SCENE VI
MAURICE, FERDINAND, sur le canapé à gauche.
Ferdinand, à part et les bras croisés.
Ils me croient leur dupe!...
Maurice, au milieu du théâtre et l'examinant. Ah ça!... s'il reste toujours les bras croisés... je ne sais pas comment je pourrai lui tater le pouls.
FERDINAND
Eh bien! docteur?...
Maurice, s'approchant.
Ehbienîehbien ! vous êtes gentil!. ..c'esteomme ça quevous me recevez!... un ami qui vient vous voir!... Vous ne m'avez pas seulement tendu la main!
Ferdinand, la lui tendant.
Ah ! pardon !
Maurice, la prenant.
A la bonne heure!... {A part.) La peau sèche et brûlante!... {Lui tâtant le pouls en causant.) Je n'aime pas les façons; mais, au moins, on vous témoigne qu'on est le bien venu!
FERDINAND
Vous!... toujours!... J'éprouve un bonheur à yous voir!... {Avec hésitation.) Il n'y a rien de nouveau dans le pays?
Maurice, lui tâtant toujours le pouls à la dérobée.
Non... Ah! si fait. Le sous-préfet vient d'être changé... et puis, le chemin de la. commune, vous savez bien, le chemin creux, il va être pavé... décidément... dans une vingtaine d'années!... Ferdinand, avec plus d'embarras.
Et... chez vous... tout va bien ?
MAURICE
Dam... vous voyez... je me porte à merveille. (.à part.) Une fièvre lente!... et ce regard morne...
Il laisse aller sa main en secouant la tête.
FERDINAND, souriant.
Vous avez fini, docteur?... Je ne vous ai pas gêné... je me suis laissé tater le pouls tout à votre aise!...
Maurice, un peu déconcerté.
Tater le pouls!... moi ?... Le diable m'emporte si j'y ai pensé! {Voulant lui reprendre la main.) Après cela, si vous y tenez absolument... Ferdinand, la retirant.
Allons, point de détours!... les malades ont l'oreille fine, docteur... Ma grand'mère est inquiète... on vous a fait venir.
MAURICE, souriant d'un air de confiance.
Vous croyez?... Que voulez-vous?... ces bonnes gens s'inquiètent de tout... Ils vous voient un peu triste, un peu souffrant... et tout de suite... ils s'imaginent... {S' asseyant près de lui et sepenchant à son oreille.) Est-ce que la bonne maman ne m'a pas chargé de vous faire des questions... {riant) de vous faire jaser!
FERDINAND
Aht...
MAURICE
MAURICE
Elle s'adressait bien !... moi qui déteste... C'est vrai, j'ai en horreur les médecins qui vous mettent sur la sellette... Qu'est-ce que cela signifie de tourmenter un malade... de lui rabâcher sans cesse : Avez-vous des contrariétés, des peines?... Eh! mon Dieu! s'il a quelque chose... il vous le dira!... Il sait bien qu'on n'est pas sorcier!... (Changeant de ton,el interrogeant son regard.) lisse figurent que vous avez quelque grand chagrin?...
FERDINAND, ému.
Un chagrin !
MAURICE, l'observant.
Oui! comme je disais à la bonne maman, ça n'est pas probable... avec sa fortune, son nom. Ferdinand, à part, en soupirant.
Mon nom! ah! qu'il me coûte cher!
MAURICE, suivant tous ses mouvcmens.
Ce n'est pas l'ambition? Qu'est-ce qu'il pourrait désirer ? des pertes de jeu ? fi donc ! il ne joue jamais! [Plus lentement.) Il ne pourrait donc y avoir qu'un amour secret.
Ferdinand, tressaillant. Un amour 1 non.
Maurice, à part.
C'est cela ! (ïlaut.) Eh bien, on n'en meurt pas. J'ai été jeune comme un autre, je m'en souviens! on a peur de tout, on ne voit que des obstacles... quand il serait si facile, en s'expliquant, en disant: Voilà la personne ; il y a peut-être quelques difficultés, voyez à arranger cela, et...
Ferdinand, se levant et lui prenant la main après un silence.
Ecoutez, docteur!
Maurice, à part et se levant aussi.
Il va me la nommer... il n'y a que manière do
s'y prendre!
Ferdinand, lentement
Je ne chercherai pas à le nier! oui... [montrant son cseur) il y a là un amour profond, qui n'est connu que de moi... de moi seul.... car, Dieu merci, je n'ai pas à me reprocher... mais ce secret mourra avec moi, et jamais personne ne le saura! Maurice, à part.
Excepté moi! je le saurai! (Haut, et brusquement.) Eh bien, qui est-ce qui vous le demande? ce que cela me regarde?
Ferdinand, a lui-meme et avec émotion.
Nonï jamais! un désespoir! un scandale pour toute la famille!... et ma pauvre grand'mèrc! elle '•u mourrait!
mai ku.i;, « }>art.
Un désespoir) un scandale!... qui diable ça peut-il être? liais je De lâche pas prise facilement, ei j'épierai si l>i«n ses moindres émotiona... sortant de •>" rêverie.
Parlons d'autre chose, docteur!
MAI mil', iê rajijirochmil de lui.
De tout mon coeur! Comme Je tous le disais, le
chemin de la commu m de votre pue,
»upe net (rente atpens... malSTOUS .oiie/
l'indemnité pour vingt-cinq perches! voilà à peu
1 M |. |, Il | ■
MARIE, entr'ouvrant la grande porte vitrée à
droite.
Je me perds dans ces grands corridors. {Apercevant le docteur et Ferdinand, et refermant la porte sur elle.) Ah ! mon Dieu !
Ferdinand, qui a levé la tête en même temps et qui l'a aperçue.
Qu'ai-je vu?
MAURICE, le regardant.
Hein? qu'est-ce que c'est?
Ferdinand, à lui-même et très-agité.
Marie! Marie ! près de moi !
Maurice, l'observant.
Eh ! mais, ce trouble...
Ferdinand, à lui-même.
Oh! non, non, c'est un jeu de mon imagination ! Insensé !
Il se jette sur le canapé' en se caclianl la fî
Maurice, saisissant les derniers mots.
Qu'est-ce qu'il a cru voir ? est-ce que par hasard la personne serait ici dans le château? ( // tourne la tête et aperçoit la Baronne qui est entrée par le fond à droite, et qui s'avance sur la pointe des pieds.) Ciel ! sa tante !
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