‹ Pièces de théâtreChapitre 418 sur 1241 · SCENE XIV · texte numérisé non relu

SCENE XIV

MAURICE, MARIE, FERDINAND, caché.

MAURICE, « Marie.

Je te dis que nous avons tous des tètes do linottes.

Pourquoi donc? (A part, en regardant.) Il est parti.

MAURICE

Nous avons oublié le principal : après avoir vu la mère Gervais, qui va à merveille, et avoir laissé le baron à ses grandes aventures, j'ai rabattu chez le maire, pour ton mariage... les publications...

MARIE

Mon mariage!... oh! nous avons le temps.

MAURICE

Nous avons le temps, nous avons le temps !... ces petites filles sont toutes les mêmes ; et puil quand ça ne va pas à leur idée-.] 1 u'iirc-toi, j'arrive comme un étourneau ; le maire me demande tes papiers pour commencer l'acte; je suis resté là, devant lui, la bouche ouverte.

MARIE

Mes papiers!..

MAURICE

Mais certainement, ma bonne, on ne se marie pas sans papiers; j'ai promis de les lui envoyer tout de suite; ainsi, Noyons, donne-les-moi. mauie, troublée.

Mes papiers! (A part.) Je n'y pensais plus ; Ils sont avec cette malheureuse lettre qui a failli le tuer, et s'il la revoyait...

MAURICE

Eh bienl où les as-tu mis ?

MARIE , troubl Je ne sais, monsieur Matinée... je ne mo souviens pas...

mai -un r.

Tu me les as peu! être donnes a serrer, et avec

ma tète... il faut rhnvher.

11 \.i vers khi secrétaire.

MARIE, l'arnUaiit.

Non, non ; je me rappelle maintenant, je n'en avais pas.

MAURICE

Tu u'avais pas de papiers! quelle tiisloirel* .

MAGASIN THEATRAL

tu les tenais à la main en arrivant ; je te vois encore... j'étais là: tu es entrée...

MARIE, à part.

0 mon Dieu!... la mémoire qui lui revient 1

Maurice, allant au secrétaire.

Je suis sûr que nous allons les trouver dans quelque coin...

marie, s'élançant devant le secrétaire.

Eh bien ! non ! vous ne les verrez pas !

MAURICE

La belle finesse ! ils sont là.

J'aime mieux ne pas me marierl

Maurice , riant.

Pour ne pas montrer ton acte de naissance... tu veux faire la coquette avec l'état civil. {Il la repousse du secrétaire et l'ouvre.) Quel enfantillage ! MARIE, plus troublée.

Monsieur Maurice! monsieur Maurice ! je vous en prie... j'aime mieux tout vous dire: [Hésitant.) C'est qu'avec ces papiers il y avait une lettre... MAURICE, cherchant toujours.

Pour moi?... d'un malade peut-être? Le pauvre diable a ouïe temps d'attendre ! Ne fais donc plus de ces oublis-là. (Ouvrant un tiroir.) Eh! tiens ! j'étais bien sûr!. ..les voilà dans le tiroir à secret... ton extrait de baptême... et cette lettre... (La regardant elpoussant un criétouffé.) Ah... cette écriture!... encore elle! au bout de vingt ans ! marie, s'élançant et le soutenant.

Monsieur Maurice, ne l'ouvrez pas, ne la lisez

pas!

MAURICE, tremblant d'émotion.

Pourquoi?... je veux savoir... Henriette! l'indigne! oser m'écrire !...

marie, à part.

Ma mère ! (Haut.) Qu'avez-vous donc?

Maurice, hésitant.

Tu t'étonnes, ma pauvre Marie, de me voir si tremblant? c'est que, vois-tu, sous cette écorce grossière, il y a une ame faible... l'ame d'un enfant, qui n'a pu résister au premier choc qu'il a rencontré dans la vie. (Affectant de la fermeté et ouvrant la lettre.) Mais cette fois, j'aurai du courage, de la force...

Il s'essuie les yeux pour lire.

Marie, à part.

Que faire?

malrice, lisant.

« C'est mon pauvre entant, c'est ma fille qui » vous remettra cette lettre... » (Avec colère et regardant Marie.) Sa fille , sa tille!... toi, malheureuse ?

MARIE, effrayée.

Monsieur Maurice.

MAURICE, hors de lui.

Sa fille! près de moi! c'était un plégel

marie, les mains jointes.

Oh! mon Dieu!

MAURICE

Va-t'en, va-t'en! je ne veux pas te voir!

MARIE

Par pitié .'

Maurice, avec désordre.

De la pitié!... Sais-tu ce que je dois à ta mèreî (lui saisissant le bras) le malheur, le désespoir, ma vie perdue!... Je l'aimais ah! Dieu! jel'aimais!... elle, moi, tous deux jeunes, mais pauvres ; jeluidis: «Henriette, je pars, les dangers me donnerontla fortune ; jereviendrai tel'offrir, à toi, à toi seule...» car c'était là mon rêve! cette fortune, jel'avais acquise... et quand je revenais fier et heureux... séduite, disparue !... pendant mon absence... un misérable !... Oh! alors, j'ai fui de Paris, de cette ville d'ingrats... j'ai voulu être mort pour le monde entier... Et toi, l'enfant du parjure, toi dont chaque trait me donne des mouvemens de rage, tu viendrais encore troubler le repos de mes derniers jours!.. marie, éperdue.

Monsieur Maurice !

Maurice, avec emportement.

Va-t'en! va-t'en!

marie, accablée.

Où voulez-vous que j'aille?

MAURICE

Où tu voudras !

MARIE

Mais encore ?

MAURICE

Va retrouver ta mère !

marie, tombant à genoux.

Elle est morte!

Moment tle silence.

MAURICE, frappé.

Morte ! morte ! Henriette ! (D'une voix étouffée.) Tout à la fois !

Il cherche en tremblant la chaise pour s'appuyer.

MARIE, le voyant chanceler et voulant aller à lui.

Monsieur Maurice.

MAURICE, se tenant à la table, et la repoussant du geste.

Ne m'approche pas! ne me touche pas !... je suis calme, je suis calme... (En disant ces mots,] il tombe épuisé et reste un moment la tête cachée dansses deuxmains. Reprenant avec larmes.) Ainsi donc... cette lettre?... Henriette!...

MARIE, toujours à genoux et timidement.

Elle était mourante en l'écrivant... je la soutenais, elle pleurait, et moi aussi... «C'est ton dernier appui, me dit-elle... mais si mon souvenir l'irrite, s'il refuse de me lire... alors, ma pauvre enfant, que Dieu t'assiste, car tout sera fini pour toi sur la terre! »

Pendant ces dernieri mots, Maurin- ■ repris la lettre, et, après une pause, la lit d'une voix faible et entrecouper.

MAURICE, lisant.

« C'est ma fille qui vous remettra cotte lettre, » Maurice. Depuis dix-huit ans vous avez été » bien vengé!... Trahie, abandonnée par celui » qui me devait protection...» (A lui-même.) L'infâme! (Continuant.) « Dieu seul sait tout ce que » j'ai souffert ! Je vais mourir ; mais ma pauvre » Marie, que deviendra-t-elle après moi? C'est à » celui que j'ai tant offensé, Maurice... c'est à vous, » que je l'adresse avec confiance ; je connais votre » cœur, si elle arrive jusqu'à vous, je mourrai » tranquille, ma fille sera sauvée!.. » {Il laisse

MAURICE

tomber la lettre sur la table; Marie est toujours à genoux; sans prononcer une parole; Maurice se lève, va à elle, la relève en détournant la tête, puis V embrasse en fondant en larmes : d'une voix entrecoupée.) Tu ne me quitteras plus, tu seras ma fille!

marie, avec un cri de joie.

Ah!

MAURICE, la serrant dans ses bras.

Oui, ma fille bien aimée!... il ne sera pas dit que j'aurai repoussé le dernier vœu de la malheureuse Henriette !

Ferdinand , qui a paru de côté , et à part.

Voilà donc le sort que je lui réservais... Ah! jamais, jamais! dussé-je en mourir !

MAURICE, a Marie.

Allons, calme-toi!

MARIE, lui baisant les mains.

Bien vrai, monsieur Maurice, vous ne me renverrez plus?... je resterai toujours avec vous?

MAURICE

Toujours! oui, mon enfant, nous chercherons ton père... (Regardant les papiers.) Il y a des lettres de lui sans doute. Lisant une signature*) Le chevalier de Faverolles...Favero!lcs?... je ne connais pasl mais je le trouverai, je le ferai rougir... ou plutôt, non... tiens, nous ne le chercherons pas, il nous générait, nous n'avons pas besoin de lui pour être heureux; d'ailleurs en le cherchant j'aurais peur de le trouver. Votre petit ménage me suffira... {avec hésitation) et plus tard, quand tu seras moins agitée, nous parlerons... [avec hésitation) d'elle... de ta mère...

marie , émue.

Je ne pourrai vous raconter que ses chagrins... Maurice, avec des larmes.

Elle a donc bien souffert?

MARIE

Oh! oui.

MATRICE

Elle était seule?

Avec moi.

Maurice, étouffé par ses pleurs.

Et cet autre!... et je n'étais pas la ! je l'aurais peut-être sauvée!...

marie, lui euuyant les y Ne pleure/ pu, monsieur Maurli

MAURICE

Je te le disais bien, Mai. tuvenirs... tu

pai encore en état... Parlons d'autre cfa de quelque chose «le plus gai , de ton mai pleure plus... aUoD -■■• tu ne \ udraii pai faire de ! d vieux Maurice... que je te voie sou*

lin'...

MARIE, souriant tes lai

Oui... oui, monsieur Haui

mai Bien, r mbnuumt.

Allons... allons, < 'est bien! non i ici,

tous trois, bien heureux... bien tr.iinjuill.-s !...

. dehors.

Suivez-moi I 6uivc/-iuoi !

Aux prermurj mots, Ir'cr.lmau.l referme h porta »ur lui.

Maurice, se retournant.

Quels cris !

MARIE

C'est la voix de Landougué!

se %y.

Les Mêmes, LANDOUGUÉ, précédé de garde*

à la livrée de la marquise, et de paysans.

CHOEUR

Air du Domino noir.

Suivez-moi \\ , . . . r m'ofFensc, Su.vons-le.'l^^'^troflonso, Onel qu'il soit, oui, nous aurons raison... Mon i , ( va ) . .

Nos )bras \vonJPun,rson lusolen«

El | nous | venger de sa trahison.

LANDOUGl r.

Veillez bien sur la maison... le scélérat! [Courant à Maurice et a Marie.) Ah! monsieur Maurice... mam'zelle... il est encore temps... Dieu soit loué!

MARIE

Qu'avez-vous donc?

landougué, balbutiant de colère.

Le misérable! Non, non... d'abord, il faut que je tue quelqu'un.

MAURICE

Ne tue personne et cijiljque-toi.

landougué, parlant alternativement à Maurice et à Marie.

C'est une horreur! M. d'Hérigny... vous savez, mam'zelle, cette lettre que monsieur le marquis m'avait donnée pour lui?

MARIE

Eli bien

LAiroouGi û.

Je la lui remets. « On va te répondre, qu'il mo dit; attends là ! s 11 sort, et j'entends fermer la porte a double tour; je dis : Je suis pincé... c'est un piège... Je m'élance par la fenêtre, je déchire

ma veste, mais c'est égal, je coursa travers champs pour f empêcher d'enlever ma femme l

MAURICE

L'enlever!... Marie?

MARIE

Moi?

Et qui donc? via une heure que je vous le dis!

Qu'est ce que je trouve à l'entrée du petil bois, P'fcde i une voiture aux armes de M. d'il

rigny, avec deux chevaui et un postillon qui

cachaient clans le l'ouï i

■abii, i Près de I étai

MAURICE

Une roiturel l'ealevi I i mi bTtMi dans •m I ravri enfant I | .1 lui-mémt.) Comme

reulenl donc pas me laisser une consolation] Haut.) je rerrai ce M. d 11

1 ; Bulvi /-moi!

'!.- lois, des lubuuaux, et s'il le fallait... Venez! venez!...

MAGASIN THEATRAL

tous, voulant le suivre.

Oui, oui.

Pendant ce temps, Ferdinand est sorti doucement de la serre, derrière les paysans, et paraît au fond, comme sil arrivait du dehors.

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