‹ Pièces de théâtreChapitre 355 sur 1241 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LAD1SCAS, puis LA COMTESSE. i.\!>isi.\s. Le pauvre pai

tout est interdit «le sa nouvelle fortune... U m: sait comment s'acquitte; envers moi., je l'en dispense... voilà qui vaut mieux... voilà mon bonheur qui revient... c'est la comtesse.

la COMTESSE, entrant par la droits cl (/percevant Ladi >la<;. Comment , monsieur, encore ici !

LVDISLAS, e A »<•/// ///. D'où vient VOtre effroi ? est-ce que Potemkln est encore là.'... est-ce qu'il n'est pas parti ?

L\ co.MTKSSK. 11 ne s'aj;il pas de lui , monsieur , mais de vous... et je ne reviens pas de votre audace.

L\I>ISL\S. Pourquoi donc ? aucun dan* gcrl, et quand il y en aurait... croyez-vous que je balancerais un instant... ce déjeuner où VOUS m ave/ invite...

l.v co'.l ri:ssi:. Le déjeuner !...

l \ PfMHHTlQfH fkMWÎt à la parle du fond

ei dit : Madame est servie]

I. \niSL\S , au flam'sti/ue. Ce prince n'est doue plus au palais 1...

1.1: mnii'iSTioi m , s'in. ,'innnf. Non , monseigneur.*. Il vient de sortira l'instant.

i.\nisi. \s , fui faisan/ signe de s'éloigner» C'est bien !

i. v r.oMTtssi: , /■ regwvkwt ci Initiant lonhf setaMU rai surprix-. En vérité . j'ai besoin di- toute ma laison... pour BB •aiier mi • | ■ sois bien éveil I e... quand je vous \ 01 . . vous... monsieur... dans te • nanl «les ordres...

i \ Paidon... t'es! .« moi , je le

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LE MAGASIN THEATRAL

mais bien certainement , en me quittant... vous m'avez dit très-bas... demain... à déjeuner...

LA COMTESSE. Moi ?

ladislas. Mais après tout , peu importe... à quoi bon discuter... nous y voici... cela revient au même...

LA COMTESSE. Non pas , monsieur , non pas... car j'ai, à ce sujet, des explications à vous demander, et j'exige de vous la plus grande franchise.

ladislas. Est-il une de mes pensées qui ne vous appartienne.

LA COMTESSE, s'assied et fait signe à Ladislas de s'asseoir. Ladislas prend un fauteuil et s'assied à la gauche de la comtesse. Ce que je veux savoir, monsieur, c'est comment vous avez échappé aux dangers qui menaçaient vos jours... dangers dont j'ai été la cause involontaire... et ces soldats armés qui entouraient l'hôtel de la Trésorerie.

ladislas. L'hôtel de Rielof. .. je ne m'en suis même pas approché ; il était inutile d'y passer pour me rendre où l'on m'attendait.

la comtesse. Quoi î ce n'était pas là?

ladislas. Vous le savez mieux que moi.

la comtesse. Mieux que vous?...

ladislas. C'est tout simple... ces dsux hommes qui m'ont couvert les yeux... ne m'ont pas dit où ils me conduisaient... c'est seulement arrivé à un pavillon en rotonde. . . éclairé à peine par une lampe d'albâtre , qu'une jolie esclave grecque , une suivante, m'a ôté mon bandeau... en me disant : « Beau chevalier, avez-vous peur ? — Eh! de quoi? — Chut!... jurez d'observer le plus grand silence... de ne pas proférer un mot... et s'il faut risquer vos jours... » Vous devinez ma réponse...

« Eh bien ! donc, m'a-t-clle dit, venez, la comtesse Braniska vous attend. »

LA COMTESSE , avec indignation. Est-il possible ?...

LADISLAS , se levant. Oui, madame.

la comtesse. Elle m'a nommée!... elle a osé prononcer mon nom !

ladislas, vivement. Si elle a eu tort... si elle a manque à vos ordres, ne lui en veuillez pas... ne la punissez pas de mon indiscrétion, c'est moi qui suis coupable... moi, qui aurais dû me taire, et qui désormais me tairai... je ne dirai plus rien...

LV COMTESSE , vivement.

Si, monsieur, et j'exige, au contraire... (iVc reprenant.) Plus tard, je vous dirai ce que je pense... et pour quels motifs je

tiens en ce moment î connaître;., achevez, •de grâce, achevez ce récit.

ladislas, se rasseyant. Eh I madame , à quoi bon?

la comtesse. Je vous en prie...

ladislas. Il me semble qu'il ne doit rien vous apprendre...

la comtesse. Si je le veux... si je l'exige!... auriez -vous déjà oublié?...

ladislas. Oh ! non, madame, oh ! non. . . l'on n'oublie pas des momens aussi doux , et aussi cruels.

LA COMTESSE , d'un air de doute. Si cruels !

ladislas. Sans doute... ce silence que vous m'aviez prescrit, et qu'il m'a été impossible d'observer... mais auquel vous , madame , vous n'avez été que trop fidèle.

la comtesse. Ah! j'ai gardé le silence!

ladislas. Si ce n'est quand vous avez dit à mon oreille ces mots : « Demain je me ferai connaître... je serai toute à vous.»

LA COMTESSE , avec indignation. Toute à

LADISLAS , vivement. Vous l'avez dit...

c'est votre promesse... je viens la réclamer... et quel que soit désormais mon sort . . . Dussé-je , errant et proscrit , expirer dans les déserts de la Sibérie... je ne me plaindrai pas du ciel, ni de la part qu'il m'a faite... il y a là désormais assez de bonheur pour défier l'adversité , assez de souvenirs pour embellir ma vie entière !

(Il tombe à ses genoux. )

LA COMTESSE, se levant. Assez , monsieur, assez... je ne veux pas en savoir davantage , ni prolonger l'erreur où vous êtes.

ladislas , se levant aussi. Une erreur!..

LA comtesse. Ce n'était pas moi...

ladislas. Oh ! non... vous voudriez en vain me donner le change... c'est vous... c'était bien vous... on peut abuser un indifférent; mais moi... moi qui vous aime... moi qui devinerais jusqu'à la trace de vos pas...

la comtesse. Quand je vous atteste, monsieur...

ladislas. Croyez-vous que je ne vous aie pas reconnue ?... croyez-vous que mon cœur ait pu s'y tromper?

LA COMTESSE , avec colère. Oui , monsieur, oui... il s'y est trompé, voilà qui est indigne... voilà ce que je ne vous pardonnerai jamais... croyez donc aux hommes , croyez donc à la pureté , à la réalité des sentiinens qu'ils éprouvent pour nous., j'ai voulu savoir jusqu'à quel point l'on avait abusé de votre étourderie. . . de votre folie... et de mon nom que l'on a osé prendrea

ladislas, interdit. Votre nom!

fur

LA COMTESSE. Oui , monsieur, je connais l'auteur de cette trahison qui ne restera pas impunie... mais, avant tout, et pour moi. pour mon honneur, j'ai du vous détromper.

LADISLAS , hors de lui. Me détromper!., moi!... oli î ne parlez pas ainsi... plutôt que de renoncer à une pareille idée, je me tuerais de désespoir.

LA COMTESSE. Vous en êtes bien le maître... mais j'ai dit la vérité... et je vous dirai encore plus. . . Depuis hier, cet amour auquel je ne pouvais me soustraire, et qui partout me poursuivait... cette passion dont je blâmais l'extravagance, mais que je ne pouvais du moins m'enipêcher de croire réelle... tout cela, malgré moi, m'avait émue , m'avait touchée , m'avait inspiré pour vous un sentiment d'intérêt, de crainte, de pitié... peut-être plus encore... ou du moins cela pouvait venir... c'est possible... je n'en sais rien... mais ce que je sais , monsieur, c'est que maintenant, et après votre conduite, je n'éprouve plus pour vous que de L'indignation , de la colère, un éloignement invincible !... Oui , monsieur... c'est le mot; et la preuve , c'est que jusqu'ici , par égard , par procède , je vous avais caché le nom de la personne... qui avait usurpé le mien... mais peu m'importe à présent de vous la faire connaître... vous pouvez courir à ses pieds et li remercier... ou plutôt... tenez... tenez , monsieur... la voici... je vous laisse avec elle.

(Elle sort par la poi te h droite.) LADISLAS , se. retournant , cl apercevant

Ale.vina qui rnli 0 par le fond. Ma cousine!., adieu toutes mes espérâmes !

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