‹ Pièces de théâtreChapitre 346 sur 1241 · RIELOF , LA COMTESSE , ALEXINA · texte numérisé non relu

RIELOF , LA COMTESSE , ALEXINA

ALEXIW. Est-il possible!... ce pauvre garçon, c'était lui... c'était notre cousin. ..

RIELOF, vivement. Cousin très-éloigné...

que je n'ai jamais vu... que je ne connaissais pas...

la comtesse. Je vous en fais compliment!

alexixa. Il n'est pas si mal! il est

gentil... et moi qui ne me doutais de rien , je suis désolée de mon inconséquence., vous l'avez trait»' avec tant de rigueur , que le pauvre garçon en avait les larmes aux yeux !...

la comtesse. Eh bien! n'allez-vous pas le plaindre ?

alexixa. Pourquoi pas? je suis comme toutes ces dames et comme L'impératrice elle-même, qui s'intéressaient à lui, et au succès de sa cause.

LA COMTESSE. Est-il possible?

ALEXIVA.

Air du fleuve de la vie

Et tout est fini, quel dommage î Pour ers dames, c'est désolant, De voir a la première page,

Terminer ainsi le touian...

LA COMTESSE

Oh! c'est fâcheux à plu:» (Ynn titre; Mais s il leur offre tant d'atti.ùts, A ma place, j-' leur permet»

FV.i-hevrr le ertnpitre.

alexina. Elles pourraient plus mai choisir! car enfin, comme le disait Sa Majesté elle-même.., il y a là de l'amour ... de l'amour véritable... et il n'y a qu'un tort, c'est d'en parler ù tout le monde... ce n'est pas sa faute... c'est plus fort que lui...

; \ comtes?.!: G en est assez . baronne; votre intention i-.Y |t |) I d me désoblig I ';

et je vous prie désormais de ne plus me

parler d'un jiii m'est pénible,

qui me ble où je ne pardonnerai

jamais qu on m'ait donnée malgré moi, un

rru« m • ■ li inand ■ et don!

me sei ais forl bien p

LE MAGASIN THEATRAL

SCÈ?sE VII.

POTExMRIN, LA COMTESSE.

POTEMKIN , entre brusquement et aperçoit la comtesse. Ah! c'est vous, comtesse!

la. comtesse. Je viens de l'église... et rentrais chez moi avant d'aller faire ma cour à l'impératrice... mais quel air sombre et soucieux !

potemkin. J'ai de l'humeur...

la comtesse. Ça se trouve bien.... moi aussi... contre tout le monde.

potemkin. Et moi contre vous!

la COMTESSE. C'est donc cela , mon cher oncle , que vous m'honorez d'un style si respectueux et que vous me dites vous , comme à la cour.

potemkin. Nadéje ! tu sais qu'il ne faut pas me railler quand je suis en colère... et j'y suis...

LA COMTESSE' Et pourquoi?

potemrin . Quelle est cette pétition que vous m'adressez, et que vous me recommandez avec tant d'instance... cette place de secrétaire... ce Polonais... ce Ladislas?

la comtesse. Je vous le dirai... je vous raconterai comment d'abord je m'y suis intéressée...

potemkin. Ah! vous lui portiez de l'intérêt? vous en convenez !... vous ne savez donc pas que ce jeune homme vous aime , et que cet amour, il ne s'en cache pas, que c'est pour vous qu'il a quitté son état et son pays... qu'il est venu ici à Saint- Pétesbourg...

LA COMTESSE , (wec impatience. Eh !

monsieur, je ne le sais que trop...

potemkin. Vous le savez... et vous me le recommandez...

LA comtesse , appuyant. Je ne vous le recommande plus...

potemkiim. Il est bien teins... quand déjà son étourderie et sa folie vous ont compromise ; car, depuis ce matin, j'ai pris sur lui des renseignemens... c'est lui qui à Varsovie , et pour danser avec vous , a reçu du comte Orlof une blessure dont il a pensé mourir...

LA COMTESSE, avec émotion. Ah! je ne savais pas que ce fût si daugereux !

rOTEMKiiv. Eh! qu'importe? il s'agit bien ici de lui, et de son existence... il s'agit de vous.

LA comtesse. Me rendrez-vous responsable de ses extravagances? puis-je les empêcher? croyez-vous que je n'en sois pas plus contrariée que vous-même?

potemki\. Dis-tu vrai?

la comtesse. Certainement, et cette passion dont tout le monde se croit obligé de me parler, cet amour qui est maintenant de notoriété publique... j'étais seule à l'ignorer , lorsque je vous ai adressé cette pétition , que je retracte , que je désavoue , et que je vous prie de déchirer.

potemkin. A la bonne heure!... et tu me promets que ce jeune homme n'obtiendra jamais un regard de toi?

LA COMTESSE, souriant avec dédain.

Quelle idée I

potemkin. Pas même un souvenir!

la comtesse. Qui peut vous le faire supposer ?

potemkin. Ah! c'est que vous autres femmes , vous accordez tant par reconnaissance...

LA COMTESSE. Il me semble que j'ai refusé mieux!... que j'ai vu à mes pieds, sans en être émue ! le souverain de la Russie... presque le czar!... l'amant de Catherine...

potemkin. Tais-toi, tais-toi, ne me rappelle pas ces jours de fièvre et de délire , où j'ai manqué renverser ma fortune , c'est ma seule faute en politique , et c'est toi qui en es cause.

LA COMTESSE. Moi !

potemkin. Oui ,il n'y a que toi que j'aie aimée... toi jeune fille que j'avais élevée... et si tu ne m'avais rappelé à la raison... l'amour d'une souveraine , le trône de la Russie... j'aurais tout sacrifié pour un seul de tes regards...

LA comtesse, souriant. C'eût été un beau jour que celui-là !

potemkin. Sans doute !

LA comtesse. Mais le lendemain...

potemkin. Le lendemain... je ne dis pas... y songe-t-on quand on aime?

LA comtesse. Vous avez donc cru être amoureux ?

potemkin. Je l'aurais juré... et pour un rien je le jurerais encore!

J.v comtesse. Erreur! vous ne serez jamais qu'ambitieux! et moi je ne serai jamais que votre amie , votre nièce , votre lille... tout le monde vous craint, vous respecte ou vous admire!... Il faut bien qu'il y ait quelqu'un qui vous aime... ce serajfcioi...

POTEMKIIf.

Air : Connaissez mieux le grand Eugène.

Oui, tu dis vrai, j'ai besoin d'une amie, Qui DM COlUolean sein de la grandeur; Kfclave roi, Ton m'encense, on m'envie... El je n'ai pti un instant de bonheur.

Pas un instant de repos, de bonheur...

Oui, ce fardera <m'on nomme la puissance

CHUT

Oui, cette place, objet de mes ennuis, Je l'ai souvent, dan* ma vengeance , Dtsirte à mes ennemis !

LA COMTESSE. Vous , favori de Catherine!... notre magnanime impératrice l

POTClKLIlf. Oui, c'est un grand souverain... un grand homme poui tout le inonde , mais pour moi !... maîtresse d'un empire immense , ses caprices sont plus grands encore que son pouvoir. . ce despotisme intérieur, ces royales fantaisies d'une imagination en délire... moi seul en suis le témoin et la victime... au\ yeux de l'Europe, c'est la raison , la philosophie sur le trône , et \ oltaire l'appelle un sage !... ah ! s'il avait été à ma place , il saurait à quoi s'en tenir...

LA COMTESSE , n'uni. Vraiment!

TOTEMKIN. Aussi... et je ne puis encore y penser sans frémir... je me rappelle qu'un jour , honteux de moi-même et de mon esclavage... j'ai voulu le briser; et, dans un transport de colère et de rage... je levais le bras pour frapper...

LA COMTESSE. O ciel !

poti:mki\. Qu'ai-je dit? je te confie tout, Nadéje... et j'ai tort peut-être... si tu me trahissais?

lv comtesse. Se défier de moi !

ron.MKiv. Non pas de toi... mais tu es entourée de courtisans qui t'adorent....

tu n'aurais qu'à les aimer... tu leur livrerais mes secrets... aussi tu ne me quitteras pas... tu n'aimeras et n'épouseras personne ; je le veux , ou sinon...

la comtesse. Sinon... le knout ! la Sibérie!

rOTEMKi\. Oui , je peux tout, et malheur à eux ! malheur à toi !

LA COMTESSE. A merveille!... voilà qui est galant, qui est aimable... et j'admire, Potemkin , comment votre caractère réunit à la fois les qualité* et 1< s défauts Les plus opposés ! Semblable en tout à l'empire rUSfle . qui: vous sont eue/, et dont vous

la vivante image, vous êtes comme lui, moitié civilisé et moitié barbare. Il v a en vous de l'asiatique , de l'européen, du tartare et du i osaque [..'. mais ce deruier domine... je n'en veui pour preuve que la déclaration que vous venex de me faire.

POTEMEJH. l\u<lonne-inoi '.

i.\ comtesse. Ii .1 laquelle je répondrai p o une protestation non moins énergique*., je reste arec vous, mon cher onele, et probablement i \ resterai toujours, cai ti l < si mon plaisii et mon bonheur, mais je n'ai pas pour cels em haine ma libci te à vous, comme vous à '<

je sais pourje parle en

et je déclare ici, au vainqueur d'Oczakof , au prince Potemkin , premier ministre , et généralissime des armées russ< s, que, malgré son autorité et son pouvoir, s'il nie plaisait d'aimer quelqu'un...

POTEMKIN, vivement. Ah" quoi tu dis cela.

LA COMTESSE. Du tOUt..

aérai !

l'OTiiMKix Mais tu penses à ce jeune homme... à Ladislas \

L\ COMTESSE. Aion Dieu! je l'avais déjà oublié! et c'est vous qui semhlez prendre à tâche de me le rappeler

POTEMKIN. i\ on pas !... et pour plus de sûreté... il faut qu'il parte... (La regardant.) Qu'en dis-tu ?

LA COMTESSE. Comme vous voudrez .

potemkin, lu regardant. Cela ne fera pas mal de l'envoyer un peu loin... en Sibérie, par exemple !

LA COMTESSE, avec effroi. O ciel !.. . y pensez- vous }

potemkin. Ne dois-je pas punir son insolence... et venger tes injures?

LA COMTESSE. Je vous en remercie'...

mais cela me semble un peu sévère... Si nous punissons ainsi ceux qui nous aiment, comment traiterons-nous les antres?

POTEMKIN. Quand je le disais... ce sont là de ces crimes que vous pardonnez toujours.

LA COMTESSE. Non... mais pourvu qu'il s'éloigne... il y a d^s troupes qui demain, dit-on, partent pour Astrakan... et si, dans l'un de ces régimens, vous lui donniez une compagnie...

An; du Vol de fleurs.

Vous imposez votre cl. nience A qui voulut nuiis outrager !

Quand au ennemi nous offense, ( . vA ainsi qu'il faut te \ enger !

En le forçant au fond «le l'âme A nous aimer !...

i ( i . •• ;vH,

C'< mi ,

La vengeance d'un pi inec...

I \ COMTl

F.li ! non î inec d'une femme, roi i vuii ( )ui, \ raiment, ■• m ,

( . c»( li vengeance d'i ne.

Mais i «v n'est p is l'une compa-

gnie.. . d aui a un i égiment !

I \ COMTl S8E, lui fumant la main, (l'est

bien... proposez-le à L impératrice.

ruiivMN. après un de silène.

J'aim< i i <i'><- i ette demande fût

faite par toi... Catherine et ces dames vev«

mut .dois que » '« il toi-même «jui l'éloi-

i- Pétersbourg.

LE MAGASIN THBATRAL.

LA COMTESSE. Cela me paraît inutile...

mais, dès que vous le voulez... je vais écrire pour bannir Ladislas. . avez-vous encore des soupçons?

POTEMKIN, lui haisnnt hi menu. Je n'ai plus que de la reconnaissance.

(l\ la reconduit ; la comtesse sort par la droite.)

Wfc rtJWWWW>

?«eotfOQ»SQ»Qoaq«eeeeee

Page 1