SCENE V
ALBEKT, -ZERBINE.
ZERBINE. Que vous êtes bon et généreux! Quoi! monsieur Albert, vous ne voulez |>as que ma maîtresse sache ce <pie vous f.iiles là pour elle?
ALBERT. Oui, oui, et j'ai du mérite à agir ainsi; car, Zerbine, je snis furieux contre Fiorella.
ZERBINE. Et que vousa-t-elle fuit?
ALBERT. Ce qu'elle m'a fait? pourquoi ne veut-elle pas m'aimer?
ZERui.NE. Je l'ignore, et je le saurais que peut-êtieje no vous le dirais pas. Quoi! vraiment, monsieur Albert, vous eu êtes amoureux?
ALBERT. Le moyen de faire autrement? la beauté la plus séduisante et la plus coquette ! tous les talents, toutes les grâces réunies; aujourd'hui douce, aimable et sensible; demain vive, légère, capricieuse. Enlin je venais ici à Home pour un mariage superbe, Célina Jlanfredi, une riche héritière, une jeune personne dont je suis aime; lie bien.' j'ai vu Fiorella, je l'ai vue pour mon malheur, et depuis ce temiis ni lescouseiLs de mou père, ni la colère des deux familles, ni les larmes de ma prétendue, rien n'a pu ui'arlêler; je suis comme un insensé à solliciter un regard qu'elle ne m'accorde pas, qu'elle n'accorde à personne; car des princes régiiauls ne sont pas mieux traités, et j'ai vu dans son (lalais des altes.»es faire antichambre. Maiscela du moins, tu peux me l'avouer : pourquoi depuis ipielipies jours ne vient-elle plus à Rome, et reste-t-eile renfermée dans cette campagne? Pourquoi est-elle triste, rêveuse, préoccupée? elle a quelques chagrins, et la preuve, c'est qu'elle multiplie autour d'elle Tes plaisirs et les fêteâ ipi'aulrel'ois elle semblait éviter. Elle cherche, non à .s'anuiser, mais à s'elourdir, Zeihine, j'en suis certain, j'ai un rival.
ZERBINE. Vous pourriez penser?..
ALBERT. Si je le savais! Ecoule, je suis la douceur et la modération en personne, mais je suis Napolitain, c'est-àdiic jaloux de naissance. Ce n'est jus ma faute, c'est dans
le sang! j'ai fait tout au monde pour changer mon caractère : j'ai voyagé eu France, j'ai vu des ménages parisiens, des maris philosophes ; ça m'a bien fait, ça m'a été ntili!, car il n'y a vraiment ipie ce (lays-la où l'on puissj se former. Hé bien! malgré mon éducation française, le caractère napolitain reprend île lenqis en temps, et ipiand j'appreniN une inliilelitç, mon [neiuier inouveinelit est de porter la main à mon poignard, le second est d'en lire, maiî^ de mauvaise grâce; il faudra que je fasse un second vuya'.;e.
ZERBINE. Vous avez bien raison.
DUO
Pourquoi des belles Etre jaloux?
Changer comme elles Est bien plus doux, ALBERT.
C'est ma devise, Et désormais Je veux qu'on dise :
C'est un Français.
ZERBINE
C'est sa devise, etc.
ALBERT
Tu peux donc parler sans mystère.
ZERBINE
Moi? je n'ai point de secrets.
ALBERT
N'importe, dis-moi tout, ma chère.
ZERBINE
Monsieur, l'on prétend ((u'un Frinçiis En pareil cas, n'interroge jamais.
Oui, je comprends, la chose est claire. Il est un rival qu'on préfère?
ZERBINE, souriant.
l'n rival!
ALBERT
Quel est-UÎ réponds, crains ma colère.
ZERBINE
Que dites-vous, seigneur Français?
ALBERT
Non, non, ne crains rien.
Car tu le sais bien :
Pourquoi des belles Etre jaloux? etc.
.\in3i donc, je puis tout entendre; .Dis-moi, dis-moi si l'on m'a su trahir.
ZERBINE
Ça vous fera-t-il bien plaisir?
ALBERT
Mais, oui, je te promets d'apprendre (îatmcnt mon sort infortuné.
Tu souris, tu souris.
ZERBINE
Je n'ai pu m'en défendre.
ALBERT
S'il est vrai, si l'on me trahit...
ZERBINE
V pensez-vous?
Non, car je te l'ai dit :
Pourquoi des belles Etre jaloux, etc.
{Zcrbiiio .forl.)