Partie
d'aubigîtt.
Pour sa terre, où elle est exilée.
MHe DE BELLE-ISLE.
Exilée?
d'aubigny.
M. leduede Bourbon, en tombant, l'a entraînée dans sa chute... Vous me demandez là deschoses que vous savez aussi bien que moi...
Mlle DE BELLE-ISLE.
M. le duc de Bourbon n'est plus ministre?
d'aubigny.
Non, Gabrielle, et votre père va être libre.
Mlle DE BELLE-ISLE.
M. le duc de Bourbon n'est plus ministre? d'aubigny.
Depuis hier midi.
MUe DE BELLE-ISLE.
Sur votre honneur... ce que vous me dites-la. Raoul, est-ce vrai?
d'aubigny.
Que vous importe?
Bllle DE BELLE-ISLE.
Raoul ! je vous demande, sur votre honneur, h M. le duc de Bourbon est ou n'est plus minid'aubigny.
Il ne l'est plus.
Mllc DE BELLE-ISLE.
Mais je puis tout vous dire alors ; car je suis dégagée de mon serment.
D'AUBIGNY
Vous :
M,,e DE BELLE-IH 1.
Oui, moi... Ah! Raoul! nous sommes lauyés!
d'ai bu,n\ Sam es!
Mlle DE BELLE-ISLE.
Oui.... cette nuit... Ah! que je suis heure
d'aibig.w Eh bien! cette nuit...
Mllc DE BELI.l-lsll .
Celte nuit, munie d'uni1 lettre de M'"cdcPn< je suis partie dans sa roitWf Cette nuit . pendant laquelle tu eroyaii que je t'afaii trompe*,
malheureux! celle nuit! je l'ai passée dai
,!e mon père, que je D'iYiil pas \u depuis tllS, tu le I II si lu en do 'Ul. .
mon père. oui. mon père lui même te jurer ses cheveux blancs que je dis la vérité.
d m minr.
vous! taisez-vous!...
MAGASIN THEATRAL
Mlle DE BELLE-ISLE.
Voilà la cause de mon trouble, voilà pourquoi, pour la première fois, je te pressais de me quitter ; voilà pourquoi, enfin, je n'ai rien pu te dire : c'est que j'avais juré à la marquise, qui m'avait donné cet ordre a l'insu du duc de Bourbon, que, tant que M. le duc de Bourbon serait ministre, je lui garderais ce secret qui pouvait la perdre et causer la mort de mon père. Dix minutes après que vous eûtes quitté cette chambre, j'étais partie... et j'y revenais seulement lorsque nous y êtes entré.
D'AUBIGNY
Oh!
Eh bien! vous le voyez, c'est vous qui êtes le coupable, et c'est moi qui suis le juge... car rappelez-vous ce dont vous m'avez accusée ; rappelez-vous ce que vous avez cru ; rappelez-vous les paroles terribles que vous m'avez dites à moi, à votre Gabrielle. Savez-vous que, quand vous avez été parti, lorsque je me suis sentie chancelante, loin de mon père et loin de vous, mon seul et dernier appui, savez-vous que je me suis crue abandonnée de Dieu même, et que je me suis demandé si mieux ne valait pas mourir?
d'aubigny.
Gabrielle! Gabrielle!...
Ile
Oui, car puisque vivante je ne pouvais plus me justifier, peut-être du moins auriez-vous cru ma mort! peut-être vous seriez-vous dit alors : Puisqu'elle est morte parce que je voulais la quitter, elle m'aimait donc, et si elle m'aimait, elle n'avait pu me tromper. Eh bien! maintenant, est-ce vous qui me pardonnez, ou est-ce moi qui vous pardonne? Non, c'est vous qui m'aimez, c'est moi qui vous aime. Oublions le passé, l'avenir est à nous! l'avenir, tout entier renfermé dans deux mots : - Je t'aime toujours ; m'aimes-tu encore?
d'aubigny.
Assez, assez! mais alors, dites-moi, car j'ai eu un instant la tête perdue, et voilà que tout me revient... si vous n'étiez pas ici, si vous étiez à Paris... tout ce qu'a dit cet homme était donc faux, il mentait donc ce duc! c'était donc un infâme ! Oli ! {Il regarde la pendule, qui sonne huit heures ti demie.) Et une demi -heure seulement pour le trouver, pour me venger de lui!... Une demi-heure ! rien qu'une demi-heure ! Oh ! mon Dieu! mon Dieu!
II c précipite vers la porto, Gabrielle l'arrête*
■ 1 le
Raoul, je ne vous comprends pas. Je suis là ; je vous dis que je ne suis pas coupable ; je vous le prouve; je vous répète que je vous aime ; et, au lieu de me repondre, vous pensez à cet homme! mais laissez cet homme, méprisez ses calomnies ;
obtenons la grâce de mon père, ce qui sera facile maintenant, puis quittons Paris et retournons en Bretagne; soyons heureux!
D'AUBIGNY
Heureux, Gabrielle?... heureux!... oh! vous ne savez pas, à votre tour!... vous ne savez pas!...
Mllc DE BELLE-ISLE.
Quoi donc?
d'aubigny.
Laissez-moi sortir , laissez-moi le retrouver avant neuf heures.
M,le DE BELLE-ISLB.
Vous ne sortirez point, Raoul... Je ne sais pas ce que vous voulez dire , je ne sais pas ce que vous voulez faire... mais vous resterez. Oh! je vous dis, moi, que vous ne passerez pas cette porte. J'appelle, je crie.
d'aubigny.
Oh! mourir, mourir dans un pareil moment, mourir assassiné!... c'est impossible!
Mllc DE BELLE-ISLE.
Mais que dites-vous donc ?
d'aubigny.
Oh! Gabrielle! Gabrielle! viens ici... Dis-moi bien que tu m'aimais, répète-le-moi encore... C'est ma faute, aussi!... je n'aurais pas dû méfiera mes yeux; j'aurais dû douter de moi-même plutôt que de toi! mais je t'ai crue infidèle : j'ai cru qu'il fallait renoncer à toi pour toujours! hélas ! mon Dieu , si tu m'avais cru infidèle, qu'auraistu fait, toi? tu aurais voulu mourir, n'est-ce pas?. . . voilà tout! parce que tu es une femme, parce que tu es un ange, et que tu n'aurais pas pensé à la vengeance , et que tu serais morte en pardonnant. Mais moi!... oh 1 moi, j'ai voulu me venger... j'ai clé acet homme, Gabrielle... je ne devrais peut-être pas te dire tout cela! mais je n'ai plus de force. Je l'ai provoqué : nous allions nous battre.
Mlle DE BELLE-ISLE.
Grand Dieu!
d'aubignv.
On nous a arrêtés : M. d'Auvray... il nous a fait donner notre parole: il n'y avait plus moyen de nous rencontrer qu'en expliquant devant un tribunal de maréchaux la cause de notre combat!... et cette cause, c'était ion déshonneur, Gabrielle... Tu étais perdue, ou je ne me vengeais pas! alors je lui ai offert de jouer sa vie contre la mienne sur un coup de dés.
MUc DE BELLE-ISLB.
Raoul !
d'aubignv.
11 a accepté , car il est brave.
Et...
MADEMOISELLE DE BELLE-ISLE
D AUBIG5V.
Et j'ai perdu, voilà tout!...
MUe DE BELLE-ISLE.
Ah! je comprends maintenant : vous ne reveniez à moi que pour me dire adieu !... ce départ, c'était la mort!... vous mouriez pour moi, Raoul, à cause de moi!... Oh ! mais vous avez renoncé à ce projet : vous vouliez mourir, parce que vous me croyiez coupable... eh bien !... je ne le suis pas... vous savez maintenant que je vous aime, que je vous ai toujours aimé... Alors pourquoi mourir? vous ne pouvez pas mourir!... Oh! cet homme... mon Dieu! mon Dieu! pourquoi ai-je rencontré cet homme?
d'aubigsy.
Vous voyez bien qu'il faut que je le tue.
Oh ! vous ne sortirez pas... Vous ne me quitterez pas, pas d'une minute, pas d'une seconde.
d'aubigny.
Il n'y a cependant que ce moyen de vous sauver. .. Lui mort, personne ne sait plus ce qui s'est passé... tout le monde ignore qu'aujourd'hui à neuf heures je devais... Tiens, (iabrielle, je dis des choses impossibles; je suis prêt a commettre des lâchetés infâmes... et touteela pour vous'... Ah! voyez sije vous aime! von
.Ile