‹ Pièces de théâtreChapitre 323 sur 1241 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

HORTENSE, GLOTILDE.

HORTENSE. Sais-tu que c'est un excellent homme que ton mari?

CLOTILDE. Oui, il devine tous mes désirs,., ilnous laisse. (Prenant dans ses mains les deux mains iC Horlensc. ) Chère Hortense!... voilà pourtant trois ans que nous ne nous sommes vues... Oui, il y a trois ans (pie nous avons quille notre bon pensionnat de Paris, on nous nous aimions tan'.... et où nous jouions au cerceau ..Et, depuis ce temps-l.'i, (pic d'événemens!..

HORTENSE. Mariées toutes les deux, toi à an notaire, M. Bonnivet...

CLOTILDE. Et toi, à M. de Varennes, à un colonel!.. Que j'aurais aimé celai., des épaulcttcs!.. et un si joli uniforme!.. Que tuas dû être heureuse!..

hortense. Eh 1 mais... je n'en suis pas bien sûre... Et pendant les huit mois qu'a duré ce mariage, que de fois j'ai regretté le temps où j'étais demoiselle!

CLOTILDE. Est-il vrai?

ÊTRE aim£ 01» SlôtmiR

nOETEdSE Von parlons plus... c'est

fini .. je SUIS VCUTC.

CLOTILDE. C'e.^t presque la même chose... Kl déjà, je le parie, il a cl ù se présenter bien des prétendons.

iioutevse. Eh mon Dieu, oui... on, surtout, qui est aimable, qui c>t riche... un jeune négociant du Havre, que mon frère, que toule ma famille me presse d'accepter.,, et je n'ai encore pu m'y décider.

CL0T1LDE. Kt pourquoi? "

HOftTEKSEï Pane qu'il m'aime trop.

clotilde Est-il possible?..

iioktewse. C'est un ; ardeur, des transports, i j ! i délire !..

clotilde. El tu appelles cela an défaut?

BOBTBSSE. I ).. i is un mari, certainement.

Clotij.de. Ali! si le mien était ainsi !

HOitTEYSK. Je te plaindrais... car en ménage, vois-tu, il faut des qualité- qui résistent et qui durent , el les grandes passions ne durent pas... tandis qu'un bon caractère, t'est de tons les temps... M. Tonnivet, par exemple . me semble le chef-d'œuvre des maris... bon, aimable, complaisant.

CLOTILDE Je ne dis pas non... il m'aime bien... mais d'un amour si bourgeois, si tranquille 1. Un parlait notaire;... qui quelquefois |a nuit nie parle de son étude et de sescliens... Ce n est pas là ce que j'avais rêve... J'aurais voulu un époux qui m'adorât... qui fût tendre, empressé, galant... qui me fît des rers

iiokte\se. In notaire! . ypense-tu?

Air de la Famille de r Apothicaire.

Il fait flos contrats, c'est bien mieux... Contre tui-.i.rme tu conspires :

Car j)uui t"i ses actes pOlldréni

Se trantibrment vn cachemires.

Un poète ! Dieu 1 quel travers 1 Taol d'éclat ne vaut pas grand' cl> Ma chère, la gloire esl en vers, Mai» le vi aï bonheui <■ ^t en p

El m , dans ton ménage, tu n'as pas d'autres sujets de chagrin. ..

CLOTILDE. C'est ce qui te trompe... i ;ar, depuis quelques jours, j'ai beau redoubler d'efforts pour le cacher amon mari... je suis d'une inquiétude !..

iiohteyse Pourquoi dortc f

ci. oui. de. Une aventure, mi obère 1

iiohteyse. Vraiment] cl tU ne un; le dis p

clotilde, baissant la row, l'n jeune homme cpii m'aime, qui m** lait une dé-

claration. Iù-ha3, à b' ; r|tfi n-'iis

a suivi jusqu'il al... M qui tout à

l'heure encore, vient de me répéter en me présentant une lettre. .

HORTEYSE, parlant d'an éclat de rire.

Ha ! lia ! ha !. . de quel air tu me dis cela !.. Qu'y a-t-il donc là de si effrayant?..

Quand ces messieurs > nt amoureux- de nous, il faut les faire parler et les écout« r. .. c'est très amusant.

CLOTILDE, d'un ton grave. Otll pour moi, c'est bieu différent , va... Pour pen que quelqu'un me regarde, ail l'air de m'aimer . la peur me pr< ad . et je deviens toute triste.

iiohteyse. Pourquoi «loue cela?.. Ah!

la crainte de leur faire du chagrin... Je t.:

reconnais bien là.. . toujours ton bon ce ur, que l'on citait au pensionnat... le trépas

d'un petit oiseau te faisait pleurer

clotilde, lui pressant la main et Ha t< n le plus pénétré. Ah! ma chère H or tende;..

quand on a déjà à se reprocher la mort d'un homme !..

IIOIVTEXSE, effrayée. Ah ! mon Dieu!

qu'est-ce que tu me dis là?.. La mort d'un homme!., explique-toi.

clotilde. Je crains. .

HORTENSE. Nous sommes seules... pari vite.

clotilde, regardant autour (Celle. Eu effet, personne ne peut nous entendre... C'était aux eaux de Bagnères, il y a environ deux ans... il y avait lu un jeune homme que personne ne connaissait, qui était venu, on ne sait dans quel but, et sans QOm de famille... on L'appelait Kdouart, Alfred, que sais-je?.. Monsieur Bonnivet l'avait pris en grande amitié, parce qu'il herborisait avec lui , et il ne s apercevait pas qu'il me faisait la cour.

iiohteyse. Et lu n'appelles pas cela un

bon mari ?

clotilde. Hais moi, je voyais bien qu'il m'aimait; car chaque jour il nie le

disait avec ^i\ accent plus vrai, plus passionné... Tu sens bien que je ne roulais

ni lui répondre, ni inètne l'écÔÛter.

BOB i BWB. Cela va sans dire.

clotilde, s'aUastéristant fsu à peu. Un jour enfin., je le vis paraître pâle, agité, en désordre... il n mit à mes piedd , < i me supplia avec des j eux ploins de brm< -. qui me nâvraienl le cœur... Y.U bien ! jo résistai , je fus v.<us piii< ... ilon il se re« leva, me dit que, repousté par moi, la \\r lui devenait a charge, el qull allait mourir.*, il l'élolgno . el m \ bouche qc

..'ouvrit pas pour le rappeler f.'. Ce lendv-

LE MAGASIN THÉAT&AL

main, ma chère Hortense, le lendemain, le journal des eaux nous apprit que ce malheureux avait mis fin à ses jours... Une lettre adressée à son domestique l'avertissait de cet affreux dessein... On fit de vaines recherches dans les montagnes, vers lesquelles on l'avait vu se diriger... on ne retrouva que son chapeau à coté d'un précipice.

HORTENSE. Quelle histoire, juste ciel!

CLOTILDE. Il s'était tué pour moi!., pour moi!..

HORTENSE. Mais c'est affreux... il y avait là de quoi te compromettre... C'est une grave inconséquence de la part de ce jeune homme.

CLOTILDE, avec feu. Une inconséquence!., l'action la plus courageuse, la plus sublime!.. Il fallait aimer vraiment pour cela... il fallait une de ces âmes fortes, puissantes, généreuses...

HORTENSE. Ah! bon , voilà que c'est un héros, à présent... toutes les qualités possibles. .. parce qu'il est mort !

CLOTILDE*. Pauvre jeu ne homme!.. Ah!

si j'avais su ce qui arriverait!..

HORTENSE, vivement. Eh bien?..

CLOTILDE. Eh bien!., dame, que veuxtu?., on les contente quelquefois avec si peu !

HORTENSE, secouant la tète avec incrédulité. Si peu, si peu...

CLOtilde. Cela vaut toujours mieux que de les laisser mourir.

HORTENSE. Cependant, ma chère...

CLOTILDE, avec bonté. Ce n'est pas tant pour eux encore ; mais songe donc qu*ils ont une mère, des sœurs...

nORTENSE. Oui, mais nous, nous avons des maris.

CLOTILDE, impatientée. Les maris n'en meurent pas, eux !

HORTENSE. Il ne manquerait plus que cela!

CLOTILDE. Tu dois comprendre quels remords, quelle tristesse cet événement m'a laissés...

Air: Je ne vous voit jamais rêveuse.

Qu'un amant s'enflamme et s'anime , Je tremble... et craignant ses» regards, Je rêve précipice , abîme , Et partout je vois des poignards.

Un de mort !.. c'est déjà terrible !

S'il fallait canser deux trépas!..

Moi | d'abord , je sois trop sensible , Et si j'étais en pareil cas...

'Clotildc, Hortense.

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