SCENE XIV
Les Mêmes, ISIDORE
ISIDORE; entrant. Me voilà.
TOUS. Isidore!
CHARLES, courant à lui et l'entraînant.
Monsieur!., ah! dites-moi! dites-moi!
ISIDORE. Attendez donc... je n'en peux plus... je suis rompu , brisé dans toutes les positions... (Nanori lui donne une chaise.)
CHARLES. Mais mon père !.. mon père !
ISIDORE. Eh bien!., il se porte bien, votre père.
CHARLES. Ah! mon ami... mon cher ami. // l'embrasse.
EUGÉNIE. Bon Isidore!
GRANDET. Et mon argent? (De l'autre côté.) Et mon argent?
ISIDORE. Votre argent aussi... (// s'assied.) Dieu! ai-je couru!.. Quatre chevaux de poste, comme mamzclle Eugénie me l'avait ordonné... [Charles ta regarde.) J'avais l'air d'un prince dans ma carriole... et pour revenir depuis Orléans, à cheval au grand galop... Aussi, jesuis dansun état... (// se lève. — A Eugénie.) Etcs-vous contente, mamzclle? Eugénie passe auprès de lui et lui serre la main.
GRANDET. Et mon argent?
ISIDORE. C'est-à-dire votre or... il est arrivé à temps... Dieu! ça lui a-t-il fait plaisir, à ce cher homme!., d'autant qu'il n'y comptait guère... mais quand je lui ai dit que c'était de votre part...
GRANDET. Ce n'est pas!
EUGÉNIE, le retenant. Ah! mon père!
MENU. Eh! non, ce n'est pas...
GRANDET, d Menu. Taisez-vous.
Charlei les regarde avec surprise et reporte les yeux sur Eugénie.
CHARLES , à part. Oh ! quel mystère !
ISIDORE. Alors il a été tout surpris... il
s'est jeté dans mes bras... [A Charles.) comme vous, tout-à-1'heure.
Charles prend la main d'Eugénie.
GRANDET, à Isidore. Et il a pris mon argent...
ISIDORE, lui donnant un papier. Voilà son reçu.. . vous êtes pour lui , non pas un homme, mais un ange, un dieu...« Dites à M. Grandet, s'est-il écrié, le banquier... que c'est entre nous à la vie et à la mort... quand à Charles, a-t-il ajouté, qu'il vienne bien vite... nous pourrons encore renouer son mariage. »
CHARLES. Grand Dieu !
Eugénie quitte vivement la main de Charles.
TOUS. Son mariage!
ISIDORE. Eh, oui! avec la fille d'un receveur-général, M"e Elisa.
EUGÉNIE. Elisa!
CHARLES, allant vivement à Grandet. Ah!
mon oncle! vous avez ma parole , elle est sacrée... mon père ne sait pas tout ce qu'il vous doit... à vous... à Eugénie... et cette main qu'elle accepte...
EUGÉNIE, qui est passée auprès de son père et qui se trouve entre lui et Charles , d'une voix étouffée. Non, mon cousin, non...
vous ne nous devez pas tant... mon père ne met point ses bienfaits au prix de votre liberté... de votre amour, qui appartient à une utre... adieu, soyez heureux...
soyez,, avec celle que vous aimez. Ah!..
Elle tombe dans les bras de son père, tout lu monde s'empresse autour d'elle.
GRANDET. Ma fille !
CHARLES. Eugénie !
NANON. Mamzelle!
GRANDET, la tenant dans ses bras. Ma fille... Eugénie... Oh! rendez-la-moi... ma fille! mon enfant! ma vie!..
CHARLES. Eugénie, ah! reviens à toi...
ne doute pas de mon cœur... il est à toi... à toi seule... ce mariage que je ne renouerai pas, ne me donnait que du luxe, de la vanité, de l'ambition... ce que je veux, c'est de l'amour... Eugénie, mêle refuseras-tu? (Tombant d ses genoux.) Je t'aime.
EUGÉNIE, revenue à elle, regarde Charles un instant en silence, puis se jetant dans ses bras, elle s'écrie . Ah! Charles!
GRANDET. C'est bien... c'est très bien...
ISIDORE. Oui, c'est bien... Tant pis., pourvu qu'elle soit heureuse !
MENU, d Grandet. Hum !.. et le domaine du Champ-Vert.
GRANDET. Je l'achèterai tout de mCme, FIN.
Iropriin. cfc J.-R, >W'.vruw , passage du Caire, 54.