SCE.NE X
ROGER, HENRIETTE, sortant par la porte de la maison à ijanchc.
iiENniEiTE, froidement. Vous vo'.là. Monsieur I Je me (lou'ais bien que I:ilioute, le remorcU, vous empêcheraient (le vous présenler d.jvaut moi! Aussi, vous le vjjez, je viens vous trouver.
BCCER. Que dis-lu'?
uENiiiETTE. Vous VOUS atteud.'Z pcut-ùtre à des plaintes, il dos reproches; je ne vous eu forai aucuns. On n'e^t jaloux que des gens que l'on aime; et je viens seulement vous prévenir d'uae décuuveric que j'ai faite : c'est que je no vous aime plus.
noGER. Et pour ipielle raison''
iiEsniETTE. Pour quelle r.iisoni vous osez me le demander? (/•;»! pleurant.) Raiipolez-vous seulement ce que vous avez fait cette nuit.
ROGER. Henriette, je peux t'assurer...
HENRIETTE. Oui, VOUS allez mentir, mais c'est inutile, car on m'a tout raconte. Apprenez, Monsieur, que le petit Félix, le garçon du traiteur, vous a vu passer hier soir avec deux aulres messieurs; et où alliez-vous comme cela, s'il vous plait, avec un air de mystère?
ROGER. Où j'allais! apprends que je ii'eu sais rien.
HENRIETTE. Oh! vous n'en savez rien! Eh bien, moi. Monsieur, je le sais 1
ROGER, avec joie. Il serait possible!
HENRIETTE. Oui, certaini-menl ; madanu Bertrand m'a tout raconté. C'est une femme bien estimable, qui me plaint, qui m'aime; car si vous jie m'aini.z pas, il ne faut pas croire que tout le monde soit comme vous. Le petit l'élix, qui est venu retrouver la noce, lui a raconté ce qu'il avait vu, et que vous alliez sans doute à quelque rendezvous, à quelque aventure mystérieuse; et cette pauvre femme en rentrant chez elle, eu était tellement occupée qu'elle ne pouvait pas dormir, lorsque près d'une heure après, elle entend dans la rue le roulement d'une voiture, et alors... (Fondant en larmes.) Mais c'est plus fort ipio moi, et je ne pourrai jamais achever.
ROGER. 0 ciel! Henriette, je l'en prie, je t'en supplie, continue : il y va de mes jours, il y va de mou bonheur.
HENRIETTE. De votre bonheur!.. Eli bien! perlide, puisque vous m'y forcez, c'est voui-mémc qu'lle a vu descendre de cette voiture ; vous étiez avec les mêmes personnes, et vous êtes entré dans ce grand et superbe hôtel, qui est habité par des étrangers.
ROGER. Qu'entends-je'?
HENRIETTE. L'hùtel de ce seigneur turc.
ROGER, se jetant à genoux. 0 mou Dieu! je te bénis.
HENRIETTE. Oui, Mousieur, druiand^z-iiioi pardon, vous avez raison.
ROGER, se relevant. Ma femme, ma chère amie, si tu savais quel bonheur!.. Mais je n'ai pas le temps... Je t'aime, je t'adore ; je m'en vas. (Rcncunirant madame liertrund, qui enlre pur le fond.) Ma voisine, vous voilà; restez avec ma femme, consolcz-la, [larlez-lui; je reviens dans l'instant. (// sort par le fond en courant. )
SCEXiC .\l.
HENRIETTE, MADAME UEllTRAND, q::! est entrée sur les derniers mot.> de lu icéneprérédenle,
JUDAME BERTRAND. A qui OU a-t-ildouc? et qu'est re que cela veut dire'?
HENRIETTE, pleurunt. Ah! ma p.iuvre madame Kerlrand, je suis bien malheureuse! Mon mari a perdu la tête. Voilà sa raisuu qui a déménagé.
MADAME BERTRAND. Ecoutcz donc, ma clièro, c'est peutèlre voire faute; cela exigeait des méiiageuiouls, et vous lui aurez reiiroclié avec trop de diuvle... lui q ai est nouvellement en ménage et qui n'a pas encore l'iiabilnde dos scènes.
HENRIETTE. Moi, lui faire une scène! au contraire, j'ai été trop bonne ; aussi j'en aurai justice. Je m'en \ais chez mou frère; je vais tout lui raconicr.
MADAME DERTRAND. VoUo frère! Ah bien oui! c'c^tbieu pile eucoi'e; et celui-là en a fait bien d'autres!
HENRIETTE QuC dites-VOUS?
MADAME BERTRAND. Jc me doulais bioii qu'il y avait ipielipie chose, et qwe ce n'était pas nalurel. Je viens de chez lui, et sa femme est dans la désulation. Apiirenez ipie M. Baptiste, voire rrore,a passé la nuit hors de sa maii-on.
HENRIETTE. Comment! et lui aussi!
MADAME BERTRAND. Etlui aussi ! Ics doux beaux-fi'ércs ! Quelle fimiUo! et quel exemple pour le faubourg! Car euliu, jusqu'ici les maris étaient sédentaires, du moins la nuit...
HENRIETTE. Je vais palier à mou frère.
MADAME BERTRAND. Vousavez 1 aison, il faut vouspl.iinilre à lui, à toute la famille; je vous soutiendrai. C'est une aiiaire qui nous regarde toutes.
iiiNRiETTE. Mais puisque VOUS êtes veuve!
MADAME BERTRAND. C'ost égal 1 OU uc Sait pas cc qui lient arriver. [Montrant lame.' Mais regardez donc; où va tout ce monde qui court ainsi dans le f.iubonrg?
FINAL
[On aperçoit dans la rue qui est au fond tout le peuple qui traverse le (hràtrc en cjuraut.)