‹ Pièces de théâtreChapitre 95 sur 1241 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

l l CHE1 M. Mi; D'ALBY , M. DE

Ll s>\ \

I.< chevalier entre pai le fond; l'antre pai la porta ï inche ne L'acteui .

1 1. ( ni \ m n n Eb bit d '. Lus! m, quel 1 orrible ennui L'on éprouve au château '. . ^ ingt-quatre ht lires de s içesse !... i ti op fort, il faut que et 1 1 finisse.

iis^w, il ii fuir fort triste. Je oe m'ennuie pas, moi.

i r. t. m \ m n k. \ ous êtes malheui eux cela occupe! Lassan fui/ un mouvement.) Oui, vous êtes amoureux de ma cousine, et tous êtes jaloux du marquis de S tainrille.

L088AN. Ali ! je n'y veux plus penseï Oui, je L'aimais <!»• bonne foi, < I <!«• touu mon aine. Elle pai aissait t<'Hi bée dt

MAGASIN. TUEATKAL.

constance, et j'espérais... car, veuve et libre, son cœur devait seul être consulté

pour un nouveau choix Mais depuis

l'arrivée du marquis , tout espoir m'a quitté, et mes regrets

LE chevalier. Raison de plus pour vous amuser !.. . Moi aussi j'ai des regrets : j'aime votre sœur, Lussan, et nous sommes tous deux sans fortune ; j'attends un héritage) il es! vrai ; mais penser que mon mariage dépend d'un enterrement c'est

triste!... Tant qu'on dansait, qu'on jouait la comédie, qu'on faisait mille folies au château... à la bonne heure !.. on pouvait supporte! tes chagrins... mais à présent...

LUSSAN. A présent, Mme la comtesse de Surgis attend sa tante, sa giand'tante, la présidente de Lamorinière, et tous nos amusèmens sont interrompus.

LE CHEVAL1ÏR. Bah! c'est un prétexte.

LUSSAN. Comment?...

LE CHEVALIER. Je parie qu'elle n'a annonce'' L'arrivée de cette prétendue tante que pour ramener le calme dans ce château, dont le bruit fatiguait l'indolence du marquis.

LUSSAN. Quoi ! M"" de Surgis, qui cherchait tant les plaisirs, le bruit, les fêtes!.. elle y renoncerait pour plaire à M. de Slamville?. . . Llle aimerait donc bien cet homme blasé que tout ennuie, un fat qui lui, ne peut rien aimer?...

LE CHEVALIER. Précisément : une difficulté vaincue, cela tente toutes les femmes!... D'ailleurs sa haute naissance, sa grande fortune.... 0 mon pauvre ami, il faut vous distraire, c'est ce que vous pouvez faire de mieux.,, et je veux vous aider!... Ecoutez: je vais vous faire une

confidence.

LUSSAN. Quoi nom ?

LE CHE\ VLIER. J'ai trouvé une petite

vengeauce !

LUSSAN. Ah!...

Ll CHEVALIER. Ils nous menacent d'une tante imaginaire.... moi, je vais leur en donner une réelle.

Ll JSAN. I ne tanti

LE CHEVALIER. Lilleur , mon valet de

chambre, est un garçon très-intelligent;

nous ne sommes qu'à douze lieues de Pans... il y est allé celte nuit, pom la seconde fois, et vous verre/, tout-à-l'heure arriver un rieui carrosse à L'ancienne

mode, des I hevaui qui ressemblent à ceux

de L'Apocalypse, et une tante en conséquence. Ils soni au village voisin et se disposent à faire ici une entrée triomphale, à ma grande |oie, et pour Leur mystification

à tous

lussan. Ce n'est pas possible.

le chevalier. Mais cela est!... Mme de Surgis n'a jamais vu sa tante: s'il est vrai qu'elle l'attende, elle s'y trompera... ce sera drôle!... Et dans tous les cas cette plaisanterie troublera un peu la tranquillité dont nous avons le malheur de jouir.

LUSSAN. Mais comment avez-vous pu vous procurer une tante?...

le chevalier. Soyez tranquille! ma tante est tout aimable, vive, gaie, ne pensant qu'à s'amuser ! ah ! si toutes les tantes étaient comme cela , il ferait bon être neveu, je vous assure.

LUSSAN. Mais enfin, qui est-ce?

LE CHEVALIER. Ah! ne grondez pas!...

car c'est pour vous!.. Oui tenez, Lussan, je vois bien que depuis l'arrivée du marquis vous êtes tout changé, tout désespéré : le chagrin, cela fait mal!... Il faut des distractions, et, quand ce ne serait que par amitié, je veux faire quelques folies ! .. . on se doit à ses amis !.. .

LUSSAN. Etma sœur? que dira-t-elle ?

LE CnEVALlER. Votre sœur?... c'est aussi dans son intérêt!... Toutes les folies avant le mariage, afin de n'en plus faire.après!... Ah! mon Dieu!... j'entends sa voix chut!... je m'éloigne.. . on n'aurait qu'à me retenir Le secret, Lussan!

le secret! .. .

Il sort vivement par le fond.

LUSSAN, à lui-même. Quel étourdi!...

SCK1NE II.

LE MARQUIS DE STAINVILLE, LA COMTESSE DE SURGIS, LUSSAN, Mlle DE LUSSAN.

Le marquis, la comtesse, et Mlle de Lussan entrent par la porte à droite de l'acteur.

Mme DE SUE6I8, vivement à Lussan, Quoi ! .. . le chevalier n'est pas ici !. ..

M,lp DE LUSSAN, ace.c colère. Grand Dieu!...

LE MARQUIS , souriant. 11 sera allé audevant de la présidente.

LUSSAN. Que dites-vous?

MUc DE LUSSAN. Je parie, mon frère , que vous savez tout! vous êtes le confident du chevalier.

M,m" de si iu.is. Ah ! j'espère que M. de Lussan ne se prêterait pas à une pareille inconvenance !

i.issvn. Une inconvenance?...

Mllr de lussan. Ne faites pas l'étonné, mon frère!... La plaisanterie du chevalier est connue.

Mmr de SURGIS. Nous savons tous ses projeta

i i ssw, ii pari. C'était bien la peine de

LE CIIATEAL DE MA MECE.

lant nie recommander le secret !... [Haut.) Mais comment ? qui vous a dit ?. . .

Mme DE SURGIS. Une de nus femmes a tout appris du valet de chambre du chevalier. Mais où est-il lui.'... comment empêcher cette folie?...

Mlle M LUSSAN, d part. Je n'ose pas dire que je viens de lui écrire pour le supplier d'y renom < i

M"" DE SLKGIS. Et devinez vous, monsieur de Lussan, quelle femme il a choisie pour jouer le rôle de ma grand tante ?. .. Une soubrette de la Comédie Italienne.

Mlle DE l.lSSW. Qu'on dit charmante!...

Oh! c'est affreux.

LL'SSW II s'ennuyait... beaucoup depuis qu'on était un peu raisonnable...

Mme de stiu.is. Est-ce ma faute?...

J'apprends que ma tante esta Paris et veut nie surprendre en arrivant ici à Timprovi.ste ; eh bien , savez-vous ce que c'est que ma tante?.. Une grave et sévère personne, élevée en province, mariée il y a vingt-ans à mon grand-oncle, qui en avait cinquante et qui était premier président au parlement de Dijon. Veuve depuis deux années, des affaires l'ont conduite en Allemagne, et elle aura ajouté à l'austérité des habitudes parlementaires la froide dignité germanique: qu'aurait-elle pensé en nous trouvant Occupes de mille amuseniens frivoles!

m11'- DE nssw. Elle n'a point d'en-

Essas, est i lensément riche, et vous êtes

son unique héritière.

M"'e DE Si iu.is. Lui plaire, m'en faire

aimer, moi qu'elle n'a jamais vue , c'est

mon devoir et mon désir. J'ai donc voulu qu'elle fût reçue chez moi avec tous les honneurs et tous les égards que son âge, son caractère et ses habitudes commandent;

et cette espièglerie du chevalier

LE MARQUIS. A été connue assez à temps pour empêcher que votre erreur ne prête a

rire à la société et ne dérange la réception

de votre tante. Je vous conseille; donc,

mesdames; de rentrer chacune dans votre appartement des qu'on apercevra le carde cette femme. Nos gens sont préla 1 tsse présidente ne trouvera onne sur son chemin, et une- fois qu'elle sera entrée ici, je me charge «le Is congédie] . Fiez-\ ous à moi !

■»• m u NN\\. Si... tous cherchiez à lui plaire !..

LI ■AtKQTjiS, tauriant malignement. Ah!

que je devrais lui faire la coui ,

peut-eh

m11, Dl 1 1 ssw.Pih n que pour plaisanter.

If. MARQUIS, souriant. Et pour em,

ch ci qu'un autre la lui fai

M,le DE LUSSAN. Mais ...

LE MARQUIS. Mon Dieu! si cela peut rendre service à quelqu'un, et qu'elle soit jolie, moi je ne demande pas mieux.

Mme Dl SURGIS, un peu mécontente. Ah!

vous, monsieur, qui depuis quinze jours que vous êtes ici, semblez si insouciant,

si dédaigneux vous prendriez cette

peine!

i i: MARQUIS. Dédaigneux?... Ici

Oh, non!... mais, je l'avoue, le monde et ses frivoles amuseniens ne m'inspirent plus qu'ennuis et dégoût, et je cherche un Intel et qui puisse redonner du charme à mes journées et du courage à mon cœur. Je savais, madame, que votre château était le rendez-vous de tous ceux qui placent la galté et la liberté bien avant les plaisirs de vanité et d'ostentation; que- chez vous on s'amusait sans prétention et sans soucis; que vous étiez bonne, indulgente et naturelle... Je suis venu, j'ai vu... je ne dirai pas comme César, mais enfin vous et* s veuve... il est vrai que vous n'avez pas vingt ans et que j'en ai plus de trente — Quoi qu'il en soit, ma famille me presse de me marier, et vous ne me défendez pas d'espérer.

lussan, bas à sa sœur. Je ne me trompais pas, il l'aime et je la perds, elle dont les promesses...

M",c(Ie Surgis jette nn regard rit Lnssaii.

Mlle DE LUSSAN, luis à sur/ fier,'. Oui !... crovez aux promesses d'amour. Ah! mon

frère, je suis bien malheureuse aussi.

LE HABQUIS, à /l/me de Surgis. Dans ce moment, si je veux voir celte femme, c'est uniquement pour vous rendre service et

vous venger. Permettez-moi de regarder déjà ce devoir comme mon droit.

I \ DOMESTIQUE, entrant par le fond.

\ n carrosse entre dans l'avenue.

il. MMioi is. Déjà ! le chevalier n'a pas perdu de temps.

m11, ni: i.i ssw, à part. Il n'a tenu aucun compte de ma prièi e.

LB DOMESTIQUE. Le carrosse arrive au galop clés chevaux.

I I m irquis. Il est clair que ce n'est p is votre tante; les chevaui du parlement ne vont qu'au p

LUSSAN, à pari. Si je pouvais l'apercevoii avant de i entrer dans ma chambre !

de si iigis. Retirons-nous jus [u que vous .ivi / éloigné « ette femme.

LI MARQUIS, lui offrant la main. Permettes...

Le domestique < -<t -»< >> 1 1 ; M'" «1 ■■ Snrgit, '<• marquis

et H H Lnunn toi ti ni pti I i poi t'- de droite

llss\N. fi < hli, je

MAGASIN TIlEATltAL.

dois perdre tout espoir et chasser de mon cœur ce cruel souvenir. Je partirai , je quitterai le château dès aujourd'hui et je chercherai loin d'ici les plaisirs et les distractions. Mais tâchons de voir cette actrice qui a consenti à jouer un pareil rôle. (// va à la porte du fond.) Eh! vraiment c'est une jeune et jolie femme. Comment n'a-t-elle pas seulement les hahits de son caractère? Elle approche... allons, il faut qu'elle fasse une entrée aussi solitaire dans le salon que dans l'antichambre.

Il sort par la porte «le gauche.

OOOOOOOOOOQO«»WgWg^^gffr'l>^'n'^n^>n<^nfMooQ

SCKIŒ 111.

LAVl{ÉSlï)ENTE,entrant seule pur le fond. (Encore à la porte.) Quoi donc! personne ici!. .. [Elle entre.) Personne au bout de l'avenue, au perron, au vestibule!., personne nulle part!... Si nous étions en temps de guerre, on pourrait croire que le château de ma nièce a été pris d'assaut et tous les habitans passés au fil de l'épée. Mais ici l'on ne fait la guerre qu'à l'ennui, et, si ce n'est pas toujours sans danger, les suites du inoins n'eu sont pas si funestes. Allons!... (Elle s'assied sur le fauteuil de gauche.) Peut-être ai-je eu tort d'arriver ainsi sans me faire annoncer? Feu M. de la Morinière aurait appelé cela une inconvenance. C'était un homme de mérite que M. le premier président!., et je l'estimais tant que j'avais fini par l'aimer malgré ses quarante ans de trop. Mais moi , qui en ai maintenant près de trente, et qui, au sortir du couvent, entrai dans son austère maison, je n'y appris rien des plaisirs du monde. Os plaisirs , disait M. le président, ces jeux, cette gaîté que d'autres peuvent se permettre et que moi-même

l 'ai connus jadis, mes sévères devoirs mêles défendent aujourd'hui. Ceux dont l'honn< ni OU la vie e.->t à la merci de mes lumières, que penseraient-ils si je me livrais

à la dissipation? Il avait raison, sans

doute... et moi, pauvre femme de vingt ans, je vivais connue un juge de soixante. (Elle se /(\>r.) Aussi, parfois, il s'éveillait en moi un vague désir de plaisirs inconnus.

Ma pensée s'eu\ olait vers ce inonde qui m'était interdit, et je me disais : Ildoii pourtant

Ï avoir une autie manière d'être heureuse. \ulois aussi je sentais une folle g&Ué,

une envie de rire, de plaisanter! Mais il

fallait comprimer ces joies d'enfant que les sévères habitudes de nos journées «'t les

gens si gi.ivesqui m'entouraient ne me pie-

mettaient pas. Depuis deui ans que j»1 suis veuve et libre, d'importantes affaires

m'ont conduite en Allemagne : une année

passée à Vienne m'a fait voir la société; ses usages ne me sont pas tout-à-fait étrangers, car le grand inonde est, dit-on, le même dans toutes les grandes villes. Mais c'est Paris surtout que je brûle de connaître! où il me semble que je vais commencer à vivre! Paris que je n'ai fait qu'entrevoir; car il faut le quitter bien vite si Ion ne veut pas s'y oublier. Il me tardait de voir ma nièce, de chercher près d'elle les douces et intimes affections de famille que j'ai toujours désirées. Oui, mon isolement m'attriste. Ma liberté, ma richesse sont de grands biens sans doute ! mais le plaisir de les avoir ne vaut peutêtre pas le bonheur de les donner. Aussi j'étais empressée d'arriver; et, grâce aux informations que j'ai prises, je sais qui je vais rencontrer dans ce château. C'est d'abord le brillant marquis de Stainville, dont la conquête tente la vanité de ma nièce... qui lui sacrifie l'amour sincère de M. de Lussan ; puis le cousin de Mme de Surgis, un étourdi de chevalier dont on m'a raconté mille extravagances, et enfin cette bonne petite Marguerite de Lussan, qui, dit-on, ne le voit pas avec indifférence. N'oublions pas ces renseignemens. Avec eux je ne serai pas dépaysée au milieu des gens qui habitent ici, et je tacherai de ne pas trop prêter à rire aux dépens de la provinciale. Mais on tarde bien... en entrant, j 'ai envoyé un de mes gens avertir ma nièce... Ah ! le voici...

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