‹ Pièces de théâtreChapitre 404 sur 1241 · UN PAYSAN · texte numérisé non relu

UN PAYSAN

Merci, monsieur Maurice... Etlamère Gervais...

MAURICE

La mère Gervais?... j'y passerai a deux heures... Allez, allez, adieu...

tous, en disparaissant.

Adieu, monsieur Maurice. Vive le guérisseur!

MAURICE, au fond.

Jacques bouchonne bien Cocotte... qu'elle n'aille pas gagner un rhumatisme!

MARIE, courant à lui.

Bonté divine ! il est tout en nage !

MAURICE

Ce n'est rien, ma bonne!... un petit bain de vapeur.

MARIE, l'essuyant avec son mouchoir.

Si ça a du bon sens de se mettre dans des états pareils!... Mais d'où venez-vous donc?

MAURICE, débarrassant ses poches de trousses, d'étuis à lancettes, etc.

De nous promener.

MARIE

De vous promener?

MAURICE

Oui, ligurc-toi... Je revenais d'Épinay... (Le gros Pithou est hors d'affaire, je le purge demain. ) Je rencontre au bois Carreau M. Ferdinand, M. d'Hérigny et tous leurs amis qui allaient entrer en chasse! Ah!... ( décidément, l'enfant de Millochau, c'est la rougeole, elle se présente très-bien ) Ils allaient donc entrer en chasse; un tapage d'enfer, les cors, les chiens et des cris dès qu'on m'aperçut!... Ah! c'est le docteur, c'est le docteur ! il va être des nôtres!

marie, se récriant.

Vous! ah! ben!... et Cocotte, qu'est-ce qu'elle aurait dit de ça?

MAURICE, gaiment.

Cocotte est une vieille folle, ma chère, qui ne sait pas résister à la tentation! ce vacarme l'avait mise en gaîté, elle me faisait déjà de petites courbettes; ma foi, je me suis dit: Cette pauvre brie n'a jamais rien vu de semblable; quand je lui donnerais ce plaisir-là une fois dans sa Nie! LAlfDOUGUB.

Et vous avez suivi la chasse?

MAUniCE.

Pendant une heure, jusqu'à un fossé de vingt pieds! Cocotte s'est arrêtée tout court; la raison lui est revenue. Je lui ai dit: «Vois, ma bonne? pendant que nous y sommes? si le cœur t'en dit.» Elle a secoué les oreilles; alors, j'ai crié à ces jeunes fous : « Amusez-vous bien, rompez-vous les os; comme il l'atil quelqu'un pour vous les remettre-, vous savez où je demeure. Et me voilà.

MARIE, le grondant.

C'est joli! vous exténuer, risquer une rechute, quand vous êtes à peine remis!

MAURICE

Allons, gronde, gronde, gronde! (A Landougué.) Les gouvernantes de curés et de médecins, c'est leur bonheur! ( A Marie.) Après cela, ma bonne Marie, tu as le droit de me gronder, toi! (A Landougué.) Elle m'a soigné cette chère enfant, avec un cœur, un dévouement...

LANDOUGUÉ.

Oh! ça, c'est vrai; quand vous battiez la campagne, elle pleurait!

MAURICE, lui prenant la main.

Pauvre petite! Je t'ai donc bien effrayée î

MARIE

Oh! oui... surtout le jour où, au milieu de votre fièvre, vous avez dit en vous tâtant le pouls : On m'a appelé trop tard ! le malade est perdu.

MAURICE, étonné.

J'ai dit cela?

MARIE

Heureusement que le lendemain vous aviez meilleure opinion... vous vous ordonniez des tas de drogues.

MAURICE, effrayé.

J'espère qu'on n'a tenu aucun compte...

MARIE

Si fait! vous avez tout pris.

MAURICE

Tout? cela fait frémir !

Air : Je loge au quatrième étage.

Se peut-il, ma pauvre Marie?...

J'avais perdu l'esprit, vraiment !...

Avaler une pharmacie...

De quoi tuer un régiment !...

Et me retrouver bien portant!

Plus d'un confrère qu'on admire

( Avec un geste expressif. ) M'eût peut-être... Ça prouve enfin Que l'on a bien raison de dire Qu'on est sou meilleur médecin.

MARIE

Votre confrère de Châtillon l'avait bien recommandé! 11 disait que dans votre délire vous a>iez encore plus de tête que tous les médecins du département.

MAURICE, gaiment et se touchant le front.

C'est donc cela qu'il ne m'en est plus resté; car je veux mourirsi je me rappelle un mot, et quand j'essaie de chercher...

MARIE, vivement.

Eh bien! ne cherchez pas... moi, je vous le défends.

MAURICE, lui donnant une petite tape sur la joue.

Oh ! ce petit docteur en cornette !... Il n'y a pas de danger, va... je me porte bien... j'ai un appétit...

LANOOl (.1 1 .

C'est comme moi... je dévore!., ça fait plaisir.

MAURICE

Oui; mais loi, tu manges trop, ça te jouera

MAURICE

quelque mauvais tour. ( Lui montrant sa pharmacie.) Je me chargerai de ton déjeuner un de ces matins.

landougué, faisant la grimace.

De votre bouteille noire?... oh! non, monsieur

Tu es bien dégoûté... A propos, tu ne sais pas un bonheur qui t'arrive?... ta cousine Gloussard va encore donner un héritier à ton cousin Gloussard.

MARIE

Pauvres gens! c'est le cinquième;

MAURICE

Je leur ai dit : Mes enfans , vous D'étés pas raisonnables! tous les ans... tous les ans!... Enfin j';ii promis d'être parrain de eelui-ei... c'est mon droit! [A mi-voix à Marie.) Tu diras au bouclier de leur porter de temps en temps... et puis quelques bouteilles de vieux vin.

MARIK

C'est ça, vous pensez toujours aux autres et jamais à vous. Vous êtes encore sorti à jeun ce matin... je vais vous chercher un bon bouillon, bien chaud.

macrice, qui a pris le bras de Landougué machinalement et qui lui tâte le pouls.

Hé non, je vais déjeuner!. ..Fais plutôt donner double ration à Cocotte, parce que nous autres chasseurs...

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