SCÈNE X
BflRUj LADY NELMOOR, puis M. DE VEItPY, NORV10M.
1 MM\. entrant. Enfin, je te trouve! que fais tn donc là ?
i \!>v nelmoor. Tu le vois... je...
EMMA. Voilà une affaire hicu pressée pour faire oublier le déjeuner!
lady NELMOOR. Ah ! oui , le déjeûner !
EMMA. Il y a une heure que je suis toute seule dans la salle à manger; sous prétexte qu'il souffrait de sa blessure M. le comte de la Villette s'est fait conduire par M. de Normont dans une chambre; j'attendais toujours ou l'un d'eux, ou Al. de Verpy... personne n'a paru.
lady NELMOOR. Vraiment ! . . (Normont entre avec Verpy par la porte de droite.)
EMMA, à Normont. Ah ! c'est bien heureux ! pourquoi donc, monsieur, ne vous ai je pas revu ?
NORMONT. N'en accusez qu'une étourderie inconcevable d'Arthur ! Il me conduit dans une chambre. afin que je lui prépare ma reeettepour les foulures, qu'il voulait employer en attendant lemédeciu; tout-à-coup il me\piitte,appuyé sur le bras d'un domestique; il va revenir, me dit-il! point du tout! Il ne revient pas , et quand je veux soi lir, je m'aperçois que sans y prendre garde, il a tourné deux fois la clé dans la serrure , et que je BUÎS enfermé / ;-oint de sounette! je crie, on ne me répond pas ! et si M. de Verpy ne fût venu à passer et ne m'eut entendu, je serais peut-être resté toute la journée dans cette chambre/ quel étourdi que cet Arthur !
LADY NELMOOR, à part souriant. Je m'en doutais!. . c'est une nouvelle espièglerie.
U.MMY, riant. Allons! et d'un!... je parie qu'il est aussi arrivé quelque aventuie à M. de Verpy ?
M. DE VERPY. Mais oui!. . . à peu près ! une espèce de paysan m'a retenu presque de force pour me raconter une longue dispute accompagnée de coups de poing, qu'il a eue avec un de ses camarades.
J'avais beau faire et beat) dire, il ne voulait pas absolument me laisser partir,et ce n'est qu'au bout d'un grand (flirt d'heure que j'ai su qu'il me prenait pour le maire ou le juge de paix du canton.
lady \elmoor , riant. Oh ! mais !.. . c'est drôle.
M. de verpy. /« regardant avec intention. Je ne sais pas si c'est drôle; mais je unis savoir que c'est quelque mauv lis plaidant.
fcJÉDI Mi.MOOR , riant. Bah!... vous loupçonoea toujoon quelque malice.
m. de \eium. J'ai t.»rt, n'eit*oe pet?
i.maix , regardant lady Ifêùnoor. Mais ,
M. Arthur ? cA-ce qu'on le retiendrait aussi quelque part?
m. DE VERP1 . Oh! il ne me M inble pas de. ouin qa on attrapée lui, mais de. ceux qui attrapent les autre
LADI m :i.moor, riant. Ce n'est pas le plus mauvais rôle.
LE MAGASIN TfcÉlTRÀL.
normo.yt. F-t-ce que vous supposeriez Arthur copable de se moquer de nous?
H. DE VERPT. II n'oserait pas... mais j'ai l'idée qu'il a voulu se ménager un tOtea-téte.
NORMO\T. Et avec qui?
EMMA. Ce n'est pas avec moi qu'on a laissée seule à table.
M. DE VERPT. Alors!...
HORMONT, indiquant laihj Xclmoor. Ce ne peut pas être avec madame.
EMMA. Jt: ne le crois pas, car ce serait bien singulier.
LADY NELMOOR. Singulier !. . . .
M. DE VERPT. Pas si singulier que vous le pensez.
EMMA'. Pardon , pardon !. . . et je peux prouver ce que j'avance.
LADV NELMOOR. Quoi donc!... que prouvrais-lu ?
EMMA. Que M. Arthur ne peut pas, ma chère Adinc, penser à te plaire, d'après la façon dont il s'exprime sur ton compte.
■ORMORT. Et puis cela n'est pas possible, par la raison qu'il connaît nos engagemens.
M. DETERPT. Ah!... vous croyez...
EMMA. Je vous assure qu'il ne songe pas a Adine.
LADV RELMOOR. En vérité, je voudrais savoir ce qui te rend si sûre !...
EMMA. Mon Dieu!.... si tu es si curieuse, j'ai de (juoi te satisfaire c'est la ce souvenir qui me faisait rire tantôt!... tiens , voici une lettre qu'il écrivit ta sa cousine Caroline le lendemain du jour où elle te l'avait présenté. ... tu te rappelles?
LADY NELMOOR. Oui, mais comment C( tte lettre est-elle entre tes mains.
EMMA. Caroline, notre ancienne compagne, me l'avait communiquée* Je la priai de me la confier, parce que je voulais t'en donner connaissance, afin de te faire voir combien ton système de conduite réussissait auprès des étourdit comme monsieur Arthur. C'était pure amitié de ma part.
LADÏ NELMOOR, amèrement . Oh! je n'en doute pasl
m. DE \ ERP1 , moniteur. Cela se voit tout de Miite.
EMMA. Et maintenant qu'on soupçonne
M. de la Ville tte, l'instant de te faire lire ion i pitre ne pouvait-être mieux choisi. LADÏ RELMOOR BrWMMli lalettre. Voyons
(InlIC !
M. DBVERFI d part. Bon petit cœur de fi mme ! Haut) Prenei gai le , ma nièce , la curiosité es! soufenl dangereuse !
LADÏ RELMOOR Usant, « Ma chère cou-
« 9ine , chez quelle bizarre personne m'a- « vez-vous conduit. Et a?ez-vous perdu « la raison , en imaginant que je pourrais « en faire ma femme? (parlé) Comme si « l'on eût voulu de lui! {Elle Ut) Son air de « puritaine , et sa toilette singulière dé-
■ guisent , j'en suis sûr , plus de défauts « que de beauté ; les cheveux qu'on aperce çoit par hazard, cachent ceux qu'elle ne « peut montrer, et ce n'est pas sans cause « qu'elle nous dérobe sa taille j son amie,
■ elle-même me l'a donné à entendre!
(Parle) Ah / je vous remercie , Emma.
EMMA , à demi-voix. J'entrais dans tes vues , je voulais te rendre service.
LADY NELMOOR. Vous êtes trop obligeante/ Mais continuons. (Elle lit). «Il « n'y a qu'une chose qui pourrait donner « l'envie de plaire à Lady Nelmoor; c'est « qu'il semblerait très- original qu'on l'eût « enti épris. »
■ORMORT. Le moyen, après cela, de croire qu'il est amoureux de madame!
faim v. Tu me pardonnes , ma chère Adine ?
LADY RELMOOR très-colère. Et de quoi me demandez-vous pardon ? Que me font vos paroles? Que me font les sottes impertinences d'un fat?. .
M. de verpy. Remettez-vous, ma nièce, remettez-vous /
LADY NELMOOR Que je me remette ? et qui vous dit que cela me troubte ? Quel intérêt puis-je y prendre ? Je ne sais en vérité pourquoi j'ai lu ces sottises ! j'ai bien autre chose a faire, vraiment/ Et dans ce moment puis-je m'occuper de ces pauvretés ridicules , mni qui peux à peine songer aux choses essentielles tant je suis souffrante , malade.
normont. Comment, madame/
LADY NELMOOR. Oui monsieur , la fatigue, le bruit... Je viens ici à la campagne pour me reposer quelques heures dans la solitude. ... et je suis accablée de visites , d'embarras /
M. DE VERPY. Nous allons nous retirer.
LADY NELMOOR, allant s'asseoir près de la table. Je vous en prie / un moment de
repos, je n'en puis plus.
EMMA. Si mes soins. . .
LADY nelmoor. Laissez-moi , de grâce.
EMMA à part. Quelle humeur /
M. DE VERPY à part. InfortunéNormont.
RORMONT. J'espère, madame, que votre indisposition n'aura pas de suite.. . Si c'était une migraine, j'ai une recette excellente. . .
lady RELMOOR* Merci , merci , ce ne sera rien.
UN MARIAGE RAISONNABLE
KORMOXT. Ce pauvre Arthur commence à m'inquiéter aussi /. . . . où peut-il être ?
M. DE VERPY, d'un air moqueur. Ah /c'est lui qui vou> inquiclte? vous êtes bien bon/ Allons venez, suivez-moi, laissons ma nièce seule.. . c'est je crois la meilleure recelte pour son mal.
eogoooeeoeeoeooeooeooeogeoeeoogeoeeœeoeoo