‹ Pièces de théâtreChapitre 279 sur 1241 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

Les Mêmes, LE ROI.

LA COMTESSE. Soyez le bien arrivé 9 sire.

LE HOI. Étënjôur. comtesse... La pluie çst venue interrompre la chasse : il a fallu revenir... il me semble que vous m'avez fait bien attendre...

LA COMTESSE, hésitant. C'est que je ne pensait pas que votre majesté... [Bas.) Comment faire?

LE ROI. Eh bon Dieu! qu'est-ce que tout cela, comtesse? une table servie!

LA COMTESSE. Non , sire, j'avais invité quelqu'un... (Elle regarde.) Où est-il donc

passé?

LE ROI. Vous attendiez quelqu'un... et

qui donc?

En Rapprochant de la table, il marche sur la main de Colas.

COLAS, sous la table. Haie! haie! la main !

LE ROI. Eh! parbleu votre convive est sous la table.

LA COMTESSE. L'imbécillc !.. Excusezle, sire; en apprenant l'arrivée de votre majesté... la crainte... le respect...

LE ROI. Mais qu'il se montre donc; estce ma présence qui l'effraie...

COLAS, passant la moitié de son corps. Sire! j'ai la permission «lu caporal.

LE ROI. Un tambour! . Comment, comtesse, vous recevez des tambours chez vous !

LA COMTESSE. Ah! sire, celui-là est sans conséquence... nous avons été élevés ensemble .. c'est... c'est mon frère de lait.

COLAS. Me v'iàsnn frère de lait. .. pourvu que sa majesté donne dedans...

LE ROI. Ali! je comprends, alors... Mais

sors donc de là-dessous ; mon garçon... Je

ne te voyais pas... j'ai dû te faire mal?

COLAS. An contraire, sire... vous m'avez écrasé la main...

LE ROI. Allons, voyons, comtesse, faites comme si je n'y étais pas... niettèz- \.ui> à table.

LA COMTESSE. Sire! en votre présence.. .

coi. .\s. C'est pour le coup que je pourrais pas avaler.

LB ROI. Allons, je le a eux.

LA COMTESSE. Yons l'ordonnez, sire ?

LE ROI, riant. Oui, oui, je l'ordonne.

COLAS. Quel bon roi!., il veut que ses sujets mangent.

LE ROI. Ce qu'on vous a servi parait excellent. Ma foi je me sens en bonne humeur... et je veux être des vôtres.

COLAS. Ah! par exemple!

LA COMTESSE. Quoi! votre majesté daignerait...

LE ROI. Oui, ma majesté daigne se mettre à table quand elle a faim.

COLAS. An fait, sa majesté, il ne faul jamais bouder contre son ventre... Si vous voulez prendre ma place?

LE ROI. Du tout; garde-la... la comtesse t'a invité... et la table est assez grande pour trois... D'ailleurs, j'aime le changement, moi... Je mange tons les jours avec des ministres et des princes, je ne suis pas lâché pour la première fois de ma vie de dîner avec un tambour.

COLAS, s1 as seyant. Nous nous ressemblons en ça, sire; c'est aussi la première fois qu'il m' arrive de dîner avec un roi.

LE ROI. Allons, verse-moi à boire. De la gaîté, comtesse, nous ne sommes pas au grand couvert.

COLAS. A vot' santé, majesté... Dieu!

quel bon vin!.. (Voyant boire le roi.) Le roi boit! le roi boit!

LA COMTESSE. Chut!

LE ROI, riant très fort. Et de plus, il boit comme un autre... Encore un verre, mon garçon. Tu n'as pas de si bon vin à ta caserne?

COLAS. Nous avons de l'eau à discrétion : mais ça ne vaut pas ça.

LE ROI. Ah ea! et que dit-on démon gouvernement dans la troupe?

COLAS , buvant et s' étourdissant peu à peu. Dam, sire, pas grand chose... Après ea, VOUS sentez bien que moi qui ne suis milicien que depuis six semaines, je ne suis pas au fait des cancans... Il y avait l'autre jour un serge ni de chez nous qui disait que

nous étions à e't'lieure BOUS le règne de Cotillon III. Connaissez-vous ea?

LE ROI. Ah. ah, ah! Ces! 1res plaisant; voilà le premier qui a ose nie dire cela en face ; in vino vérités .

COLAS, srlnant. Vous voulez une lasse?

LE ROI. Tout cela est \rai nient délicieux, il y a long-temps que je n'avais l'ait un si bon rép

COLAS. C'est comme moi, j'en ai pris au moins pour quin/e jour-.

le roi. Allons, comtesse, laissons dire les mauvaises langues, et \ive la joie;! à ta

santé, .Manette!

COLAS. A ta santé, Manon !

LA COMTESSE. Allons... puisque votre

COTILLON 111

ajesté commence. . . à ta santé , La France !

COLAS. En v'ià une l'ameute... elle dit i à une majesté!

LE ROI. Voyons, mon garçon... verse >nc.

Air ; V erse , verse le vin de France.

buvons, amis, et binons frais , A ma bonne humeur je me livre ;

-t du bon temps pour les sujets , Lorsqu'on paix le prince s'enivre.

Jamais dans ces dou\ momeos-lâ 11 ne signe d'arrêts sévi Il croit que jumaisil n'aura De tracas, de troubles, de guerres, Du trône oublions les misi vidons gaiment nos vei La gabelle les remplira.

ENSEMBLE

Oui , vidons , etc.

COLAS, un peu animé. Ah ru! dis donc, la chère, tu m'as pas mal fait aller, toi... A tu yeui nie l'aire accroire que ce inonieur-là est le roi !

LA COMTESSE. Veux-tu bien te. taire...

LE ROI Comment ! ce drôle me conteste tia légitimité!

COLAS. Non ce n'est pas le roi... la u-euve c'est que tu l'appelles La France, i'est pas celui qui a gagné la bataille de fontenoi... c'est ton roi à toi... c'est pas iot' roi, à nous.

LE ROI, bas à la comtesse. L'épigrammc l'est pal mauvaise, en passant; qu'en di- BS-YOUS, comtesse? [On ouvre la porte.) )n\ \ient là ?

colas. Si c'est encore un roi, y a plus le phi

Page 1