SIL1 1\, MENDOCE
Six via. Seigneur cavalier, ce m'est d'un bon augure de tout voir chez moi, Lorsque
j'avais du que j'irai* chez tous. Ne vous
ASSeï f /-vous point ?
mi.ndiii i . Mille !.. Je voulais
roui remettre ces bijoux que vous m'aviez
Confiés, Lui donnant un .77///.). le vous les
rappoi i us.. . les i oici.
SILVIA. Pardonnez-mi eur Die-
maii L'écrin n'en était pas. [Montrant
les armes el lu couronne imprimées sur / <•-
crin. Je ne suis pis marquise. ( EUeuwre
in ) Ce ne BOOt point là mes l>ip>u\,
monsieur; ceci est un collier beaucoup plus magnifique et plus splendide. .Votre
maison possède une propriété merveilleuse, celle de changer les perles en diamans. Le moyen est nouveau, ingénieux et galant, et je vous remercie; mais je n'accepte pas.
MENDOCE. Vous vous trompez tout-àfait, senora, ce n'est point un cadeau, c'est une restitution.
SILVIA. Que voulez-vous dire?
mendoce. Que les bandits dont je vous ai délivrée, profitant du moment où j'étais sorti pour vous reconduire, ont pénétré chez moi...
SILVIA. Et vous ont volé?
MENDOCE. Hélas! non pas moi, mais vous.
SILVIA. Je vous préviens que je ne crois pas un mot de cette aventure; mes voleurs ont été vus à l'autre bout de la ville.
MENDOCE. Cette aventure est pourtant parfaitement vraie, je vou l'affirme.
siLViv. C'est possible... Mais est-ce une raison pour venir parler de bijoux perdus à celle qui allait perdre la vie, et à qui vous l'avez sauvée? au lien de cela, parlons de vous, de vous, mon libérateur... Savez-vous qu'en réfléchissant à ce qui s'est passé hier soir je ne saurais trop remercier la Providence?
mendoce. La Providence, madame!
SIL\I\. Sans doute... Ne fallait-il point que la Providence s'en mêlât pour que je rencontrasse à point nommé un seigneur jeune, brave, vivant en anachorète au milieu d'un bois, dans une maison isolée? Les ermites portant épée sont rares à Séville, et je suis sûre que, si vous vouliez vous auriez des chose beaucoup plus intéressantes à me raconter que cette histoire de diamans, qui n'avait pas le sens commun, convenez-en ? Par exemple, ne pour riez-vous me dire quelle aventure vous a forcé d'oublier à Séville le nom que vous portiez à Burgos?
MENDOCE, Comment vous sauriez. .. ?
silvia. Le seigneur Mendoce se souvientil d'avoir fait, il y a six mois, la route de BurgOS à Barcelone ?
MENDOCE. Sans doule.
SILVIA. Et se rappel le-t-il encore que quelques lieues en-deçà de Sarragosse sa voiture se brisa?
MENDOCE. Oh! oui, oui... Et ma tête porta (outre un rocher, et je m'évanouis...
s 1 1 \ i v . Et lorsque vous revîntes à vous vous étiei sur un lit, étendu, blessé...
MENDOCE. Ries yeux s'ouvrirent, et, à travers le voile qui couvrait encore nus paupières, je vis une femme qui, penchée sur moi, semblait attendre avec anxiété mon retour à la vie ; je ci U9 alors que c'était
PIOUILLO.
un ange qui venait me chercher pour me conduire à Dieu... Je tendis les bras je voulus me soulever, la force me manqua, je m'évanouis une seconde fois, et lorsque je repris mes sens... elle n'était plus près de moi... Je demandai ce qui m'était arrivé et comment je me trouvais là... et l'on ne put rien me dire, si ce n'est...
silvia. Que cette femme vous avait rencontré mourant sur la route, vous avait recueilli dans sa voiture, et conduit, évanoui toujours, jusqu'à Tudela; que là, pendant deux jours et deux nuits, elle avait attendu votre retour à la vie.. . puis, que vous sachant enfin hors de danger, elle était partie sans dire son nom...
MENDOCE. C'était donc vous... vous, madame?... Oh! oui, oui, mon cœur vous avait reconnue avant mes yeux : ce n'était pas hier la première fois que vous m'apparaissiez, et que cette voix si douce me fit frissonner jusqu'au fond du cœur!
SILVIA. Pardon, seigneur Mendoce; mais parmi tous les souvenirs qui vous reviennent, il y en a un que vous paraissez oublier, et qu'il est de mon devoir de vous rappeler, je pense:*
ai i.ndoce. Et Lequel?
silmv. Celui de votre femme.
■BNDOCE. Léonor ?
silvia. Oui; elle est cependant assez belle pour ne pas mériter cette injure.
■E1IDOCB, Oh ! si vous saviez...
SILVIA. Quoi:'
mendoce. Si je pouvais vous dire...
SILVIA. Parlez...
"M i.ndoce. Mais non, non... impossible.
silvia. Je n'insiste pas, seigneur Mendoce... vos secrets sont à vous.
MENDOCE. Non; mes secrets sont à l'exil Mais vous, madame, vous n'êtes pas prose rite, forcée de fous cacher, de changer de nom... vous n'avez aucun motif de ne pas me dire qui vous êtes...
silma. Aucun... car ma vie est beau- <oiip moins mystérieuse que la votre.
Veuve I vingt-deux ans...
mi MHM.r. ,) part. Veuve !
SILVIA. Maîtresse de ma fortune...
mi ndocb. Oh! que m'importe cela?
SILVIA. Douée, à ce que l'on dit, de quelques igrément.. .
MiMMM :i;. Charmante!
silvia. Romanesque à L'excès, folle des
modes nouvelles, coquette, vainc, insou-
cieuse. .. n'ayant jamais aimé, ne voulant
aimer jamais... \ous ayant retrouvé par hasard, et ne voulant pas vous revoir pour raison...
mendoce.. o madame...
LA CAMÉRIÈRE. Senora. ..
SILVIA. Eli bien ! qu'y a-t-il?
LA CAMÉRIÈRE. Lu ;;raud Seigneur qui
arrive en litière.
silvia. Je n'y suis pas.
mendoce. Oh ! vous consentez pour moi...
silvia. Point du tout, monsieur, je n'y suis pas plus pour vous que pour les autres, je n'y suis pour personne; je déteste le monde et je m'enferme chez moi pour faire de la misanthropie à mon aise. Elle sort et ferme la porte.
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MENDOCE, seul.
Elle m'aime... et ee dépit n'est rien autre chose que la jalousie... Oh! si j'avais pu tout lui dire... mais non, cela était impossible. ..Ln mot imprudent suffirait pour nous faire découvrir Oh! le
temps n'est pas éloigné, je l'espère, où je
pourrai Mais si je lui écrivais... Oui,
c'est le seul moyen... Eh quoi! on entre malgré l'ordre donné.... Quelle insolence!
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