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SCÈNE IX

BONNIVET, FERNAM), SAUVIGNY.

BONNIVET, portant plusieurs paquets. Ma femme et ma petite fille seront contentes... car je leur ai trouvé là les deux plus jolies robes... (// salue Fernand , puis s'avancant et apercevant Sauvigny.) Ah! mon Dieu!

qu'est-ce que je vois!..

sauvigny, courant à lui.* Monsieur Bonnivet !..

FERN.WD. Tu sais son nom?..

SAUVIGNY. Oui... oui... mon ami.

IJONN1VET, stupéfait. Vous, que j'ai cru

mortl feunand. Comment cela ?

BONNIVET. Votre lettré.*, f otre dispari-

tion de Ba^néres...

salvtgw. Monsieur!..

bonnivet. Ce n'est donc pas vrai?..

VOU8 existez encore?.. J'en suis rav i . . .

car je vous aimais de tout mon cour, et

t un grand plaisir de se retrouve!

ainsi.

' Bonnivet, Sauvigny , Frrn.m-1.

FERNAND. C'est charmant. 1. vous voilà en pays de connaissance... lias à Sauvigny.) et tu peux lé mener maintenant aussi loin que tu voudras... A quatre heures , n'oublie pas... (Haut ) Adieu , je vaÎ9 faire tes affaires... n'oublie pas les miennes*

Jl cutiedans la chambre à gauche.

SCÙNU X.

BONNIVET, SAlVJf.NY.

BONNIVET. Que je vous regarde encore...

Vousquenoùs avons tous pleuré à Bagneres de Luchon!.. vous «lent le journal a imprimé le suicide et la mort bien constatée!.. C'estun miracle à crier partout.

SAUVIGNY , vivement. Au contraire!., et je vous prie en grâce de ne point parler de cette aventure... ici surtout.

BONNIVET. Pourquoi donc?., un suicide par amour !. .

SAUVIGNY. ttaison de plus. . Cela me perdrait... cela ferait manquer mon mariage.

bonnivet. Comment cela?

SAf VIGNY. Vouâtes un galant homme...

un homme discret ?

BONNIVET. I n notaire... c'est mon état.

SAUVIGNY. On peut se fier à vous, et d'ailleurs vous m'avez toujours témoigné tant d'amitié. .. (4/rês un court silence.) Apprenez, donc que lorsque je VOUS ai rencontré aux eaux de Bagnères... j'étais attaqué d'une maladie nerveuse qui avait produit sur moi une sensibilité si vive, que j'étais amoureux de toutes les témmcS. .. une, surtout...

BONNIVET. Cette belle Anglaise?..

SUVK.W. Non.

BONNIVET. Ta femme du médecin des eaux ?

SAl ll(.\Y. Du tout.

W>\\l\ ET. 1.1 qui dont ?..

S M \ U.W . ( /a ne fait rien à l'histoire.

noxM\ 'et. .J'y «ui-... cette jolie court

se.

SAIVK.W. Si fOfIS voulez... d'autant

qu'inflexible et sévère, elle mé traits avec

tant «le cruauté , qu'eutr; ont par le délire,

le paroxismede la passion... peut-être au--

si par eette maladie n« i veu-edont je \ OSÉ

parlais**, j'avais pi "il Is résulutioud'an fmir,

mais une lionne et solide résolution. . . J'y allais franchement... l-'.t le KCBM sV mort que j'avais choisi. < «mime le plu- en harmonie avec l'état de mes idées, consistai! . m» n<, ij.ii» i dans un de ces animes si

LE MAGASIN THEATRAL

fréquens sur les Pyrénées. . 11 y avait làdedans du grandiose.

BONNIVET. Oui... en extravagance.

SAUVIGNY. C'est possible... Or donc; après avoir écrit union domestique, pour lui faire cadeau de mes effets et prier qu'on n'inquiétât personne à cause de moi... je me dirigeai vers le lieu adopté... C'était le matin... et, tout en marchant! déjà je me calmais... je me senlais refroidi... j'avais les pieds dans la neige et il faisait un vent de tous les diables.

Air : du Vaudeville de Turenne.

Mais arrivé sur 1<: bord du cratère , Dont je sondais l'horrible profondeur, Un mouvement involontaire Me fit reculer de terreur !..

Puis, je revins , honteux de ma frayeur... Mais de nouveau sentant mo n cœur s'abattre , Je reculai, les yeux troublé?...

BONNIVET

Gomment ! deux fais r

SAUVIGNY

Parbleu! vous qui parlez, Je vous le donnerais en quatre !

Enfin ! bien malgré moi , et par respect humain, j'allais peut-être m'é lancer les yeux fermés... quand tout à coup, dans la montagne, un grand bruit se fait entendre... C'était... devinez.

BONNIVET. Une avalanche?..

SAUVIGNY. Non... Charles d'Avernais, un de mes amis, et quelques jeunes gens de sa connaissance* . . des artistes, des peintres, qui faisaient la chasse aux chamois. .. Ils riaient tant, ils étaient d'une, telle gaîté, que je n'osais leur raconter mon histoire , de peur qu'on ne se moquât de moi... Et quand ils se mirent tous à crier : Viens avec nous, viens avec nous... je nie dis : Je me tuerai tantôt, à midi, aussi bien que maintenant! et même j'aurai plus chaud... IMe voilà donc chassant des elia mois, courant dans les montagnes... perdant mon chapeau , mon moin hoir; et arrivant enfin au rendez- vous harassé et mourant de faim.

BONNIVET. Vous aviez faim?

SAUVIGNY. Jedévorais!.. un appétit de chasseur, ou plutôt de revenant... car j'avais tout-à-fail oublié l'affaire principale... J'étais à cent lieues de mon abime, et je me disais : Si le désespoir m'a permis de vivre trois heures et demie... j irai bien à quatre, cinq, douze... et ainsi de suite... Dans ces cas-là, il n'y a que le premier pas qui coûte. .. Voilà mon raisonnement, fe meilleur, sans contredit, que

j'aie jamais l'ait a mon usage... Mais Veplai

difficile n'était pas de revenir ù la Aie... c'était de rentrer à Bagnères... Comment m'exposer aux brocards, aux quolibels .. donner un démenti au journal?.. Et puis, aux yeux de celle que j'aimais, comment me présenter vivant?., ce n'était pas possible... Aussi, prenant mon parti et une place dans la diligence de Tarbcs, je revins à Paris, de là au Havre... où mon père me mit à la tête de son commerce... Et depuis ce temps, les sucres , les cafés, les cotons... j'ai été si occupé. ..

BONMVET. Que vous n'avez plus trouvé un moment pour vous tuer...

SAUVIGNY. C'est vrai.. Et puis, j'ai fait fortune... une belle fortune , ce qui distrait toujours un peu et donne d'autres

idées... dés idées de mariage.

BONNIVET. Je comprends... cette fortune, vous voulez maintenant l'offrira votre ancienne passion.

SAUVIGNY. Non... à uneautre...

BONNIVET, riant. De sorte que ce t amour qui devait être éternel...

SAUVIGNY. Bxlste encore, plus ardent , plus brûlant, si c'est possible... C'est toujours le même... seulement il a changé d'objet.

BONNIVET. C'est le phénix qui renaît de sa cendre.

SAUVIGNY. Voilà... Une veuve charmante, adorable... mais, malgré mon amour, je n'ai pu encore obtenir un consenti ment formel .. elle se délie de moi et de ma constance.

BONMVET, froidement. Elle a bien tort.

SAUVIGNY. Eteomme elle est ici. dancet hôtel, pour un jour ou deux . m >ouà vous avisiez de parler devant «lie de cette malheuseuse histoire de Bagn<re-...

BONNIVET. Pauvre jeune homme!.

soyez tranquille, je ne vous trahirai pa*, et s'il faut même vous aider...

SAUVIGNY. Ah! monsieur! tant de bonté, tant de générosité î après ce (pie j'ai fait!.. J'en ai vraiment des remords...

Car si vous saviez...

BONNIVET. Quoi donc?

SAUVIGNY, voyant la porte d ganclic qui s'ouvre. Rien... C'est («elle que j'aime, la TOici avec son frère.

BONNIVET. Hortense de Varcnncs?

SAUVIGNY. Vous la connaissez?

BONNIVET. C'est l'intime amie de ma femme.

SAUVIGNY, avec effroi. De sa femme

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