‹ Pièces de théâtreChapitre 107 sur 575 · LÉON, ROGER · texte numérisé non relu

LÉON, ROGER

LÉON. Je connais donc maintenant quel est mon bienfaiteur! Grâce au ciel, tu ne peux plus m'échapper; et demain, mon cher Riger, tu auras de mes nouvelles.

ROGER. Je dois tout à vos bontés; Je vous dois ma femme, celle que j'aime; je ne veux rien de plus

LEON. Non pas, je suis encore ton débiteur; quoique grand seigneur, je tiens à payer mes dettes, et nous nous reverrons.

ROGER. Quoi! vous nous quittez déjà! Si j'osais vous demander une grâce!

1 EON. Qu'est-ce? parle vite.

ROGER. Je sais que vous êtes bien au-dessus de pauvres artisans tels cpie nous; mais si j'en crois mon ra'ur, le vôtre doit être bon et généreux : c'est à vous que je dois mon mariage ; et si j'osais vous prier de vouloir bie'U rester ce soir à li noce; c'est la seule faveur que je vous demande, je n'en veux pas d'autres.

LEON. Que dis-tu '?

ROGER. Ça nous portera bonheur à moi et à ma femme; vous verrez comme elle est jolie, et combien je l'aime. Et peut-être vous-même, Monseigneur, trouvercz-vous quelque plaisir à voir les heureux que vous avez faits.

LEON. Tuas raison; une telle soirée m'eût charmé. Mais, mon pauvre garçon, pour la première chose que tu me demandes; je suis obligé de te refuser.

ROGER, avec douleur. Je vous demande pardon de mon indiscrétion.

LEON. Crois-tu que ce soit par Qerté'? uon, mon ami ; tu me connais mal. Mais celle que tu vas épouser, tu l'aimais, tu en étais amoureux; alois tu me comprendras sans peine, .apprends donc (jue, ce soir, dans quelques moments, on m'attend : et pour un tel rendez-vous je sacrilierais ma fortune et ma vie.

ROGER. Que dites-vous! quelque danger menace-t-il vos jours'?

LÉON. Non, je ne le pense pas : mais il est des idées, des pressentiments dont on ne peut se rendre compte.

ROGHR. 0 ciel! je devine maintenant; et quand, l'autre Semaine, je vous ai rencontré, vous veniez d'un pareil rendez-vous.

LEON. Peut-être bien.

ROGER. Ces meurtriers étaient des gens de la maison, apostés pour vous attendre.

LEON, souriant. Oui, d'excellenis domestiques, qui, quand on leur commande, ne raisonnent jamais; et si tn les connaissais comme moi, tu verrais que ces pauvres diables ne pouvaient faire autrement.

ROGER. Et vous vous exposez encore à un péril semblable?

LEON. Qu'importe? [A part, montrant une lettre ployée.) Abdalla est parti, Irma va m'attendre, et je pourrais hésiter !

Page 1