LA CHANOINESSE, BONNARD, FOR5TER
LA CHANOINESSE
Ainsi, messieurs, vous ne voulez pas être de la promenade, et il faut que je vous accorde une audience particulière?
forster, très-froid, très-solennel et ne souriant jamais.
C'est pour cela, madame la comtesse, que mon ami, M. Bonnard, arrive d'Amérique, des bords du lac Ontario.
la ciianoinesse, riant.
Pour cela?
bonnard.
Oui, madame.
forster, bas à Bonnard.
Dites donc madame la comtesse! {Haut.) C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire, madame la comtesse, il arrive du pays de la liberté et de l'égalité; c'est un homme très-riche que mon ami Bonnard.
BONNARD
Pas aussi riche que vous, monsieur Forster. forster, avec orgueil.
C'est vrai ; moi je suis le plus riche propriétaire de la Louisiane et j'ai plus de deux mille esclaves.
LA CHANOINESSE, riant.
Parlez-moi du pays de la liberté et de l'égalité! aussi, je m'étonne que vous ayez pu le quitter, monsieur Forster.
forster, très-grave.
Pour jouir de ma fortune et donner des fêtes, ce qui n'est pas permis chez nous, ù cause... LA CH kNOINKSSB.
De la liberté?... Los femmes trouvent ici que la bonne est celle qui permet de s'amuser, et monsieur vient sans doute aussi la chercher à Paris?
BOISNARD.
M'amuser, moi?... Quelle folie!... Non, un intérêt qui m'est bien cher m'a ramené dans ma patrie et me conduit près de vous, madame... forster, bas cl le poussant.
Madame la comtesse.
bonnard, avec impatience, en reculant.
Eh bien, madame la comtesse!... que diable, m'interrompre poui une bêtise 1
la CHANOINESSE, d Forster, en souriant. Il est un peu sauvage, votre ami!
BONNARD, qui a pris la gauche du public.
Sauvage!... j'en ai vu des sauvages, mais ce n'est pas avec eux que j'ai pris mes idées, c'est au contraire parmi les gens civilisés, c'est-à-dire, ceux qui ont mis un tas de folles vanités à la place de la raison, mille petites finesses à la place de la vérité, et au milieu desquels, si l'on n'a pas un esprit observateur etl'art de deviner, onrisque bien autant de se perdre que dans les forêts du Nouveau-Monde.
LA CHANOINESSE, un peu moqueuse.
Mais vous avez l'esprit observateur, et le talent de bien deviner.
BONNARD
Je m'en flatte!... et j'aime mieux me faire connaître tel que je suis; il sera peut-être plus facile après cela de nous entendre.
LA CHANOINESSE
Veuillez d'abord vous asseoir, monsieur.
Ils s'assc\ enta BONNARD.
Vous êtes une belle dame du faubourg Saint- Germain, une comtesse... moi, je suis un marchand... [elle fait un petit mouvement) un marchand bonnetier!... je me nomme Bonnard, la maison Bonnard et Bourichon...
LA CHANOINESSE, reculant un peu son iiCge.
Ah!
BONNARD
Autrefois à Paris, rue du Petit-Lion... [Elle recule encore un peu. ) A l'étranger, mon commerce a si bien prospéré qu'au bout de peu d'années je n'étais plus marchand, mais négociant... plus tard j'ai fait de grandes affaires, et à présent je suis banquier.
LA CHANOINESSE, se rapprochant vn peu.
Banquier!
BONNARD
Je déteste la noblesse.
FORSTER, lrrs-(jravC-
Nous détestons la noblesse, madame la comtesse.
LA CHANOINESSE, SOIiriant.
C'est pour cela que vous n'invitez à vos fêtes que des gens titrés!
FORSTER, tirant sa montre et se levant.
Monsieur Bonnard, combien de temps parlerezvous?
BONNARD
Je ne sais pas... je ne peux pas savoir au juste.
forster, regardant sa montre.
Nous avons aux États-Unis des gens qui par-
MARGUERITE
lent pendant sept heures, il y en a même qui ont été jusqu'à onze.
BOXHARD.
Nous ne sommes pas encorede cette force-là en France, et je ne dirai rien d'inutile.
FORSTER
C'est différent!... je ne ferai donc qu'un tour dans le parc, puis je reviens vous chercher, et ma voiture vous reconduit a Paris... moi, je reste ; ainsi, à l'honneur de vous revoir, madame la comtesse, car je n'ai que faire ivi, et je ne veux pas être indiscret. Mais je vais vous envoyer une petite botte remplie d'objets que vous me permettrez d'ajouter a votre collection de curiosités.
la < . m a > < • 1 > 1- :»SE.
Oh! que c'est aimable!
FORSTER
Des porcelaines de Chine et quelques oiseaux empaillés... J'ai l'honneur, madame la corn de vous présenter mes respectueux hommages.
Il salue et surt par le fut I.
LA CUANOIHESSE, qui l'a reconduit cl tient ff rasseoir.
Un excellent homme!.-, qui a des millions !...
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