SCENE m
BAPTI.STE, MADAME BER-pH \ND.
BAPTISTE, Eh bien! ma.îame Beriranil, vous ne rentrez pas dans le grand s.dou?
MADAME b::iitrand. Oui, un grand salon de cent couverts, où, ce matin au, déjeuner, nous ne pouvions pas tenir soixante! .\b! quelle réunion! quelle société! Un tapage à ne pas s'y reeonnailie! Et puis M. Uoger, votre bea :frère, qui est toujours à parler bas à sa femme ou qui cheribe à l'embrasser : ab! fi! c'est commun! c'est bourgeois.
BAPTISTE Vous Voilà, madame Bertrand! parce que vous êtes la plus riche marchande de plâtre du quartier, et ipie vous ne voyez que la haute société du faubourg .Saint Antoine, ça vous rend lière et diflicile ; mais nous autres, nous sommes de simples artisans qui n'y laisons pas tant de façons! je suis un niailre serrurier qui n'ai rien; je ilonnc ma sœur Henriette à un brave et bonuéte maçon qui n'a pas ïrand'chose ; voilà ipii est eonv.ii ibl ', il n'y a pas île mésalliance. Et puis, dites donc, m.ulame Bertrand, un maçon et un serrurier .. nous ferons a uous deux une bonne maison.
MADAME BERinvNn. Voilà encore vos plaisanteries?
BAPTISTE. .\h! dame! pour ce qui est des plaisant^'rics, on les tait comme ou pcul. Je n' sommes pas des académiciens ; je célèbre la noce de ma sœur hors barrière, liarce que le vin coûte moins cher, el que c'est moi qui paie. Nous sommes un peu nombreux, el on était serré à table : il n'y a pas de mal, c'est que nous avons des amis. Et quant à la lenne de Roger avec m i sœur, s'il est anioureu\ de sa femme, no voulea-VMis pas qa'il prenne quelqu'un pour le lui dire'.' Je ne sais pas comme ça' se pratique dans les noces de grands seigneurs ; mais noe.s aatres artisans, nous faisons l'amour nous-mêmes, entendez-vous, madame licrlrand.
MAHAMi; BEBTiiASD. Eh! mon Dieu! vous me dilcs cela d'un ton... Croyez-vous, monsieur lîqitiste, qu'on soit jalouse du bonheur de votre sœur?
BAPTISTE. Eh mais! qu'y aurait-'' d'étonnant? Roger
était voli-e preniiur garçon ; vou'! aviez iiii faillie pour lui ; et sans l'aniDiir qui le tenait pour Ilunrictie, il serait a l'Iicuie i|uM est propriétaire Je voire main et de votre fortiMii' ; ihi nioiijs c'est ce ipi'oii dit dans le cpiartier.
MADAME BERTRAND Vov'ez-voiis Ics caipiets et les mauvaises langues! On pourrait supposer que j'ai en pour lui des priîférences! D'abord, monsieur Baptiste, vous devez vous ra|ipeler que je vous en ai toujours dit du mal.
BAPTISTE. C'est vrai, mais ça ne prouve rien; parce que vous en dites de tout le monde, même de vos amis.
MADAME BERTRAND. Ab ! j'en dis de tout Ift monde! je ne vous ai pourtant pas encore fait part de ni'S soupçons sui' le beau mariage i|ue vous venez île faire. N'avez-vous pas raconté à table, tout à l'beui e, que Roger avait ap|iorté en dot tme cinquantaine de louis, et ipie c'était cela qui vous avait décidé à lui donner votre sœur?
BAPTISTE. C'est vrai.
MADAME DERTRAND. Eb bien! VOUS, monsieur Biplisie, qui êtes d'ordinaire si timide, si déRanI, |iour ne pis due si poltron; cai', gràie au ciel, vous avz peur de tout, rt la crainte de vous compromettre vous ferait laicj toute > les sottises du monde.
BAPTISTE. Ab eà! qu'est-ce qu'elle a donc à me dénoncer et à m'attaquer'? est-ce que je suis le marié'?
MADAME BERTRAND. Pavez-vous Seulement comment ces cinquante louis sont arr.ves à Roger? où les a-til acquis'/ où les a-t-il gagnés? ce n'est pa.s cbez moi ; car il y a bu t jours, quand il est sorti, il n'avait rien.
BAPTISTE. .\u fait, c'est elomianl.
MADAME BERTRAND. Et ça ne VOUS a pas donné d'inquiétudes ?
BAPTISTE. Pas, du moins jusqu'à présent ; mais voilà que ça me prend. Ces cinquante louis qui lui sont arrivés tout à coup, sans qu'on sache comment... Et si cette aventure-là vient aux oreilles du prévôt des mareliands, ou de M. le lieutenant civil, je puis être comprumis, non pas certainement que Roger ne soit un brave garçon, ot moi aussi ; mais je vous le dein.mde, qu'est-ce que ça signilie de venir me donner ces idées-là, aujourd'hui qu'il est mon beau Irérc?
MADAME BERTRAND, avcc volubi ité. Ecoulez donc, c'était dans votre intérêt; mais si ça vous contrarie, mettez que je n'ai rien dit, et parlons d'autre chose. Vons n'avez pas onldié que demain, mon voisin, vous venez diner chez moi, et je vous promets un beau spectacle. Vous savez que ma maison touche à Iboti 1 de cet ambassadeur étranger, ce vilain Turc qui, quand il sort, fait courir après sa voltare tous les petits garçons du faubourg ; eh bien! on dit que demain il doit partir avec ses maniamoucbis. Le cortège sera superbe ; et ou m'avait déjà proposé de me louer mes fenêtres ; mais, D eu merci, je suis au-dessus de cela ; et nous jouirons du coup d'œil, moi et ma société.
BAPTISTE, à part. Est-elle bavarde! {Ils conliuuent à parler bas.)