SCENE XII
Mêmes, LA COMTESSE,
toilette.
en grande
LA COMTESSE. Je ne me trompais pas, Henriette n'est pas seule... C'est lui.
HENRIETTE , à Colas, qui se baisse jusqu'à terre. Au lieu de tant baisser la tête, lève donc les yeux, imbécille, et regarde !
COLAS. Ciel! dieux, c'est-y possible!
Ces yeux, cette taille, cette figure!
HENRIETTE. Ah, ah, ah! pauvre Colas!
c'est ici le palais des fées.
LA COMTESSE. Mon cher Colas, c'est donc toi!
COLAS. Ah! madame la comtesse, estce Manon qui vous ressemble, ou si c'est vous qui ressemblez à Manon ?
LA COMTESSE. Allons, rassure-toi, mon ami... Pour toi, je ne veux pas être madame la comtesse, mais toujours Manon.
Eh bien ! est-ce que tu ne me reconnais pas encore ?
COLAS. Pas tout-à-fait, mais ça va venir.
Air du Château Perdu.
Dans ces salons, en vous voyant paraître, C lux' étonnant qui m'éblouit déjà, M'empêch' sans dout' madam' d' \ous r'con-
naître, On vous appcll' comtesse, et cœtcra.
y me souviens bien encor, je vous le jure,
ces beaux yeux qui me charmaient jadis, J' te reconnais bien à ta jolie figure , J' vous r'connais pas à vos brillant habits.
HENRIETTE. Allons } du courage, Colas!
Quand on ne s'est pas vu depuis si longtemps, on s'embrasse.
COLAS. Ah' j'oserai jamais...
Henriette. Si madame la comtesse veut bien le permettre.
LA comtesse. Du tout, c'est Manon qui le permet.
COLAS. Quoi! vraiment!., c'est drôle, je tremble comme une feuille de papier... Ah! bah! tiens, c'est Manon.
Il l'embrasse.
LA COMTESSE. C'est bien heureux.
COLAS. Ah! je commence à m'y mettre.
Dam! d'puis long-temps j'en avais perdu l'habitude... mais comment se fait-il...
LA COMTESSE. Que je sois comtesse, n'est-ce pas? je te conterai ça en déjeûnant. . . Puisque monconvive est arrivé, Henriette, dis qu'on nous serve.
HENRIETTE. Tout de suite.
LA COMTESSE. Tu doisavoir faim, n'estce pas?
COLAS. J'crois qu'oui... car j'ai pas été à la gamelle ce matin exprès pour vous faire honneur.
LA COMTESSE. Tant mieux.
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