez le bien venu. Ah! vous voilà, Raoul, vous voilà!
DALBIGNY.
Oui ; je viens vous prier de me rendre un service.
MUe DE BELLE-ISLE.
Un service, à vous? oh! parlez.
d'aubigny.
Je n'ai que vous, Gabrielle : ma mère est morte en me mettant au monde ; mon père a été tué à la bataille de Dcnain. Plus de famille, plus d'amis!
Mlle DE BELLE-ISLE.
Plus d'amis!
d'aubigny.
Je ne saurais donc à qui confier un dépôt d'une certaine importance, si vous ne vouliez pas vous en charger.
MUe DE BELLE-ISLE.
Et quel est ce dépôt?
d'aubigny.
De papiers qui concernent ma fortune.
Et pourquoi vous dcssaissisez-vous de ces papiers?
d'aubigny.
Je pars, Gabrielle.
Mlle DE BELLE-ISLE.
Vous partez?
d'aubigny.
Oui, je me sépare de vous; et quand on se sépare, Dieu seul sait ce que dure l'absence.
Mlle DE BELLE-ISLE.
Que me dites-vous là ?
d'aubigny.
Je ne veux point vous effrayer ; mais qui peut prévoir les chances étranges de la vie? Certes , j'eusse traité d'imposteur celui-là qui m'eût prédit il y a trois jours les événcmens qui depuis trois jours me sont arrivés : je ne veux plus me laisser surprendre par le malheur, ainsi que je l'ai fait jusqu'à présent ; je n'y échapperai pas pour cela, je le sais; mais au moins il me trouvera préparé et résolu.
MIle DE BELLE-ISLE.
Je vous écoute , Raoul , et je vous laisse dire , quoique chacune de vos paroles soit un coup de poignard au plus profond de mon cœur; parlez donc , puisque vous ne craignez pas de me faire souffrir , parlez !
d'aubigny.
Croyez que, de mon côté, il m'en coûte cruellement d'agir ainsi; mais ce que j'ai à vous dire est de la dernière importance ; et, une fois dit, ce sera tout.
Mllc DE BELLE-ISLE.
J'écoule.
d'aubigny.
Je disais donc qu'au moment de partir, en
songeant aux accidens auxquels cette misérable vie est exposée, en réfléchissant que je pouvais ne plus vous revoir, je n'ai pas voulu m'éloigner sans vous demander pardon pour mes emportemens d'hier. On ne perd pas tout-à-coup et aussi cruellement un espoir de bonheur comme celui que je nourrissais... depuis quatre ans; car il y a quatre ans que je vous aime, Gabrielle! sans que quelque chose ne se brise là ; mais, en y réfléchissant depuis, j'ai songé que, si je mourais loin de vous, vous pourriez croire que j'étais mort le cœur gros de reproches, et que cette idée tourmenterait peut-être le reste de votre vie... J'ai donc voulu, au moment du départ, venir prendre congé de vous, non plus, hélas! comme un fiancé de sa fiancée, mais comme un frère de sa sœur !
Hlle DE BELLE-ISLE.
Raoul, vous êtes bien cruel, et vous regretterez amèrement un jour tout ce que vous me dites là.
d'aubigny.
Je ne vous dis cependant que ce que je dois vous dire pour que vous soyez heureuse encore, si toutefois vous pouvez l'être. Eussiez-vous mieux aimé que je me séparasse de vous en vous laissant croire que j'emportais des sentimens de haine, quand, au contraire, je vous avais pardonné?
Mllc DE BELLE-ISLE.
Pardonné !
d'aubigny.
Oui, pardonné; et il n'y a pas long-temps que
j'ai eu cette force, allez!... et c'est le ciel qui me
l'a inspirée : j'ai passé une partie de la nuit dans
une église; car on peut oublier Dieu pendant le
bonheur; mais, lorsque le bonheur s'en va pour
faire place à l'infortune, c'est toujours à Dieu
qu'il faut revenir, voyez-vous? Hélas 1 je l'avais
oublié depuis longtemps, j'étais si heureux! mais,
cette nuit , j'ai pensé à lui , ou plutôt il a pensé
à moi ; j'ai passé deux heures dans cette église ,
priant et pleurant! Cela vous étonne, Gabrielle;
Dieu ne vous fasse jamais sentir le besoin delà
prière, des larmes et d'une église !
Mlle DE BELLE-ISLE.
Pauvre insensé !
d'aubigny.
Je l'étais, vous avez raison... Mais heureusement je ne le suis plus ; car je suis rentré chez moi, sinon consolé, du moins calme... Alors, j'ai fait mes préparatifs de départ, et je suis venu, comme je vous le disais, vous prier de me conserver ces papiers... Si je reviens, vous me les rendrez... Si je meurs, vous les ouvrirez... Ils contiennent quelques dispositions suprêmes, quelques volontés dernières que je vous prierai de regarder comme sacrées... Adieu, Gabrielle!
Mlle DE BELLE-ISLE, à part.
Elle ne vient pas!
d'aubigny.
Adieu, Gabrielle!
Raoul!... vous ne partirez pas!
MADEMOISELLE DE BELLE-ISLE
D AUBIGNY
Il le faut.
Mlle DE BELLE-ISLE.
Oui, parce que vous me rroyez coupable... Mais écoutez,., je vous le jure, Raoul, je vous le jure sur le salut do ma mère, sur la liberté de mon père, sur votre vie, à vous, qui m'est plus précieuse et plus chère que la mienne .. Raoul, je ne suis pas coupable!
d'aubigny
Vous me l'avez déjà dit, et je ne l'ai pas cru... D'ailleurs, n'ai-je point entendu le du* ?
Mlk DE BELLE-ISkL.
Eh bien! malgré son accent de vérité, auquel
je n'ai rien pu comprendre moi-même, le duc
mentait... ou bien, comme moi, il était le jouet de
quelque ruse infâme... Mais, écoutez-moi, Raoul.
d'aubigny.
Je vous écoute... Eh bien?
Mlle DE BELLE-ISLE.
Oh! c'est que je fais mal en disant ce que je vais dire... car j'ai juré... Eh bien! cette nuit, où M. de Richelieu prétend que je l'ai reçu ici... je ne l'ai point passée au château.
d'aubigny.
Vous n'avez point passé la nuit au château?
M,le DE BELLE-ISLE.
Non. Je l'ai quitte1 à dix heures du soir... et je n'y suis rentrée qu'a cinq heures du matin.
d'ai B1GHT.
Mais où dtiez-vous donc?... au nom du ciel! où étiez-vous?...
Mlle DE BELLE-ISLE.
Où j'étais ?.... ah! voilà ce que Mrac de Prie seule peut m'autoriser à vous dire... J'ai déjà manqué à une partie de ma promesse en vous mt que je n'étais pas ici... Songez-y, Raoul! Am m pitié de moi, et ne m'en demandez pas plus en ce moment... car, pour vous retenir ici... j'ai tant souffert depuis hier, que peut-être je vous dirais tout... tout, au mépris d'un serment sacré!
D'ai HAÏTI
Vous n'étiez pas ici!... Oh! mon Dieu! mon Dieu!...
Mlle DE Ul. Il ft-UI l .
Je vous l'ai «lit, je n'ei.iis ptf ici... Maintenant
je ne vous déminée qu'ont seule dbeee... une
seule... et si nous Ittendtl en vain, \ou> me tiicic/ , Raoul, ou vous m'abandonnerez en me
méprisant, ce qui sera bien pit m. ,■. . \iten-
dc/ qofl je puisse \.>us mettre en l'ace de M"1^ de Prie... tandis qu'a Ml genoUl, mol, j<' la supplie rai de tout vou> dire.
MmP de Prie! m sa\e7 bien que vous
ne la reverrez
MUe DE BELLE-ISLE.
Comment?...
d'aubioy.
Mmc de Prie est partie cette nuit.
Mllc DE BELLE-ISLE.