SCENE VIII, ALBERT, FIORELLA, en robe de bat
FIORELLA, parlant à un domestique en livrée. Eh! non vraiment, qu'il ne s'en avise pas! que ferais-je de lui?
ALBERT. A qui en avez-vous donc?
FIORELLA. C'est le baron de Walhen, dont la campagne est voisine de la mienne, et qui me fait demander la permission d'assister à notre soirée.
ALBERT. \ ous la lui accordez?
FIORELLA Non, sans doute; si j'avais voulu qu'il vint, je l'aurais invité.
ALBERT. Y pensez-vous? le gouverneur militaire!
FIORELLA. Cela peut être fort utile ailleurs que dans un bal; c'est un homme d'une amabilité tranquille, qui dans son genre a de la grâce, de la légèreté... pour un Allemand, m.iis pas assez pour un danseur.
ALBERT. Oui, mais, je vous en prie, faites-lui politesse; car j'ai grand besoin de lui.
FIORELLA. C'est ditlérent. Que ne parliez-vous? Je l'inviterai. S'il faut même, je le trouverai aimable. Que voulez-vous de plus?
ALBERT. Que vous VOUS mettiez ici ,\ cette table, et que vous lui demandiez un sauf-conduit en blanc.
FIOHELLA
FiuRELLA, écrivmit. Pour vous? Est-ce tpie tous nous quiltez'
ALBERT. Non, ce ii'i'st [LIS jiour moi.
FioKELLA. Et s'il ilemau(Jo quelle est l;i personne?
ALBERT. Comme je ne \eux pas qu'il la connaisse, vous clicrcluTez quelque bonne raison.
KKiRELLA. c'est bii'ii, je lui iJirai que je le veux!
ALBERT. A morvi'illc, il n'y a rien à répondre.
FKiRELLA, cUc suitiic. J'y Juins une invitation de bal. {A un (tomeslique qui enlre.) Failes porter cela au baron, et réponse sur-le-cbamp. [Se levant.) Mais moi, du moins, puis-je connaître la luTsonne que j'oblige?
ALBERT. C'est un ami intime que je vous demanderai la permission de vous présenter, car il doit ce soir venir vous remercier.
fioreLla. a la bonne heure. Mais avant qu'on ne vienne, Albert, j'ai à vous parler d'un objet plus important pour vous.
ALBERT. Il s'agit donc de vous et de mon amour!
FIORELLA. Non ; mais d'une personne qui m'accuse, et dont, sans le savoir, je causai le malheur; euDn de Celina.
ALBERT. Grand Dieu!
FIORELLA. Celle qui vous était destinée. Pour vous détacher de moi, pour vous ramener à elle, savez-vous a qui elle s'adresse, à qui elle a recours?
ALBERT. .\ qui donc?
FIORELLA. A moi, Monsiiur, à moi-même. Elle a daigné m'écrire, et je me montrerai digne de sa confiance en plaidant sa cause.
DUO
Céline est d'illustre origine.
ALBERT
L'amour consulte-t-il le rang?
FIORELLA
On vante sa grâce divine.
ALBERT
Moi, je l'oublie eu vous voyant
FIORELLA
Elle a sur moi cependant un avantage cxtrômo Qui devrait doubler ses appas.
ALBERT
Quel est-il?
FIOBELLA.
C'est qu'elle vous aime!,.
ALBERT
Eh bien?
Et moi, je ne vous aime pas.
ALBERT
Cruelle 1 cruelle!
Je ne peux vous Uéch r; L'amour le plus fidèle Ne peut vous attendrir.
FIORELLA
Oui, je suis cruelle, Et tel est mon plaisir :
L'amant le plus ûdèle Ne saurait m'attendrir.
ALBERT
Jamais votre cœur inflexible D'aimer n'a connu le malheur!
FIORELLA
Qui vous l'a dit?
ALBERT
Quoi! vous seriez sensible!
FIORELLA
Vous dois-je compte do mon cœui
ALBERT
Si vous partagiez ma tendresse, Si vous daigniez sourire a mes projets. Qu'avec ivresse à vos pieds je mettrais
Mon rang, mes honneurs, ma ricliessc!..
Non... les trésors ont pour moi peu d'attraits; Et tous les miens, je vous Us dunneiMis, Si... si je vous aimais.
ALBLRT
Cruelle! cruelle!
Rien ne [leut vous tléeliir!
L'amour le plus fidèle No peut vous attendrir.
^ FIORELLA
Oui, je suis cruelle, Et tel est mon plaisir; L'amant le plus fidèle Ne saurait m'attendrir.
Mais r<eiiiinc r.;v:ent... modérez ce transport.