‹ Pièces de théâtreChapitre 146 sur 575 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

ALBERT, RODOLPHE, velu trés-simph'mail.

RouoLPiiE , se disputant à la porte. Je ne demande point la signora Fiorella, nuis le seigneur Albeit de Sorrente, qui doit être ici.

ALBERT. En croiiai-je mes yeux? L'n Français, le comte Rodolphe dans ce jiays et sous un pareil costumell

RdDiii.piiE. .Mliert, je vous retrouve enlin! Vous ne m'avez donc point oublié?

ALBERT. Vous oublier! mol qui pendant troi.s mois fus votre prisonnier, et qui sais par quels procèdes géuereux...

FIORELLA

noroLPHE. Allons donc, ne rappelons pas le temps où nous étions ennomis. Le hasaul m'a appris hier que vous étiez à Rome. J'ai couru à votro hôtel ; mais inipossihle de vous rencontrer; et l'on ma assuré que je vous trouverais k quelques lieues de Rome, à la villa Farnèse, chez la signora Fiorella. Voilà pourquoi je suis accouru. Mais quelle est cette Fiorella'?

ALBERT. Quoi! vous ne la connaissez pas? La femme la plus célèbre de l'Itiilie, une enchanteresse que j'adore. C'est le vieus duc de Farnèse, riche seigneur et grand amateur du beau sexe, qui l'enleva, dit-on, à l'ige de quinze ans, qui prodigua ses trésors pour l'embellir, pour lui donner tous les talents, et qui, il y a un an, à sa mort, lui laissa tous ses biens.

RODOLPHE. Et depuis on ne lui connaît pas'?..

ALBERT. D'autres faiblesses? Hélas! non ; elle hésite encore il faire un nouveau chois, car vous sentez bien qu'ayant deux ou trois cent mille ducats de rente, ce n'est point tout a fait là fortune qui la déterminera; ce sotit les grâces, l'esprit, l'ainabilité, ce qui fait que je ne désespère pas, et que je reste toujours sur les rangs. Mais je vois que vous riez de mon extravagance, et que vous allez me taire de la morale; vous me parlerez raison, je vous parlerai amour, et nous ne nous entendrons jdus; causons plutôt de vous et de vos aventures. Gomment éles-vous ici dans les Elats-Rumains, quand la guerre contmue toujours entre l'Italie et la France? Savez-vous que vous êtes bien imprudent ou bien hardi?

RonoLPHE Ni l'un ni l'autre; je suis le jouet des événements et je leur obéis. Depuis huit jours j'étais à Rome, ne connaissant personne et cherchant un protecteur. J'ai appris que vous étiez ici, et me voilà tranquille sur mou sort.

ALBERT. Du moins, tout ce que je possède est à vous ; en quoi puis-.;e vous être utile? Parlez, je veux tout savoir.

RODOLPHE. Oh! très-volontiers. Vous vous rappelez que dans le commencement de cette guerre nus troupes restèrent longtemps en garnison à quelques lieues de Naples. Or, que voulez-vous que des Français lassent en garnison ?

ALBERT. Je devine; vous devîntes amoureux; c'est de rigueur.

RODOLPHE. A mes yeux du moins, tout justifiait mon choi.x. Camille avait i|uatorze ans; c'était la vertu, l'innocence la plus pure; et quant à sa beauté, je ne vous en parle pas; mais votre Fiorella, quels que soient ses attraits, n'aiiprochera jamais de ma jolie villageoise de Portici, lorsipi'.ivec sa résille et son corset bariolés, elle allait â la ville portant sur sa tête sa corbeille de fruits. Alors la révolte de Naples vint à éclater; laissé pour mort sur le champ de bataille, je fus recueilli, fait piisSnnier par les lazzaruni, et jiendant trois années enseveli vivant dans un cachot duChàleau-Neuf ; ma foi, préférant la mort à une pareille captivité, je risquai mes jours pour m'é- ■ chapper, j'y parvins, je courus a Portici, mais je ne retrouvai ni Camille ni son père : les campagnes avaient été ravagées, leur maison incendiée ; ils étaient morts sans doute! je ne pensai plus qu'à m'éloigner de ces lieux, je traversai le royaume de Naples à pied, sous ce costume, u'ajant pour toute ressource qu'une guit;uc, qui me fit vivre tout le long de la route. C'est dans cet état que j'arrivai a Rome il y a huit jours, et c'est ainsi que je fis mon entrée dans l'ancienne capitale du monde.

ALBERT. Sans ressource, sans ami?

RODOLPHE. Il faut cependant que j'en aie d'inconnus, car dès le lendemain de mon arrivée, je me promenais sur les bords du Tibre, lorsque du fond d'une voiture élégante qui passait près de moi j'i ntends partir un cri de surprise; je m'élance, mais on av.iit baissé les stores, et la voiture avait disparu ; je continuai ma promenade, et, en rentrant dans la misérable auberge qui me servait de réduit, je trouve un inconnu qui dépose devant moi un sac d'argent en me disant : « Voici pour vous trois mille ducats. — De quelle part? — Je ne puis le dire. — Et moi, je ne puis acicpler .. »

alheut. Et vous n'avez pas le moindre soupçon?

Ronoi.i'iiE. J'ai bien en France un oncle grand seigneur, à qui j'ai écrit aussitôt ma sortie de prison, en le priant de m'envoyer des fonds a Rome ou a Milan; mais je doute qu'il ail reçu ma lellrc.

ALBERT. D ailleurs, un oncle n'y met pas de mystère; il paie, c'est de droit; [Déclumant .) nu oncle est un caissier donné par la nature.

RODOLPHE. Oh ! ce n'est rien encore; ce matin, une soubrette, enveloppée d'une minte, m'apporte pour ce soir une invitation à un bal m.tsqué

ALBERT. Et irez-vous?

RODOLPHE. Je le voulais d'abord par curiosité ; mais d'après divers renseignements que j'ai reciLillis, je dois pour ma sûreté personnelle ([uitter Rome an plus vite.

ALBERT. Vous avez raison, un Français qui y serait reconnu courrait les plus grands dangers ; il faut partir.

RODOLPHE. Pour Cela je compte sur vous; car, dans ce moment, comment traverser l'Italie entière sans un saufconduit?

ALBERT. C'est juste, vous seriez arrêté avant deux lieues; je vais vous conduire devant le gouverneur de Rome, le baron de Walhen, le commandant autrichien, et quoiqu'il soit sévère en diable, nous le lui demanderons.

RODOLPHE. Y pensez-vous? réclamer un sauf-conduit, moi, un Français, prisonnier de guerre depuis trois ans, et qui viens de m'échapper de li citadelle de Naples! ■ ALBERT. C'est vrai ; il fauilrait, pour bien faire, que notre rigide commandant sign.'it un laissez-passer en blanc et sans savoir pour qui il est dest.né.

RODOLPHE, yuaiid vous obtiendrez cela du baron de Walhen!

ALBERT. .Vttendez, je sais quelqu'un qui aura ce crédit.

RODOLPHE. Et qui donc?

ALBERT. Fiorella. Ses attraits ont triomphé du gouverneur lui-même et de la gravité allemande; la Germanie s'est laissé subjuguer, et apprenez que, si elle le voulait bien, elle n'aurait qu'un mot à dire.

RODOLPHE. Je ne doute point du crédit de Fiorella. Mais comment reconnaître un pareil service?

ALBERT. En venant ce soir la remercier.

RODOLPHE. Y pensez-vous!

ALBERT. Je comprends; c'est votre costume qui vous arrête; j'ai ici mes gens, ma voiture. Holà! qu Iqu'un ! On va vous reconduire à Rome, à mon hôtel. Vous choisirez ce qui pourra vous convenir. Point de refus. Autrefois, il vous en souvient, j'acceptai de vous et sans laçon. Dans une heure vous serez de retour, je vous présente à Fiorella, et vous serez bien accueilli ; car si je n'obtiens rien de son amour, je peux du moins attendre tout de son amitié.

RODOLPHE. Vous le voulez? je cède, et je m'abandonne à vos soins. (U sort avec te domestique.)

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