‹ Pièces de théâtreChapitre 285 sur 1241 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

ISIDOKK. i;i GÉNIE, Y\N »N.

EUGÉNIE, sortant de Iucum/ic. Eh! vite, Nanon... le (}i«m ol.it esl pn-t. [M liid Bonjour, monsieur Isidore... ça va bien?

(A Nanon.) Je viens d'entendre du bruit dans la chambre de mon cousin... et le couvert n'est pas mis !

NANON. Dam ! il est là depuis «ne heure à me causer...

EUGÉNIE. Va donc... je l'écouterai à ta place.

NANON. C'est ça, relayez-moi. (A part.) Est-elle bonne, mamzelle !.. elle ne recule à rien. (Elle entre dans ta cuisine.)

ISIDORE, regardant Eugénie. Mon Dieu !

mamzelle, que vous êtes jolie comme ça!

EUGÉNIE. Vous trouvez?., merci... [A Nanon, qui est dans la cuisine..) Mets une nappe blanche.

ISIDORE. Oui, vous avez des petites couleurs qui font plaisir à voir... Aussi je resterais une journée entière à vous regarder... et quand mon oncle me dit de venir ici... came fait un bien... c'est loin pourtant.

(Nanon apporte une nappe et une tasse brune, >». qu'elle met sur la table.)

EUGÉNIE. Non, pas cette tasse-là... celle à fleurs... (Nanon la reprend en l'emporte.)

NANON. Qui n'a pas servi depis votre mère?

EUGÉNIE. Eh bien! pour son neveu.

ISIDORE. Vous ne m'écoutez plus, mamzelle ?

EUGÉNIE. Si fait, si fait... car, moi fttUfî, j'aime à vous voir... je sais le plaisir que rofStl ez à me rendre mille petits services. .. vous m'êtes dévoué comme un frère.

ISIDORE. Mieux que ça... oh ! bien mieux... si vous saviez tout ce qu'il y a là... voyez- vous, mamzelle Eugénie, vous me diriez : « il faut te mettre dans le feu pourmoi...» jem'y jetteraistout de suite... ça ne me changerait même pas trop... Car, rien que l'idée que vous pouvez être à un autre... ça me brûle , ça me donne la fièvre.

EUGÉNIE. Que voulez-vous dire?

isidoke. Oh! rien... enfin, qu'est-ce que ça peu! me faire?., moi, simple clerc de mon oncle Menu... je nepeux pa- r-pn er... quoi qu'en dise mou oncle... mais c'est . .. < t s'jj BS| vrai que votre cousin ne \iriine ni que pour \oiis époiixr...

\ WON, rentrant. Ejmuim t. . . qui donc ?..

(Elle apport* u«>« ta<iae, une icrriette, uue cafe- • t un gros morceau de aucaja dans un pal'"'r-) EUGÉNIE. Mon cou>in... qui vous fait

croin

ISIDORE, l'h! parbleu! mon oncle... il

8'esl imaginé, à l'air préoccupé dont votre

a lu cette lettre d'hier au soir, que

LE MAGASIN THEATRAL

NANON. Eh bien !

EUGÉNIE

Air de Haine aux hommes.

Y pense» -tous?

ISIDORE

J'en suis certain.

IUNOK.

Je n'emai pas mfime eu l'idée.

Et'GÉME J$\ moi non plus... Pour mon cousin, Mon oncle m'aurait demandée!

ISIDORE

Mon coeur soudain en a saigné t On devine ce qu'on redoute.

EUGÉNIE

Vraiment. ..(A part.) C'est pour cela, sans doute, Que je ne l'ai pas deviné 1

Mais quelle apparence! le fils d'un banquier... il est bien trop riche pour nous.

ISIDORE. Oh! quant à ça, il ne faut pas qu'il s'en fasse trop accroire... ces fortunes de finance, comme dit mon oncle, c'est comme les ballons... ça se gonfle, ça s'élève en un clin-d'œil... mais au moindre accroc, plus rien... tombé à plat! et c'est plutôt vous qui seriez trop riche pour votre cousin.

(Manon et Eugénie mettent tout ce qu'il faut sur la table.j

EUGÉNIE. Vous croyez?., vraiment!..

(Regardant sur la table.) Oh! mon Dieu! qu'est-ce que tu as mis là?

NANON. Dam! c'est le sucre.

ISIDORE. Votre père, qui, outre ses propriétés, a, dit-on, des tonnes d'or.

EUGÉNIE. Mon père!

ISIDORE. Oh! moi, ça m'est bien égal... je ne vous demande que de l'amitié.

EUGÉNIE. lion Isidore... (Lui présentant le sucre qui est dans un papier.) Youlcz-vous me casser du sucre.

ISIDORE. Tout de suite, mamzclle... avec plaisir.

(Il prend le sucre et va dans la cuisine.)

EUGÉNIE, d Nation. C'est bien... maintenant il faudra le fauteuil de la chambre de mon père.

NANON. Not' maître ne s'en sert jamais, crainte de l'user.

EUGÉNIE, d demi-voix. Dis donc, Nanon... ce qu'Isidore vient de me dire... que mon père avait beaucoup d'or...

NANON, Dam! c'est possible.

EUGÉNIE, de même. C'est vrai... car tu ne sais pas... cette nuit, j'entendais remuer dans la maison... je craignais qu'on ne réveillât mon cousin... je me suis levée pour voirce quec'était... j'allais remonter dans ma chambre, quand j'ai apperçu mon père qui prenait une petite clef, derrière

ce vieux tableau enfumé... là, sous l'escalier, dans le corridor.

NANON. Bonté de Dieu !.. vous avez vu. ..

EUGÉNIE, de même. Alors, il a ouvert tout doucement, à côté du tableau, la petite porte du vieux garde-fruits, qu'il avait pris pour mettre des papiers, à ce qu'il disait... et il s'est assis par terre, à côté d'une valise, où il y avait de l'or., beaucoup d'or, qu'il s'est mis à compter. . . et puis des billets qu'il a tirés d'un grand portefeuille.

NANON. Silence , mamzelle.

EUGÉNIE. 11 ouvrait de grands yeux...

il murmurait des mots en riant... mais d'un rire si singulier... et puis la lumière de la lanterne qui jettait sur tout cela un jour lugubre... ça m'a fait peur... et je suis rentrée dans mon lit toute tremblante.

NANON. Dieu! s'il savait... ne parlez jamais de ça, au moins.

ISIDORE, rentrant et présentant le sucre d Eugénie. Voilà... (Il en a un gros morceau d la bouche.) 11 est très- bon.

CHARLES , en dehors. Nanon... quelqu'un!

NANON. C'est lui, mamzelle.

EUGÉNIE. J'entends bien. (Prenant U sucre des mains d1 Isidore.) Merci, monsieur Isidore. (A Nanon.) Ah! vite le fauteuil.

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