SCENE II
MARIE, LANDOUGUÉ.
LANDOUGUÉ, parlant au fond à ses chiens. Là, Blaireau! Museau noir, à basl... couchez tout de suite! C'est ça ! amours de bêtes!...
MARIE
Comment, monsieur Landougué, encore vos vilains chiens? ils vont faire un beau dégât dans ma basse-cour!
LANDOUGUÉ.
Du tout,mam'zelle Marie... ils respecteront vos canards... ils me l'ont promis... d'ailleurs je les ai attachés.
MARIE
C'est plus sûr. —M. le marquis chassedonc aujourd'hui ?
LANDOUGUÉ.
Un gros marcassin d'un an, sauf votre respect ! Joli animal ! en passant près de moi, hier, il a éventré deux chiens.
MARIE, effrayée.
Ah! mon Dieu !...
LANDOUGUÉ, à part. Elle se trahit. {Haut.) Calmez-vous, mam'zclle, Landougué n'a rien eu.
marie, naïvement.
C'est pour M. le marquis que j'ai peur ; s'il lui arrivait quelque accident!
LANDOUGUÉ.
M. Ferdinand ! ah ben ! ça ferait de beaux cris au château !
MARIE
Un jeune homme si bon, si aimable !
LANDOUGUÉ.
Et qui est adoré dans le pays!... Dès l'Age de quinze ans, quand il venait dans le village...
AIR : Adieu*, jr vous fuis , bois churnmns. Il aimait le peuple à tel point
Qu'en passant a cliaque bon drille Il donnait un bon coup de poing, Un baisera cliaqu' joli' fille.
On r'gardait ça comme un présent ; Personn' n'aurait voulu s' défendre...
En souriant.
Et c' qu'il donnait, les fill's seul'ment Avaient le droit de le lui rendre.
Oh! il n'était pas fier ! A propos de ça, et M. Maurice, le guérisseur, comment qu'il va ?... hein ?... un beau nom pour un médecin, le Guérisseur!... et il ne l'a pas volé, lui! Quel brave homme !... et dire que celui qui guérit les autres a manqué sauterie pas, et que sans vous...
MARIE
Ah! vous faites bien de me rappeler... il y a long-temps que j'ai à vous gronder.
Moi?... pourquoi donc?
MARIE
Pour vos maladresses. Toutes les fois que vous venez voir le docteur, vous n'en finissez pas avec vos rabâchages. {Le contrefaisant.) Dieux! monsieur Maurice... l'avcz-vous échappé belle!... Et comment que ça vous a donc pris ?... et comme c'est heureux que mam'zelle Marie, que vous ne connaissiez ni d'Eve ni d'Adam, se soit trouvé là!
LANDOUGUÉ.
Dame, ça me fait du bien de faire vot' éloge!...
MARIE
Et vous ne vous apercevez pas de mes signes ? de l'embarras du docteur, qui se donne un mal pour retrouver ses souvenirs?...
LANDOUGl É.
Oui... c'est drôle!... il paraît que la tète est revenue sur tout... exceptésur sa maladie!... oh! là-dessus... bernique... pas plus de mémoire.... MARIE, avec un soupir.
J'espère bien qu'il ne la retrouvera jamais* Il ne voudrait plus me voir!... car... c'est moi qui suis cause de tout !...
LANDOUGUÉ.
Vous, mam'zelle?
HABIB, baissant la voixl
Je n'en ai jamais parlé à personne!... mais, comme vous pourriez me faire encore quelque gaucherie...
LABD0U61 r.
Dame ! quand on ne sait pas... une bètisc est si vite lâchée...
MARIE
Et si vous saviez, vous seriez discret ? landouoi i .
Pardi!
MARIE, lui montrant le fauteuil.
Mettez-vous là.
lanihh t.i é, l'asseyant auprès d'elle.
De tout mon cœur. Eh bien ?
MARIE
Eh! bien, il va six mois, j'arrivais de Paris, à pied, sans ressources. D'espérant d'appui que d'une personne pour qui nia mère, en mourant, m'avait
MAURICE
donné une lettre... et qu'après bien des recherches inutiles on m'avait dit habiter ce village. J'avais déjà frappé à plusieurs portes, quand je me présentai a celle-ci... M. Maurice était là... dans son grand fauteuil... — Que voulez-vous? que cherchez-vous, dit-il? — Une personne à qui je suis recommandée... M. Auvray... ? A ce nom... il se retourne vers moi, pâle, tremblant. — Auvray !... qui vous a appris ce nom? qui vous a dit?... Auvray est mort !