SCÈNE XI
LADY NELMOOR, puis ARTHUR.
LADY \ELMOOR seule un instant. Elle se lève vivement, regarde la lettre quelle tient encore et la cache dans son sein. Voilà-t-il asses de choses désagréables/ Emma étaitelle contente / Il lui semble qu'il me serait impossible de plaire à monsieur Arthur. [Souriant) Pourtant, si je le voulais bien/ mais non certes, non pas / Je vais le renvoyer de la bonne manière. Elle va ouvrir la porte de la pièce où est Arthur). Sortez , monsieur, sortez, je vous prie /...
ARTHUR. Ah/ vous êtes seule enfin, madame , ils sont partis.
lady aelmoor émue et colère , mais tâchant de se contraindre. Oui , je suis seule/
ARTHLR. Quel bonheur.
LAD! OLMOOR d'un ton froid et très sévère. Et disposée, monsieur, à écouter ce qui vous reste à me dire/ c'est tus-important sans doute a en juger par tout ce que vous avez fait pour obtenir cet entretien.
Arthur souriant. Ah / vous savez , madame?
LADY KELMOOR. Pat lez-donc, monsieur, puisque je veux bien vous entendre.
ARTHUR. Quel ton froid et sévère.
LADY KELMOOR. Vous trouvez ?
ARTHUR. Vous n'étiez pas ainsi tout à l'heure /
ladv SJBLMOOR. Tout à l'heure? c'est possible ! mais que disiez-vous alors quand on fOUf a interrompu ?
ARTHUR. Oh / il m'est bien facile do le répéter ; car c'est une pensée qui ne me quille pas / Je disuis , madame, que le bonheur de vous plaire eût été la plus grande ambition de mon cœur.
LAW RtXMOOE. Ah /
1RTHUR. Kl qu'être limé de roui eût réalisé toutei inei espérances/
LAD! m i.mooh , Vraiment? « C'est original n'est-ce pas ? — « jj cous §ves là
une Imn siinjulicre idée !
artiiur. Que signifie ce ton moqueur?
LADY KELMOOR cH't'C beaucoup d'ironie.
Non, je ne me moque pas / pourquoi donc me moquerais-je ? il n'y a rien de plus sincères que vos paroles / Vous exprimit z si naturellement tout à l'heure ce qu'une âme aimante et bonne peut éprouver, qu'on voit bien que vous êtes incapable d'essayer de tromper une femme sur les sentimens qu'elle vous inspire /
ARTHUR. Ce cruel langage est-il une punition du passé ? Quan 1 je mentais , on me croyait / ne me croit-on plus quand je dis vrai ?
lady KELMOOR, toujours ironique. Oh / sans doute , vous dites vrai, ce n'est pas vous qui chercheriez a pénétrer par surprise dans le cœur d'une femme craintive et réservée / qui voudriez, par défi et comme difficulté vaincue lui inspirer des sentimens que vous n'auriez pas, que vous ne pourriez jamais avoir peur el'c.
ARTHUR. Mais vos paroles , le ton dont vous les prononcez . m'étonnent et me troublent. Ah/ madame , cette amère dérision ....
lady KELMOOR d'un ton plus sérieux.
Oh î oui , ce serait une amère dérision, comme vous dites, si rencontrant une femme modote, sans prétentions, un homme employait auprès d'elle , par bravade, ce langage fait pour séduire /
ARTHUR. Mais cela est impossible.
LADY NELMOOR. Si , la poursuivant jusque dans la retraite , où elle veut cacher plus de défauts que de beauté /
ARTHUR , cherchant d se souvenir. Qu'estce donc /. . . Je m'y perds.
LADY NELMOOR. Il venait lui exprimer tout ce qui peut porter dans l'âme, le trouble et la persuasion ! Et si alors, la pauvre dupe croyant qu'elle est aimée, (marinant que ce rêve de la vie des femmes , ce bonheur qu'elles devinent et qui fuit toujours devant elles, l'amour fondé sur l'estime, garanti par la noblesse du cœur, exprimé par la délicatesse; s*imaginan1 disje. qu'elle a rencontré tout celai si elle abandonnait son Ame a cette espéranoe
pour découvrir ensuite qu'un étourdi
joué de ion repos, l'est moqué de son
bonheur . et pour rester d'autant plus
malheureuse qu'il lui faudrait renoo l'espoir d'être aimée après enaroirenl tout le charme ! [elle s'êêi un pm HUndriê vu* têt dernière pkrûêtê). Oh ! oui, ce sérail uoe amer e dérision.
Il rniR. Si vous taries quel (rouble
agite mon aine.
LAD\ ALUMOOR , rcuti.uit d un ton plus
LE MAGASIN THÉÂTRAL
calme et essayant de sourire. Heureusement, monsieur, rien de tout cela ne pouvait arriver ! vous nous avez donné des armes pour nous défendre, ( elle sourit et lui donne la lettre) et voici un bouclier sous lequel notre cœur était aisément invulnérable !
ARTHUR, attire. Ciel ma lettre/ à ma cousine !
LADY NEI.MOOR , C'e;t dommge, n'est-ce pas. C'eut été une entreprise si originale que de chercher à plaire à Lady >» Imoor.
Aliilïl il. Je Mii- perdu.
L\in NELMOOR. lh ! bien, monsieur ?
ARTHUR* confus. Eh ! bien madame ?
LAJN NELMOQR. Cette lettre ?. . .
ARTHUR. Je ne puis la nier !
LAJDl HELMQOR. Et?
ARTHUR. Lt Lady Nelmoor ne la pardonnrra jamais! j'aurais beau lui dire (pie chaque lois que je |'ai vue depuis ce jnomeui, une impression nouvelle, vive et profonde •» rempli mou âme de tendresse et d'admiration, . .
LAJN NELMOOR^ l'Ile ne vous croirait pas
Ai'iiiiui Je suis bien malheureux !
LAD1 NELMOOR d la psyché, 6 tant son chapeau. Cette pauvre Lady >eimoor est ii laide !. . .
ARTH1 II. Je n'ai pis écrit cela !
LAD1 NELMOOR , ajustant ses cheveux.
Elle cache ses cheveux parce que elle ne pourrait pas les montrer.
Aivniiu. Oue vous êtes cruelle '.'. .
LADÏ M.I.UOOU. Otant sa mantille et la jetant sur la table. Sa taille est certainement de travers , elle l'enveloppe avec tant de soin !
ARTHUR Madame
Labi iblmqqr. Sans goût, comme sans
grâces, «lie ignore cet art de donner à la coquetterie un air de négligence ! d'être Simple avec élégance ! gracieuse sans affectation.
ARTHUR, Pcxaminant enchanté. Mon Dieu, sous quel ISptCt nouveau !
LâDI M.1.M001;, d'un ton plus sérieux.
Lady ÏSclinoor, monsieur, avait été choisie par son mari pour >a figure et ttt talen s; elle avait brillé par son élégance; et tout cela, en flattant sa vanité, n'avait pas satisfait son cœur! aussi dédaignant les hommage* et méprisant l'amour, elle sVtait proûfifl de De -aurifier sa liberté qu'à la seule amitié !
ARTHUR. L'amitié? vous !..
RAM \1x\100r,. Bl vous êtes venu monsieur, insultera sa rais**, qui vous condamne,! défier son cœur, qui vous échappe, vous moquer de sa figure. , ,
ARTiîUR. Qui s'en venge bien.
MvDY XELMOOR, souriant. Ah ! je lui en saurais gré.
ARTHUR. Vraiment?
LADY XELMOOR, riant d'un ah' mutin.
Oui, vous mériteriez qu'on fût ssez jolie pour vous donner des regrets ! ce serait vengeance permise que de sonhaittr de vous plaire !.. . ma colère est si grande que je voudrais . monsieur , vous paraître charmante, et qu'en vous disant adieu... . pour toujours, je voudrais vous laisser un souvenir qui ne s'effaçât jamais !
( Elle le salue et sort par la porte de droite).
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