‹ Pièces de théâtreChapitre 161 sur 575 · ALBERT, RODOLPHE · texte numérisé non relu

ALBERT, RODOLPHE

ALBERT. Vous voyez, mon cher Rodolphe, que votre voyage commence mal, et un anrien Romain aurait trouvé cela de mauvais augure; mais vous, rien n'a pu vous arrêter.

RODOLPHE. Il me tardait de m'éloigner!

ALBERT. Puisque vous étiez retourné à Rome, à mon hôtel, il fallait au moins y passer la nuit, et attendre jusqu'à demain!

RODOLPHE Attendre ! pas une minute.

ALBERT. Aussi quap.d j'ai appris que vous étiez parti, j j suis monté à cheval pour courir après vous ; et ma foi^ *us alliez bon train, car je ne vous ai rejoint qu'à quelquj distance de l'hospice, où ce n'est pas sans peine que je vous ai force à demander un asile. Voyons, Rodolphe, expliquons-nous un peu; car, en honneur, je ne puis rien comprendre à votre conduite.

RODOLPHE. Albert, je n'oublierai jamais ce que je dois à votre amitié ; mais ne parlons plus de ce qui vient de se passer.

ALBERT. N'en plus parler? cela me serait impossible; demandez-moi toute autre chose, car vous me connaissez mal; ce n'est point par amitié que j'ai suivi vos traces, apprenez que... j'étais curieux .. au fait, entre amis, il n'est pas besoin de se gêner, et autant appeler les choses par leur nom... hé bien !.. oui... je suis jaloux.

RODOLPHE. De moi?

ALBERT, aiec fureur. De vous, de tout le monde; et si je n'avais écouté cpie mon premier mouvement... [Se reprenant.) Mais je suis un insensé, un extravagant. Après tout, de quoi s'agit-il? d'une maîtresse, et je voulais seulement... vous demander quelles relations existaient entre vous et Fiorella, que vous disiez n'avoir jamais vue, et d'où provenait cette reconnaissance pathétique; car vous étiez tous deux admirables, et vous m'amusiez beaucoup!

RODOLPHE. Non, je ne pense pas, et maintenant encore...

ALBERT. C'est vrai, c'est plus fort que moi, je suis au supplice.

RODOLPHE. Hé bien! rassurez-vous! car si je suis parti ainsi, c'est pour l'éviter, c'est pour la fuir à jamais Sachez donc que cette Fiorella est cette jeune Napolitaine, dont ce matin encore je vous parlais avec tant d'amour!

ALBERT. 11 se pourrait! c'est Camille?

RODOLPHE. Ce n'est plus Camille, c'est la maîtresse du due de Farnese. Ce mot seul doit vous suffire, et vous apprendre que J3 la déteste maintenant autant que je l'aim.iis; et vous-même, .\lbert, si vous réfléchissiei à votre folle passion...

ALBERT. Vous avcz raison, je pense comme vous, c'est indigne ; mais c'est égiil, je l'aime toujours, et pour mon repos, pour mon bonheur, je vous demande une seule grâce, que je croirai trop peu payer au prix de mon sang. Donnez-moi votre parole que jamais vous ne l'épouserez.

RODOLPHE, at!cc indignation. Albert, y pensez-vous! une pareille supposition...

ALBERT. M'est peut-être permise à moi qui l'aime ; car après votre départ, si vous aviez vu cette beauté naguère si lière, si orgueilleuse, paie, dans les larmes, près d'expirer de douleur... tout ce que j'ai pu savoir, c'e.st qu'elle a renvoyé tout le inonde, s'est renfermée dans son appartenienl, et j'ignore quel dessein elle inédite; ma;s elle vous aime encore, et c'est pour cela que j'ai besoin d'apprendre que vous la fuyez pour jamais.

FIORELLA

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HODOLPE. Calmei un injuste courroux. — A--te 2> scène 11.

RODOLPHE. N'est-ce que cela? je le jure, et si je manque à moB serment, si jamais je la revois, je vous permets, Albert, de me plonger voire poi^ard dans le coeur.

ALBERT, ^oila qui est parler, et maintenant je suis tranquille ; mais vous ne continuerez pas ainsi votre voyage, et de moi, du moins, vous pouvez accepter...

RODOLPHE. Ni de vous, ni de personne. Après ce qui m'est arrivé, on pourrait supposer encore que c'est d'une autre main que de la vùtre que me vient un pareil service, je ne veux rien devoir qu'à moi-même : je suis venu de Naples il Rome à pied, avec cette guitare j grâce à elle, je retournerai dans mon pays.

ALBERT. Y pensez-vous '?

RODOLPHE. C'est ma seule ressource; mais je peux du moins l'employer sans rougir, et si elle me manque, si je dois succomber en route, je dirai comme naus disons nous autres Françiiis : adieu tout, hors l'iionneur.

ALBERT. Et moi je ne souffrirai pas...

RODOLPHE. Silence, car ou vient.

SCE.NE Vil.

Les phécédests; .^RPA'VA, rapportant les manteaux.

ARPAYA. La chambre de monsieur le comte est prèle.

ALBERT. C'est bien, je vous suis.

ARPAïA. Si ces messieurs veulent à souper, je les prierai de le dire ; car ici on ne doit que le logement.

RODOLPHE. Je n'ai besoin de rien; d'ailleurs, s'il le faut, j'appellerai.

ARPAYA. Il ne serait plus temps, car la règle de l'hospice veut ((u'à minuit précis tous les voyageurs soient renfermes dans leurs chambres, jusqu'au point du jour.

ALBERT. Et pourquoi'?

ARPAVA. La si^reté de la maison l'exige : on n'a pas toujours aussi bonne compagnie qu'aujourd'hui, et l'un reçoit souvent, sans le savoir, des bandits de la Komagiie, lazzaioni, etc.

RonoLPHE. Cela suffit, je ne veux rien; enfermez-moi dès il présent si vous voul z.

ARPAVA. Non, Monsieur, il minuit seulement, c'est la règle ; et la règle avant tout.

RODOLPHE, à Albert. Adieu, ii demain!

ALBERT. Au point du jour je viendrai vous réveiller.

FiORHLLA.

(Arpaxja prend !a lampe qui est sur la table, la donne à AIhérI eu h reconduisant jusc/u'à la porte, Le théàiro se trouve de nouveau dans l'obscurité.)

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