FI0I1E1.I.A
C'est lui! (le terreur je frémis!
noDOLPUE, prenant son manteau pour partir. Oui, c'est elle ! c'est elle-même.
riiinF.i.i.A.
0 Dieu vengeur! lu mo pouisulsl
(.i//(i/(( à Rodolphe.) Par pitié, je vous en conjure...
RODOLPHE
Point de pitié pour la parjure!
FIORELLA
ÉcoulcJ-moi.
RODOLPHE
Non ; plutôt le trépaî.
FIORELLA
OÙ fuyez-vous?
RODOLPHE
Partout où vous ne serez pas!
[Il s'approche de la porte.) Fuyons, fuyons ces lieux.
[En ce moment on entend sonner minuil, cl l'on ferme en dehors la porte aux verrous.)
FIOPELLA.
0 contre-temps funeste !
Rien ne peut le fléchir :
C'est lui qui me déleste Et qui voulait ma fuir.
RODOLPHE
0 contre-temps funeste!
Hélas! que devenir!
Il faut qu'ici je reste :
Je ne peux plus la fuir.
FIORELLA
Daignez croire, Monsieur, du moins je vous l'altosICj Qu'on ces lieux le hasard seul a conduit mes pas !
RODOLPHE
Il sullil, je vous crois, oui, je n'en doute pas. Mais puisqu'il faut ici que malgré moi je resie,
[itonirant la gauche.) (Lui montraiil la droite.) Ce cùlé m'appartient; vous, demeurez lii-bjs.
FIORELLA
J'obéis : loin de vous. Monsieur je me retire... Mais, du moins, je voulais vous dire... RODOLPHE, avec plus de douceur.
Non, jo ne puis; non, ne me parlez pas! FIORELLA, se retirant à droite.
"Talsons-nous; obéissons, hélas!
ENSEMBLE
RODOLPHE
Oui, craignons de l'entendre.
Et sachons nous dél'endrc :
Car, malgré ma fureur.
Cette voix que j'adnro Pourrait trouver ciicore Le s-ccret de mon cœur.
Il ue veut plus m'entendrc.
Rien ne peut me défendre, El j'ai perdu son cœur !
Daigne, 6 Dieu que j'implore.
De celui que j'adore Adoucir la rigueur.
FmnuLLA, se lais.mnt tomber sur son fauteuil près de la cheminée. Hélas!
RODOLPHE. Vous soulTrez. Qu'avez-vous?
FionELLA Rien; j'ai froid.
nnuoLPHE. Grand Dieu! (.lllant àelle.)'Encïïe{, ce manteau traversé par l'orage... (Il l'aide à se débarrasser de son manteau de pèlerin, et Fiorella parait en robe blanche.) Ses doigts sont glacés! (/( /«« prend la main pour la réchauffer dans les siennes, et la quitte vivement et avec crainte.) Si du moins je |)ouvais ranimer ce l'eu près (lu s'élcinilro! (// i (( près de la cheminée attiser le feu duquel .s'élève une flamme légère. Depuis ce moment an commence peu à peu à éclairer le théâtre.)
FniBELLA, 711»' s'est mise à genoux prè.i de la cheminée pour se réchauffer. Quoi ! Monsieur, vous daignei avoir pitié de moi !
RODOLPHE, lui offrant son manteau en détournant la tête. Tenez, iircnez riicore ce manleau.
FIORELLA. Je VOUS rciui'rcie. Go l'eu, (|nelque faible ipi'il soil, a ranimé mes l'orces. Seule, à pied, une si longue roule : j'ai cru ipie j'en mourrais!
, RODOLPHE. Je le crois; vous surtout ipii n'avez pas l'habitude de soull'rir.
FIORELLA. Rassurez-vous, d'anjourd'liui je comuicuce.
RODOLPHE. Pour(|i]oi, je vous le dcmando, partir ainsi la nuit et par un teiii[is paruil?
FIORELLA. Je vous lo (lirai, Monsieur, si vou.s le voulez.
RODOLPHE. Oui, sans floule, parlez.
FIORELLA. Mais, pouf VOUS explliiuer les motifs qui m'onl déterminée à prendre ce parti, il faudrait commencer mon récit de plus loin. Ce serait preS(iuo cliurcher à me justilier h vos yeux, et vous ne voulez point que je me juslilic.
RonoLPUE. Moi?
FIORELLA. Oui, puisque vous refusez de m'ontendre.
RODOLPHE. Je le devrais pcut-ètro, mais, vous le voyez, je vous écoule.
FIORELLA. 11 y a bien loni-'lenips, vous m'aimiez alors, et j'étais dii;ne de vous! lorsipie j'appris le combat fatal où vous a\iez succombé; je fus bien malheureuse, moins qu'aujourd'hui cependant; car j'avais perdu l'objet de mon amour, mais je n'avais point piTdu sou estime. Plusieurs mois s'écoulèrent dans les larmes, dans le chagrin, dans la misère. La guerre nous avait tout enlevé. Je voyais mon père expirant de vieillesse et de besoin, lorsqu'un grand seigneur qui voyageait alor.s, le duc de Farnèso... ( Voyant un (jeste que fait Rodolphe.) Que ce nom n'excite poiiit votre colère !
RODOLPHE. Lui'? cet indigne ravisseur?
FIORELLA. Monsieur, vous m'aviez promis de m'enteodre !
RODOLPHE. Eh bien! continuez.
FIORELLA. \ oyant (pic sus olfres étaient repoussées, que son nom, ses trésors étaient inutiles, il m'offrit de m'époiiseï'.
RODOLPHE. 0 ciel!
FiOLELLA. Pouvais-je ne pas accepter? Non pour lui, non pour moi, mais [lour mon [lère dont je sauvais les joui's. Mon cœur était toujours à vous, ma main restait. Je la lui donnai. Oui, je le jure ici, c'est en invoquant le ciel, c'est en présence d'un de ses ministres, que nous fûmes unis; et lorsqu'après la mort de mon père nous (piittAmes l'Italie, lorsque je vins en France, c'était comme duchesse de Farnèse, du moins je le croyais. Les arts, le luxe et l'opulence m'environnaient de leur prestige ; un monde nouveau s'ouvrait devant moi. Jeune, sans expérience, j'étais entraînée, éblouie, lorsqu'un jour celui que je croyais mon époux m'apprend enlin la vérité. C'était un faux mariage, de faux témoins; je n'étais point sa femme. Saisie d'indignation, mon premier mouvement fut de briser ces indignes chaînes, de fuir celui qui m'avait trompée, et de m'éloigner à jamais. Mais où aller?.. J'avais perdu mon père : j'étais inconnue, sans asile, dans un pays étranger. Ah! si une main protectrice eût soutenu ma faiblesse, si la voix d'un ami eût ranimé mon courage, je pouvais tout alors; mais sans appui, sans espoir! il fallaii seule à pied traverser l,i France, l'Italie entière. Je n'avais plus l'habitude du malheur, et l'aspect de la misère me glaçait d'effroi. Que vous dirai-je enfin? Ces plaisirs de l'opulence, ces hrill.mls équipages, ces riches parures auxquelles j'étais accoutumée, tout cela peut-être était devenu nécessaire pour moi. Je restai, j'acceptai ma honte. Voilà mon crime, voila celui que rien ne peut justifier, le seul qui mérite votre colère.
RODOLPHE. Grand Dieu!
FKiRELLA Je quittai le nom de Camille, c'était celui sous lequel vous m'aviez ainK'e, et je n'étais plus digne de l- porter. Mais hier surtout l'hurrenr que vous inspirait ma présence a fait tomber le voile de mes yeux ; j'ai regardé autour de moi avec terreur, et j'ai vu qui j'étais. .\ l'instant mon dessein a été pris. Ceitaine (pie demain ou s'opposerait a ma fuite, je suis partie cette nuit sans avertir personne, sans prévenir mes gens ; j'espérais demain avant le jour arriver à un saint asile où, ignorée du monde, j'aurais désormais caché mon existence ;i tous les yeux. Mais ma punition n'eût pas été assez grande, elle ciel a voulu que je vous rencontrasse pour recevoir de vos mépris un nouveau châtiment.
RODOLPHE. Quoi' VOUS pouvez penser
FIORELLA. Maintenant je vous ai tout dit, et ne croyez pas que j'aie l'espérance de vous fléchir. Cet amour que j'ai gardé pour vous, que rien n'a pu détruire, vous ne pouvez plus ré]irouver pour moi, je le sais, et ce n'est point votre tendresse, m ils votre pitié (pie j'implore. Pièle ,'i vous quitter pour jamais, je ne vous demande qu'un mot, li idiilplie, dites-moi que vous me pardonnez. Jcsnis hienconpahh.'sansdoule ; mais cutin,jesuis femme, je idenre, et je suis ù vos p'ods,
RODOLPHE, la relevant. Camille, (pie faites-vous? FioiiELLV. Camille, avez-vous dit.' Vous n'avez donc point oublié ce nom?