SCENE VII
NINETTE, LOLOTTE, MOQUET.
lolotte. Là! vous voilà encore à ses genoux!... Ah! que c'est bête!... mon Dieu ! que c'est bête ! . . .
MOQUET, se levant et époussetant ses genoux. Que le diable vous emporte, Lolotte! vous nous dérangez toujours!...
NINETTE, regardant du côté de la fenêtre. Et elle fait bien!...
LOLOTTE. C'est que ça n'a pas le sens commun!... toujours à ses pieds!... vous les empêchez de travailler! Si c'est comme ça que vous espérez faire fortune tous les deux!.. (Bas à Ninette.) Tu me diras pourquoi tu pleurais toul-à-l'heure dans ta chambre?...
(bis.)
NINETTE à part. O ciel !
(Elle reste pensive devant la fenêtre , sans prendre part à la scène.)
MOQUET, avec impatience. Eli I mon Dieu! maman , on dirait que de votre temps une danseuse avait toujours le pied en l'air comme le cheval de la place des Victoires, et qu'un mari était un jobard...
lolotte. D'abord , de mon temps on ne se mariait pas... Ah ! bien oui, se marier, quelle idée 1 (se rengorgeant.) on restait demoiselle...
MOQIET, riunt très-fort. Ah! ah ! ah!
vous appelez ça rester demoiselle?., vous êtes bien honnête! merci !
LOLOTTE , fâchée. Oui , monsieur M oquet, quand vous rirez comme un fanatique ! (avec dignité) on marchait à la gloire et à la fortune, dans ce temps-là... et on y arrivait.
MOQUET, d'un air goguenard. Possible !
mais il paraît qu'on n'y restait pas longtemps.
LOLOTTE , avec fierté. Apprenez , monsieur Moquet , que si je n'ai rien, c'est que j'ai tout mangé.
MOQUET. A qui le dites-vous?..
LOLOTTE. Des cent, des deux cent, des trois cent mille francs. . . Sous l'Empire, les grands officiers de la couronne n'y regardaient pas... avec le corps de ballet... j'avais équipage, hôtel, cuisinier, maison de campagne!
MOQUET, se croisant les bras , et d'un air de reproche. Et vous avez tout consommé:' (gâtaient.) ah ça! mais... vous donniez donc des festins... de Balthazar... chez vous... comme dans la gravure ?
LOLOTTE , vivement et avec aigreur. Estce que vous croyez qu'on pouvait recevoir la cour, et leur donner des dîners à vingtdeux sous ?
MOQUET, riant. Ah! bien ! je vous conseille d'y aller aujourd'hui à la cour, avec votre chaufferette et votre caniche!., le factionnaire vous courra dessus, fret-bien!
LOLOTTE. La cour! la cour! mais ftfttM e que vous savez ce que c'est qu'une cour? avec votre budjet , qui étrangle tout ce qu'il y a de mieux.
MOQUET, d'un air dédaigneux:. Ihin? le
budget étrangle quelqu'un? qu'ait caque
vous dites .' . .
LOLOTTE. Je parle des appointeinrn-;. ..
auâguré. Désappointement;., mais il n'y en a plus d'appoiotemani : votre bud mit en circulation un tas de paltoquets, des moitiés d'agent <!<• change, defl courtaudtde ministère; des vaudevilliste-;, des hommes d'état, des barbouilleurs de joui -
; MARI DE LA DAME DE CHOEURS
naux , qui infectent le cigare, et qui viennent s'établir gratis dans le salon des danseuses... (Avec mépris et indignation.) Allez donc vous coucher, vilain monde que vous i :
■OQUBT, à part , a+>ec surprix. Qu'es; qu'elle a donc ?
LOI.OTTE , s' animant de plus en plus.
Aussi, qu'est-ce qui en résulte .' qu'il n\ .1 plus d'Opéra, que l'art se perd . et qus la gloire est à rien. {Apec mépris On épouse des coiffeurs, des auteurs, des taillera
MIMM ET , se retour nant virement et t fierté* Ah ! mais... ah ! mai». ettH 0 | > « > 1 1 1 moi que VOUS dites ça ?
LOLOTTB«Ofl rogne, on se juive. I.i belle
poussée !
Air de Mas.inir/ta.
Cotllim Un1 ruisini. r-
Tout i'.ir^eut iju'ou doit i sou j.-ti ,
A la <-.,i>>' (l'cp u gM <>m U \>\>
I, Opéni devient pot-uu-du !
Pour une ■rtisl' , pour une femme,
M'est-e' DM un sort lni-n MJSOttl
Dfl H tuer le corps et l'.ui.
Pour n'en tirer <|ue ijuat' pour cent !
HOQUET, à part. Elle raiera tOUtC II
vie... Ah ! Gtlypso m demi solde , (Haut.) Est-ce que vous sortes , que vous voilà ornée de vos sot qu<
LOLOTTE. Vous savez Itien que je ((induis Minette (liez son directeur... n\ nxt s, Ninetti
■OQUBT. A 11 lionne lit nie ! dépèchei-
vous.
LOLOTTE, bas il Xinrttr. QnVtt CJ «pie tu as donc tOUJOUTS .» i < ;; UUeV II 1« ncti e '
ifiNiTiK, troublée, Oui ( oui, maman, je vais m'habilla .
Muni r.r, uoet un sentiment de bonheur. Cett donc sujourduni que son s<.ii se décide... qu'on la met a si place... | idihttê se plaie entre ffinette ti Mouuet, oui lui tient le bras gant lie, îûmdii OHS tfimetU mi tient
la main droite.) () Dieu! . oui , oui s
aurons aussi une BiaisOfl , un appartement
magnifique, nue voiture, et tout ça» tant que les mœurs tient gémi. , . et nous 1. 1 ons
un soi t à la nui e !
mm mi. I :te pauvre
mère .
■OQUBT, de même, .Nous li mitonnerons.
mm. r i r.. l't si jam u | BOUS lYOfM
soi \ inte nulle li\ i es dr nnte
mimii i i . vêtement, OU ! son compte i i rail !
LOLOTTI . pleurant d'attendri* sen.
\ nus m'éraouvei . nus enfant. m vous m i -
îuouve/... ( /•'//. Haçfsrl r le*
V tmi /'■ lui rend , et M
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LE MAGASIN THEATRAL
tinueavec expansion. )0ui, tu gagneras tout ça, ma fille, tu le gagneras... tu as dansé hier comme un bijou ! au commencement surtout, . . à la fin il y a eu un écart équivoque.
ninette, modestement. Vous trouvez ?
MOQUET, avec fermeté. Ce n'est pas vrai! illusion !
LOLOTTE. Je vous dis que si.
MOQUET. Illusion pure !
LOLOTTE. Tenez, c'est au moment où ce petit jeune homme de l'orchestre s'est trouvé mal.
ninette , à part. Pauvre Adolphe !
MOQUET. Vous avez vu ça par votre lucarne ; mais je dois le savoir , moi qui étais au milieu du parterre , à applaudir comme un battoir... j'en ai encore des ampouilles.
(Il regarde ses mains.)
LOLOTTE, étonnée. Vous?. . vous claquiez ?
moquet. Tiens ! pourquoi pas ?.. ma femme!., c'est permis... et si ces messieurs ne claquaient que leur famille , il n'y aurait rien à dire !..
lolotte. Tout ça n'empêche pas que Ninette n'ait dansé faux... son pied gauche n'a pas d'oreille... et pourtant ce pas là est si facile !..
ninette. Ah ! facile !.. pas trop!..
MOQUET. Je voudrais bien vous y voir, vous, avec vos grâces de 1804.
lolotte. Tiens ! il ne faudrait pas me presser beaucoup.
MOQUET. Allons donc!., vous n'oseriez pas !.. pour vous disloquer !..
LOLOTTE. Moi !..
MOQUET, oui , VOUS.
lolotte. Oh ! vous m'en défiez ?
MOQUET. Certainement!
LOLOTTE , jetant son châle à Ninette.
Tiens, mon enfant, je vas te donner une leçon.
MOQUET, au comble de letonnemcnt.Quoil elle va danser?., ah ! ah ! ah ! par exemple, je prends un billet de première! (avec importance.') pas d'orchestre !
LOLOTTE , ôtanl son chapeau. Tiens-moi ça'!., et vous allez voir!., ah ! et mes socques ! . .
(Elle les ôte.)
MOQUET , riant. Dis donc , Ninette , ta mère qui va te donner une leçon !.. ah ! ah ! ah !
minette. Il ne faut pas vous moquer d'elle, monsieur; c'était une belle danseuse !..
moquet, riant toujours. Je lai ouï dire à mes aïeux.
LOLOTTE, se posant pour danser. Voilà!.
( On entend la clariaette ; Ninette se rapproche de la fenêtre.)
MOQUET, se jetant sur le fauteuil à droite. Tiens ! tiens ! tiens !.. la clarinette ! juste le pas de quatre que tu a dansé hier.
ninette , à part. Il ne joue que ça du matin au soir.
MOQUET, à part, tandis que Lolotte se prépare à danser, et pendant la ritournelle de l'orchestre. Qu'est-ce que nous allons voir? (Lolotte commence son pas , Moquet rit aux éclats. ) Eh bien! eh bien!., le diable m'emporte, elle danse !.. la voilà partie !
(// chante à demi- voix.) Hanneton! vole, vole , vole...
Ton mari est à fccole...
NINETTE , de loin , à Moquet. Voulezvous bien vous taire ?.. pauvre mère !.. at-elle encore du jarret !..
MOQUET , la regardant, et suivant du geste tous ses mouvemens. Est-il possible de se décarcasser comme ça ? ( Riant plus fort ) Ah ! ah ! ah ! arrêtez donc!., ô louqsor ! louqsor ! louqsor ! (se tordant) ah ! ah ! je n'en puis plus ! jai la rate prise ! oh ! oh !
LOLOTTE, se renversant avec grâce. Hein! une branche de saule !
moquet. Pleureur ! pleureur!., gare derrière !
LOLOTTE , dansant toujours. Qu'est-ce que vous dites de cette passe-là?.. Augereau en était fou !..
moquet, riant. Casse-cou! prenez garde à la commode.
(Aux dernières mesures du pas, Lolotte se dessine gracieusement et se dirige de cAte, vers Mocruet.)
LOLOTTE. Soutenez-moi !
MOQUET, effrayé t se levant précipitamment, et laissant Lolotte tomber exténuée sur le fauteuil. Soutenez-vous vous-même...
(A Lolotte, quand elle est assise. ) Je vous demande un peu, à votre âge, se permettre des écarts de cette nature-là !
ninette. Ah! que c'est bien ! et que je voudrais danser comme ça!..
MOQUET, avec autorité. Je te le défend* rntends-tu !.. (A Lolotte, se penchant ver-* elle. ) Vous ne vous êtes rien démis , la mère ?
LOLOTTE , rayonnante. Il me semble que je n'ai que vingt ans, et que je suis redevenue déesse !..
MOQUET, après l'avoir regardée un instant sans rien dire, dit, comme pour la satisfaire, et très sérieusement. Allons, c'est trèsbien ! c'est très-bien !
(On entend un coup de sonnette.)
;. On
NINETTE
sonne!..
LE MARI DE LA DAME DE CH01
MOQUET , à Lolotte d'un air goguenard.
j)li bien î déesse... allez ouvrir la porte... LOLOTTE, je ne peux pas, je suis tout issoufïlée î
HOQUET, redescendant la.uene et à part. \e le crois bien !.. des pas comme ca !.. 'aimerais mieux être cheval des hironlelles. ( On sonne encore. ) On y va !.. Air de V Apothicaire, Ma paroi1, j'en suis tout saisi, Diable (le Venus que vous êtes...
Est-ce en vous démanchant ainsi Que vous faisiez, tant de conquêtes?
lolotte, avec fierté, Oui, mon cher, après un tel pas, Les plus tiers devenaient uics csHav< s \
moquet, a part.
Dam! dans ce temps-là, je n'dis pas...
L'empire ! c'était l'époque des lu.r.
LOLOTTE , se Usant. Hein ? qu'est-ce [ue vous dites?., qu'est-ce qu'il a dit?.. (Elle s'arrête et regarde Nlnette.J
SŒÏNL VIII.